
Le salon CryptoXR à Auxerre, l’un des rendez-vous Web3 les plus accessibles de France.
Dans l’Yonne aussi, la peur a changé de visage. Lundi, c’est à Avallon qu’une famille a été arrachée à son quotidien par des ravisseurs en quête de cryptomonnaies. Une affaire résolue en vingt heures par le GIGN. Mais derrière les faits, quelque chose se fissure dans une communauté que ce territoire a vu naître.
Ce que le silence dit
Maxime Chéry n’en fait pas des tonnes. L’organisateur de CryptoXR, le salon qui a fait d’Auxerre l’un des rendez-vous Web3 les plus accessibles de France, choisit ses mots avec soin. L’an passé, il a lui-même subi une tentative d’enlèvement. Aujourd’hui, il regarde ses amis de la communauté crypto touchés les uns après les autres.
“On ne peut même plus partir dans nos résidences secondaires l’esprit tranquille.”
Lentement, sans fracas, il prend ses distances avec un écosystème qu’il a pourtant contribué à construire ici, dans l’Yonne. Ce témoignage dit quelque chose que les communiqués de presse ne disent pas : la violence ne frappe pas seulement des corps, elle érode des vocations.

Maxime Chéry, organisateur de CryptoXR, figure de l’écosystème Web3 auxerrois.
Une menace qui se cherche une adresse
Depuis début 2025, la France recense plus de trente enlèvements liés aux cryptomonnaies, soit 80 % des cas européens. Le phénomène, longtemps perçu comme parisien ou métropolitain, s’installe dans les villes moyennes. Avallon, lundi. Avant cela, Dijon, Chalon, Voiron. Les ravisseurs ne cherchent plus leurs cibles dans les quartiers d’affaires mais là où elles vivent, vraiment, avec leurs familles.
Ce qu’ils exploitent, c’est la traçabilité administrative des détenteurs : fichiers fiscaux piratés, plateformes compromises, données revendues. Face à cette réalité, un fichier recense désormais les personnes exposées et reconnues comme devant être protégées. Son existence même dit l’ampleur du problème : la menace est suffisamment documentée pour que l’État en tienne la liste. Quarante mille demandes d’anonymisation des adresses personnelles ont déjà été déposées depuis le décret de l’été 2025.
Le paradoxe de la blockchain
L’ironie est cruelle. Ces mêmes ravisseurs croient effacer leurs traces en exigeant des rançons numériques. Or la blockchain est, par nature, un registre public et infalsifiable. Dans l’affaire Ledger en 2025, la quasi-totalité de la rançon avait été tracée et saisie en quelques heures. La cryptomonnaie n’offre pas l’anonymat fantasmé, elle laisse une piste.
Mais ce paradoxe technique ne suffit pas à rassurer ceux qui, comme Maxime Chéry, ont appris à regarder derrière eux en sortant de chez eux. Quand les bâtisseurs locaux d’un écosystème commencent à en franchir la porte à reculons, la question n’est plus seulement sécuritaire. Elle est aussi, désormais, humaine.
Sarah Milen
