L’apprentissage retrouve au fil des ans ses lettres de noblesse et pour s’en convaincre, il suffisait d’assister à la remise des prix de fin d’année au CIFA de l’Yonne, pour juger de l’excellence des formations qui y sont dispensées et du talent des professionnels de demain.

 

AUXERRE : L’apprentissage a longtemps souffert de stéréotypes négatifs du type, « passe ton Bac d’abord », mais le regard qu’on lui porte est en train de changer. Longtemps considéré en France comme synonyme d’échec scolaire, là où d’autres pays européens, à l’instar de nos voisins d’outre-Rhin, le considèrent depuis longtemps comme un véritable passeport pour l’emploi, les signaux sont désormais au vert.

 

La fierté autour de ces jeunes, relèves entrepreneuriales de demain…

 

Pour preuve, les chiffres dévoilés en février dernier par le gouvernement, qui a recensé 718 000 contrats d’apprentissage en 2021, en hausse de 37 % par rapport à l’année précédente, soit presque le double des chiffres de 2019. Ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à faire le choix de ce type de formation dynamique et professionnalisante, leur garantissant un accès rapide au monde du travail.

Depuis deux ans, la traditionnelle cérémonie de remise des prix était absente du calendrier de fin d’année scolaire du CIFA, pour cause de COVID. Autant dire que cette édition 2022 était attendue. Une édition haute en couleurs, dans tous les sens du terme, à laquelle ont assisté plus de 300 personnes, parmi lesquelles des élus, partenaires et maîtres d’apprentissage, ainsi que de nombreux parents, dans une salle superbement rénovée.

Président du CIFA de l’Yonne, Michel TONNELLIER a ouvert la soirée en ne manquant pas de féliciter les jeunes promus, pour le travail réalisé, « ces jeunes sont notre fierté, ce sont nos futurs chefs d’entreprises artisanales… ».  Il rappela les axes majeurs du projet d’établissement du CIFA, « l’excellence pédagogique et l’excellence citoyenne. Encourager, valoriser ces jeunes en les mettant à l’honneur, en leur inculquant les valeurs de respect de leur métier, de leur maître d’apprentissage et d’accomplissement du travail bien fait, c’est là toute notre ambition… ».

 

 

Un incroyable palmarès obtenu en 2022 !

 

Au tableau des résultats, un superbe palmarès pour le CIFA, qui enregistre cette année : deux finalistes médaillés d’or au concours national des Meilleurs Ouvriers de France (MAF), six au concours régional et sept au concours départemental. Ils sont au total, 27 à s’être vu décerner le titre de « major » de promotion, toutes filières confondues. Neuf autres de leurs condisciples ayant pour leur part brillé dans différentes épreuves nationales comme : les « WORLDSKILLS France », le concours « Raymond VAUDARD », les « HAIR ARTISTS Awards », la « Nutella Academy », ou les « Meilleurs Jeunes Boulangers de France ». Sans oublier les trente jeunes mis à l’honneur au titre de « l’Excellence citoyenne », soulignant, comme l’a rappelé Delphine ENGELVIN, responsable développement communication au sein de l’établissement, « toute l’importance et combien il était primordial pour le CIFA, de former et accompagner les citoyens de demain… ».

 

 

Une soirée haute en couleurs façon Andy WARHOL !

 

Autre moment fort de la soirée avec la remise par les jeunes en formation CAP Vente, d’un chèque de 355 euros à la présidente de l’antenne départementale de la Croix Rouge, fruit de leur travail de vente de tabliers siglés CIFA de l’Yonne, auprès de différentes entreprises du territoire.

Cette 37ème remise des prix aura également été marquée par l’hommage rendu au directeur de l’établissement, Marcel FONTBONNE, pour qui a sonné l’heure d’une retraite bien méritée et qui n’a pas hésité à suivre une année durant, une formation cuisine au sein du CIFA, pour ravir ses futurs hôtes de bons petits plats. Pour l’occasion, un tableau lui a été offert, avec son portrait retravaillé façon Andy WARHOL et Marilyne MONROE. Une soirée décidément toute en couleurs !

 

 

Ils ont dit…

 

Daniel GRENON (député de l’Yonne) :

« J’ai fait dans les années 60 un CFA et quand je vois aujourd’hui en 2022 ce que l’on sait faire, je dis grand bravo ! Aujourd’hui, on sait emmener les jeunes alors qu’à l’époque où j’étais électricien et que j’avais des apprentis, je me suis bataillé avec la Chambre des Métiers car on ne les mettait jamais en valeur. Après, j’ai abandonné car il n’y avait plus rien à faire. C’est une grande joie pour moi de voir ces jeunes aujourd’hui et avec quels résultats ! L’apprentissage, dans les années 70/80, était considéré un peu comme un rebut alors qu’aujourd’hui, on l’a bien remis sur les rails… ».

 

Michel CHAUFOURNAIS (CCI de l’Yonne et ancien apprenti boucher)

« Je me faisais la réflexion ce soir, assis au fond de ma chaise, en regardant ces jeunes, qu’il y a 60 ans, j’étais à leur place. Déjà à l’époque, l’apprentissage commençait à être dénigré et l’on nous encourageait surtout à poursuivre des études. Moi, au fond de ma province, en pleine campagne, aîné de sept enfants, mes parents n’avaient pas les moyens de m’envoyer à la ville et payer l’internat. Alors j’ai choisi un métier et j’en suis aujourd’hui très heureux. L’apprentissage repart à la hausse et c’est une bonne chose, mais je crois qu’il y a encore un manque d’information et de reconnaissance des travaux manuels chez les conseillers d’orientation… ».   

 

 

En savoir plus :

En formation « Commerce et gestion », Alexandra DUFOUR s’est vue couronnée « Major des majors » avec une moyenne de 17,68. Son prix lui a été remis par le préfet de l’Yonne, Pascal JAN.

Un chèque de 355 euros a été remis à la présidente de la Croix-Rouge icaunaise par les apprentis en formation CAP vente.

 
Dominique BERNERD

 

Ils ne sont pas si nombreux à connaître de leur vivant l’honneur de voir baptiser de leur nom une rue ou un édifice, qui plus est, une école ! Le groupe scolaire de Laborde portera désormais celui de Jean-Pierre SOISSON. L’inauguration s’est faite samedi 02 juillet, en présence de l’ancien ministre et député-maire d’Auxerre, sous le regard ému des amis de toujours.

 

LABORDE : Le bonheur supprime la vieillesse disait KAFKA… Il suffisait en ce samedi matin, de voir le visage de celui qui fut 27 ans durant maire d’Auxerre et 44 ans député de la circonscription (excusez du peu !), pour authentifier l’adage. Elus, habitants du hameau, amis d’hier et d’aujourd’hui, tous étaient venus saluer celui dont le nom est à jamais indissociable d’Auxerre et de Laborde.

Au diable les cannes pour aider à marcher. Au diable ces jambes qui ne portent plus, au diable la vieillesse ! L’esprit est toujours aussi vif et la voix, même empreinte d’émotion, porte encore fort et clair. En cette fin de matinée, le tutoiement est de rigueur ! Ici, il n’y a pas de ministre qui tienne, pas de député, pas de maire, juste « Jean-Pierre », que l’on vient saluer d’une accolade ou d’une bise, souvenirs en bandoulière, en quête d’un « selfie » pour arrêter l’horloge du temps…

 

 

"Une école ? C’est le plus beau des cadeaux que vous puissiez me faire !"

 

C’est à l’issue d’une consultation des habitants de Laborde et de Jonches, qu’il fut décidé de donner le nom du groupe scolaire du hameau à celui qui, sa vie politique durant, aura travaillé au côté de cinq présidents de la République et participé à huit gouvernements. Un choix validé en conseil municipal le 19 mai dernier.

« Une école ! Jamais, je n’y ai pensé ! Jamais, je ne l’ai espéré ! C’est le plus beau cadeau que vous puissiez me faire et le plus inattendu… ».

Visiblement ému, le bientôt nonagénaire savoure avec gourmandise cette escapade à Laborde : « j’ai des souvenirs ici extraordinaires. Les hameaux sont les joyaux d’Auxerre… ».

Un attachement qu’il a souhaité concrétiser par la remise d’un chèque de 1 000 euros afin d’aider au développement de la bibliothèque de l’école. L’occasion d’une petite pique à ceux qui, alors ministre des Sports, de la Jeunesse et des Loisirs sous GISCARD, lui avaient retiré la tutelle des bibliothèques pour la confier au ministère de la Culture : « mais la culture, elle avait encore moins d’argent que moi et ceux qui ont demandé ça, ont fait une très mauvaise opération financière ! ».

 

Tout se termine toujours autour d’un verre de chablis !

 

Il fait chaud en ce premier samedi de juillet. La cérémonie touche à sa fin, l’heure du pot de l’amitié a sonné et le héros du jour sonne le rappel : « Venez les gamins, on va boire un verre de chablis ! ».

A la bonne vôtre, Monsieur SOISSON, vive Chablis, vive Laborde et vive la vie !

 

 

Des petites phrases à retenir…

 

« Je crois bien avoir passé plus de temps avec lui qu’avec ma femme… » (Alain DROUHIN, maire de Bléneau et ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre SOISSON).

« Avec Camille DEBAY, votre adjoint de 1971 à 1984, vous nous avez toujours soutenu, vous avez toujours privilégié le « bien vivre » à Laborde, préférant une urbanisation raisonnée afin de conserver notre esprit village… ». (Marie-Ange BAULU, conseillère municipale déléguée aux hameaux de Laborde et Jonches).

« Vous savez, j’ai quand même passé près de quarante ans à ses côtés et c’est avec beaucoup d’émotion que je suis là aujourd’hui, alors qu’on lui rend cet hommage qu’il mérite… » (Jean-Paul SOURY, ancien assistant parlementaire de Jean-Pierre SOISSON).

« C’était un client d’une simplicité et d’une gentillesse sans pareil. A chaque fois, il passait en cuisine voir ce qu’il allait manger, grapillant au passage quelques gougères. Il faisait en général confiance à mes propositions, comme cette fois, où, recevant le « Club des 100 » dont il était membre, j’avais émis l’idée de servir des pieds de cochon gratinés sur toasts à l’apéritif. Il s’en était inquiété : « Tu n’y pense pas ! Il ne faut pas rigoler avec ces gars-là ! ». Ils n’en avaient jamais mangé et j’ai eu un succès phénoménal avec mes pieds de cochon, plus qu’avec tout le reste du repas ! Ils en avaient sans doute marre du homard… ». (Jean-Luc BARNABÉ, ancien restaurateur).

« En tant qu’enfant de Laborde, ça me fait plaisir que l’école porte son nom, même si personnellement, je pense que cela aurait été une bonne chose que le choix se porte sur Raymonde, l’ancienne institutrice qui, arrivée en 1963, a travaillé là pendant plus de 23 ans. A l’époque, l’école se trouvait à la mairie et elle s’occupait des quatre classes… ». (Didier, natif de Laborde).

« Lors des Conseils européens à Bruxelles, je débarquais toujours avec un carton de chablis. Je me rappelle d’un ministre allemand, un solide bavarois, qui connaissait Chablis mais pas Auxerre et me présentait toujours comme celui qui habitait une petite ville, pas loin de Chablis… ». Jean-Pierre SOISSON.

 

Dominique BERNERD

 

Il est aux anges, Thierry CHANUSSOT ! Le directeur du territoire Nord Bourgogne Région Centre Est de VEOLIA Eau a apprécié l’expérience. Celle qu’il a vécue deux jours durant en  sa qualité d’exposant dans le jardin de l’Octroi qui borde une zone aquatique. Lieu d’accueil de la seconde édition des « Récid’Eau », évènementiel porté par le Syndicat Mixte du Bassin Versant de l’Armançon, le SMBVA. A destination des scolaires…

 

SAINT-FLORENTIN : Il y a des notions pédagogiques dans l’air ! A mi-chemin entre le discours éducatif pur jus et l’apport de démonstrations plus ludiques où le jeune public peut mieux appréhender les enjeux environnementaux de demain.

C’est là, toute la magie des « RécidEau » !

Sa deuxième édition a été concoctée ce week-end entre Yonne et Armançon par le SMBVA : le Syndicat Mixte du Bassin Versant de l’Armançon.

Fruit d’un partenariat avec l’Agence de l’eau Seine-Normandie – la structure est à l’initiative de ces manifestations populaires et citoyennes organisées avec le concours des acteurs de la gestion de l’eau afin de sensibiliser le grand public -, l’animation vise aussi les scolaires afin de mieux les informer aux enjeux des ressources en eau sur un territoire traversé par la Seine et tous ses affluents. En l’occurrence, l’Yonne.

 

 

Entre spectacle et conférence : il y en avait pour tous les goûts…

 

Sur ce salon, auxquels ont pris une vingtaine de partenaires directement concernés par la gestion de l’eau (à l’exemple de VEOLIA), on y aura parlé de la préservation des milieux aquatiques et humides, de la sauvegarde de la biodiversité, et naturellement de l’adaptation au changement climatique. Des sujets en nombre qui interpellent les enfants.

Le Syndicat Mixte du Bassin Versant de l’Armançon avait bien fait les choses, il est vrai. Proposant des ateliers pour approfondir toutes les thématiques traitées lors de ce second rendez-vous, mais aussi quatre représentations d’un spectacle poétique, baptisé « Le Voyage de la Goutte d'Eau » et enfin, des rencontres privilégiées avec les entreprises et institutions qui maîtrisent le sujet.

 

 

Plus de mille scolaires ont reçu des réponses à leurs interrogations…

 

In fine, plus de 1 107 personnes, élèves de cours préparatoire à la 5ème, issus d’une cinquantaine de classes, accompagnés de leurs enseignants, assistaient à cette grande fête de l’eau.

On suppose que tous les « garnements en culotte courte » sont repartis avec une somme de réponses à leurs innombrables interrogations se rapportant aux grenouilles, poissons, végétations, zones humides, biotope, etc.

Les adultes eurent l’heureuse opportunité d’écouter l’excellente Emma HAZIZA en conférence le jeudi soir. L’hydrologue, fondatrice d’un centre de recherches appliquées, dédié à l’adaptation au changement climatique (MAYANE), abordera lors de sa causerie un item ô combien crucial pour le devenir de l’humain : son adaptation face aux bouleversements inhérents au climat…

 

 

En savoir plus :

Parmi les partenaires de ce salon, on notera la présence de l’Observatoire de la Faune Sauvage de Bourgogne, la Fédération départementale de la pêche, l’Office Français de la Biodiversité, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) de l’Yonne, la Fédération départementale des Chasseurs, le Syndicat Mixte Yonne Médian, la CIE d’Othe et d’Armance, Voies Navigables de France, Syndicat du Bassin du Serein, Maison de la Nature, l’Office National des Forêts, le Syndicat des Déchets du Centre Yonne, VEOLIA Eau, Agence de l’eau Seine-Normandie, etc.

 

 

Ce deuxième salon a été inauguré par Yves DELOT, président de la Communauté de communes Serein et Armance et maire de Saint-Florentin, Patrice BAILLET, président du Syndicat Mixte du Bassin Versant de l’Armançon, et Francis SCHNEIDER, directeur territorial Seine amont de l’Agence de l’eau Seine-Normandie.

 

Thierry BRET

 

 

Quelques notes de piano, finement ciselées, sont jouées sur la scène du théâtre d’Auxerre. Cela ressemblerait presque, à s’y méprendre, à la lancinante mélodie composée par William SHELLER, « Un homme heureux ». Au clavier, GEHEL se « chauffe » les doigts avant de reprendre la répétition qui se déroule sous les regards scrutateurs des enseignants. Ultimes instants de répit avant que ne débute le grand spectacle du soir…

 

AUXERRE : Combien sont-ils réellement ? Une soixantaine, quatre-vingts ? Cent ? Voire davantage ? Des élèves de classes de sixième et de cinquième, formant chorales, qui viennent de différents horizons géographiques. Ceux du collège Philippe Cousteau, localisés à Brienon-sur-Armançon. Ceux, également, de Montholon. Leur établissement se nomme « La Croix de l’Orme ». Enfin, il reste les locaux de l’étape ! L’ensemble vocal de Saint-Joseph-la-Salle.

Tous sont présents au théâtre auxerrois dans le cadre du Festival de chorales académiques de l’Yonne programmé toute cette semaine. Ce qui est présenté devant nos yeux, avides de curiosité : c’est le projet « art et culture » porté par une soixantaine d’élèves de sixième/cinquième du groupe scolaire Saint-Joseph-la-Salle. Un projet, où sont intervenues différentes enseignantes dont Noémie CORDET, qui avait en charge la partie « décors ».

Le concept se décline en chansons. Quatre morceaux ont été ainsi créés avec le concours de l’auteur, compositeur et interprète de l’Yonne, GEHEL, en relation directe avec le professeur de musique, Amélie INVERNIZZI et Noémie CORDET, professeure en arts plastiques. Précisons que la conception des décors aura vu l’intervention externe de la structure associative, « Au Bonheur des Chutes », spécialiste de la récupération et de la seconde vie apportée aux objets.

 

L’œuvre de Serge GAINSBOURG comme genèse du projet…

 

Quant aux œuvres musicales, elles sont le fruit d’un travail d’écriture en commun avec GEHEL et les élèves. L’artiste qui sera en concert le 09 juillet prochain à Clamecy (Brasserie de la Canoterie) s’est focalisé prioritairement sur la thématique de l’écologie afin d’élaborer ces nouvelles œuvres ; les textes évoquent l’eau, le plastique ou son recyclage.

La genèse de ce projet est née d’un spectacle que les collégiens auxerrois ont pu apprécier, « Gainsbourg for Kids », lors de sa programmation au Silex. S’inspirant des chansons de « L’Homme à la tête de chou », les néo-compositeurs ont alors construit patiemment la trame de leurs quatre chansons, avec l’appui précieux du chanteur régional, GEHEL.

Accompagné des percussions de Yoann LELIEVRE, GEHEL joue encore quelques accords de guitare afin d’effectuer la balance avec le technicien en charge du son. Tout est prêt avant le grand rendez-vous du soir !

 

Thierry BRET

 

La langue des cités est très hermétique pour les non-initiés. Un peu comme dans cet argot, réveillé par la « Commune », afin que les bourgeois ne puissent entraver que « dal » ! Voici en quelques lignes croustillantes de ce sabir, parfois incompréhensible, à l’oreille du profane qui aura été usité par l’un des maîtres en la matière, le regretté Michel AUDIARD !

 

TRIBUNE : La langue des cités se concentre essentiellement sur trois sources : l’argot. Vers 1600, l’argot désigne la communauté des gueux et des mendiants puis, le nom qu’ils donnent à leur jargon. Trois éléments entrent dans la constitution de ce langage : un vocabulaire technique exprimant des notions, des activités propres au monde du vol, de la prostitution, de l'escroquerie, de la mendicité professionnelle ; ensuite un ensemble de procédés de formation lexicale qui permet de coder les mots pour créer un langage secret ; enfin, ces mots techniques, sous leur codage, survivent à leur fonction et constituent un langage marqué, fortement différencié, par lequel l'argotier et ses émules se reconnaissent. Ils affirment ainsi leur appartenance au « milieu », au groupe, avec ses aspirations et sa morale propre ! Un grand poète français du XVème siècle, François VILLON utilisera l’argot dans ses textes et pour certains, dans sa propre vie. Il aurait fait partie des « coquillards», mis en accusation dans un célèbre procès à Dijon en 1455 ! Les Communards ont prolongé l’argot avec des termes propres aux titis parisiens et BRUANT au « Chat noir » chantera des gouapes remplies de cet argot qui nous charme encore ! Pas très nouveau tout ça !

 

Le verlan ou l’usage des mots à l’envers…

 

Envers égal « verlan ». « Matou » – « Touma »… avec son roman policier, « Du Rififi chez les hommes »,  Auguste Le BRETON crée en 1953 ce nouveau langage. Pour certains historiens, les formes de métathèses remonteraient au XVIème siècle. Pas jeune non plus !

Certains mots des langues arabes imprègnent également la langue des cités. Nous avons donc des langages liés à de hauts niveaux culturels, riches, poétiques et métaphoriques.

Alors, pourquoi avons-nous une impression si désagréable lorsque nos jeunes parlent la langue des cités ? Cela ne provient pas des mots eux-mêmes mais de la manière dont ils sont vomis par nos thuriféraires de beu !

J’ai dû étudier cette langue afin de mieux communiquer avec les équipes d’un bowling que j’ai dirigé…

Afin de vous initier à cette belle langue des cités, nous vous avons concocté un petit poème à scander façon RAP ou SLAM (oubliez la chaconne ou le menuet !) :

 

 

Cité rires…

 

Y’a zga du monde qui rit, vénère des tristes

Je vèski les keufs accros du rire

Tricard des rires des rires et dérisions

Pour charmer les donzelles et les nénettes en rut

Elle est unda ma meuf elle se balade toujours

Avec des paquets d’beu dans son soutif

Quand ça me tut je ris, plus un flash dans les poches

Pas une once de beuze, de maille ou de togos

S’arracher du terre-terre pour rire sur ma planète

Brune à potron-minet t’est tékal à Semur

Pour tèje tous les pleurs et tchiper

Le malheur

On va tailler la vie sur portée musicale

Ramène tes seufs le rire, j’ai grave besoin de toi

J’ai envie de saucer les frolottes et les rates

De chansons pleines de rires, j’accroche des sourires

A ma vie et mon corps, en bling-bling roro,

Dans les résois de fête, loin des P4 et des keblos

Mes reufs karlouches mes sauces rebeu

Et mes potos poundés, éclatent de toutes leurs dents

De rires beaux et féroces et me rincent de sourires

Et je pouille-d enfin, un sourire romantique

Sur les lèvres carmin de ma racli en fête

Pésa d’amour pour moi je suis en pit de rires

J’ai pécho plein mes rêves, ouf d’amour

Et opé pour la vie, pour un tripe, une partouze

Faut niquer tous les tristes, toutes les faces mystics

Il ne reste aux mesquines que des montagnes de rires

Survivre à la merlich, faut limer en riant

Faire rire la keuba d’un comico hilare

Et les matons hagards d’une Kalesh aux  murs froids,

T’inquiète igo cité, y’aura toujours des rires

Autour d’un bon couscous, d’un kébab ou d’une soupe

Je suis guez de toi, gueuch d’amour

Y’a  foyi dans ta vie fait le plein de sourires

Comme un flow NTM, tape toi des flashes

A en mourir, à en mourir de rire,

Faut douiller le bonheur et rire mon frelot

Ça déchire grave ce soir, vient dans le crew potto

Pour éclater de rire, y’a pas d’crevard ici

Que des crèmes chargées, on va coucher la mort

Les condés et les chtars viendront danser la gigue

Dans nos cités chanmèes, pour byer les brouille-en

Les broutilles de la vie, faut rire et toujours rire

Tège les bouffons, faits gaffe aux boites de six

Surtout si t’es bledard, planque ton blaze mon frelot

Y’a pas besoin de beuze pour se taper des barres

Arrange-toi un bail, voisine la plus choucarde

Teenagers des cités, arrange ton baggy

Arrache-toi des alcatraz, angoisse ta meuf

Ambiance-là romantique bien al dans tes basquettes

Et puis rire, rire encore et toujours, rire sans fin…

Alors ? Heureux ? Difficile cette langue mais tellement poétique ! Nous sommes loin de la langue inclusive chère à notre nouveau Ministre de l’Education !

Que les « scrogneugneu » passent leur chemin, nous avons le devoir, d’écouter, d’entendre et de partager. La langue des cités, c’est un moyen de s’opposer à l’ordre établi : ça parle aussi aux vieux soixante-huitards !

Si nous faisons un pas vers notre jeunesse, on pourra leur demander d’en faire un vers nous. 

 

Jean-Paul ALLOU

 

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