Haro sur le jeunisme à tout crin : la sagesse des seniors et le partage entre générations est un luxe à (re)travailler…

« Il est temps de réunir le savoir-faire intergénérationnel qui est une courroie indispensable au progrès d’une civilisation. En Occident, les vieux sont juste bons à être placardisés. Notamment sur le volet de l’économie. Dans les cultures traditionnelles, celles de l’Afrique, de l’Asie ou des aborigènes, ils sont le ciment inusable qui unit l’ensemble d’une société grâce à leur sagesse… ». « Il est temps de réunir le savoir-faire intergénérationnel qui est une courroie indispensable au progrès d’une civilisation. En Occident, les vieux sont juste bons à être placardisés. Notamment sur le volet de l’économie. Dans les cultures traditionnelles, celles de l’Afrique, de l’Asie ou des aborigènes, ils sont le ciment inusable qui unit l’ensemble d’une société grâce à leur sagesse… ». Crédit photo : PIXABAY.

Etre jeune, rester jeune, avoir un look  jeune… C’est une obsession progressive en Occident. L’âge n’est qu’une donnée biologique, « manipulée et manipulable » selon le sociologue Alain BOURDIN. Le vieux était envié : il avait systématiquement le pouvoir, en famille, dans l’entreprise ou en politique. Dans de nombreuses cultures, Afrique, Asie, voire dans les traditions aborigènes, indiennes, amazoniennes… l’ancien demeure un sage. Et il le reste !

TRIBUNE : Aucune décision importante n’est prise sans une consultation auprès du « vieux sage » du groupe. L’ancien est le détenteur de l’histoire et des traditions.

Par contre, en Occident, nos vieux sont perçus comme des séniles, des gâteux, pour ne pas dire des gagas, déliquescents et décrépits…Le vieux est plus maltraité qu’écouté…

L’aîné, dans notre société, doit rester jeune à tout prix. On veut rester jeune, manger et s’habiller jeune, parler jeune (à domf : lol…) jusqu’au ridicule.

90 % des femmes déclarent vouloir changer de corps ! La chirurgie esthétique représente 511 000 interventions en France ! Le premier lifting se pratique dès l’âge de quarante ans contre 52 ans en 1990.

On camoufle, on triche, on masque, on déguise… bref on travestit ! On ne donne pas son âge : le mot vieux est devenu péjoratif ! Alors à quel âge est-on vieux ?

Les « croulants » vous diront que c’est d’abord une question de mentalité et d’état d’esprit. Mais ils radotent, c’est bien connu ! Les jeunes en font une question de chiffres.

Selon les interviewés (IFOP 2011) : la vieillesse commence à 60 ans, 77 ans et plus de 80 ans… Dans les entreprises, les spécialistes du marketing déclarent péremptoirement qu’à partir de 45 ans, on intègre la catégorie des « seniors ».

Chez les politiques, au Parlement, on propose des règles afin d’accueillir de plus en plus de jeunes. Avec un président élu à 40 ans, un Premier ministre nommé à 47ans et une moyenne d’âge du gouvernement passée à 48 ans, dans dix ans, c’est sûr, on ouvrira une crèche à Matignon ! Rassurons-nous : il faudra des « vieux » pour gérer la garderie !

Avec la crise du coronavirus, nous avons vu comment ont été traités les vieux dans les EHPAD ! Et encore : on ne nous dit pas tout ! Comme cette circulaire de l’Agence régionale de santé qui limite l’admission aux soins intensifs et dans la pratique de l’urgence, nécessité pour les médecins de ne pas accepter les malades trop gravement atteints et sans espoir de guérison.

On refuse la mort. On n’accepte pas la souffrance. On exclut le virus de la pensée car il ne correspond pas à l’image d’une société jeune et dynamique !

 

Vers la tyrannie accrue du jeunisme…

 

Il faut être jeune pour obtenir des postes dans l’entreprise. C’est moins cher qu’une femme ou un homme d’expérience. Il faut être jeune pour être inscrit sur les listes des futurs maires ou députés. Le « pater familias » n’a plus de droit de citer autour de la table… Place aux jeunes !

Les jeunes recrutent des jeunes. La dictature du jeunisme est d’imposer au monde une adaptation permanente où le maître-mot est le high-tech.

On ne vit plus : on survit dans l’urgence et le stress, l’inconstance et la superficialité. Que proposent les vieux « grigous » ? Une sagesse : rester calme et immobile pour contempler le monde, quand il arrive une catastrophe : il est urgent de ne rien faire…

Régis DEBRAY (il faut lire « Le bel âge ») nous propose de résister en restant spontané et de garder le goût de l’aventure et de l’inconnu !

Faire la part belle au temps et à l’expérience. Mais, face à l’arrogance de la jeunesse, ce sont les adultes qui sont les premiers responsables de cette évolution.

Les parents, éducateurs et autres professeurs ont voulu masquer les réalités, au prétexte de préserver la jeunesse…

 

Réapprendre ensemble et en parfaite harmonie, le partage des valeurs…

 

Le mythe, si répandu, d’une culpabilité ontologique  des adultes poussent  à voiler toute forme de réalité objective. Attention : si la chasse aux perdreaux de l’année est très règlementée, la chasse aux vieux dinosaures ne l’est plus !

Un espoir demeure pourtant : la multiplication des actions dites intergénérationnelles. Jeunes et moins jeunes se retrouvent dans le cadre de l’aide aux études, du parrainage à la création d’entreprise.

Dans certaines structures, on propose aux futurs retraités de transmettre leur expérience aux nouveaux embauchés…

Dans le cadre de l’apprentissage, l’expérience plus que séculaire a fait ses preuves : le patron, le maître (le « singe » !) sont les courroies indispensables du progrès.

La tradition du compagnonnage démontre la nécessité de la transmission, de l’expérience et des traditions.

Dans ce contexte, sur le terrain, savoir lire ou écrire n’est pas suffisant : il faut aussi savoir se taire et regarder les gestes pour intégrer le savoir-faire et le savoir-être…

« Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens. Mais dans l’œil du vieillard, on voit de la lumière… ». Victor HUGO.

 

Jean-Paul ALLOU

Articles

Bannière droite accueil