Jusqu’à quand ?! Jusqu’à quand peut-on, doit-on, tolérer ainsi le désordre indescriptible qui règne dans ce pays à l’ambiance si délétère ; ce climat d’insurrection permanent qui ne cesse de croître autour de nous et cette peur indicible qui s’installe jour après jour dans la plupart des métropoles françaises ?
Depuis quatre jours, après le tragique drame que l’on connaît – le décès malheureux de ce gamin à peine sorti de l’adolescence - Nahel, 17 ans, tué à bout portant par un représentant des forces de l’ordre au volant de son véhicule après un refus d’obtempérer (l’enquête devra faire toute la lumière sur ce qui s’est réellement passé) - les Français subissent les foudres d’une jeune génération en colère. Ils expriment leur vive inquiétude face à une situation tendue, extrême, parfois à la limite du concevable, qui touche petit à petit telle une tâche d’huile les grandes et moyennes villes du pays.
Que l’on habite Marseille, Toulouse, Lyon, Lille ou Nantes, la résultante est la même : ce ne sont qu’actes de violences urbaines successifs qui prennent de l’ampleur au gré du temps qui passe. Un scénario catastrophe qui gagne aujourd’hui des agglomérations qui ne connaissent pas d’ordinaire la « une » médiatique de faits divers le plus souvent sordides, à l’instar de Cannes (!) ou de Grasse. Ne parlons pas de Paris et de l’Ile-de France, devenu le terreau populaire de toutes les incivilités….
La France n’est pas encore les Etats-Unis…
Les faits rappellent ceux de 2005 où vingt-deux nuits d’affilée avaient rythmé la poussée de fièvre incendiaire des banlieues en proie à un malaise abyssal. Evoquant, même, parmi les plus anciens de nos concitoyens, les évènements de « Mai 68 » qui déstabilisèrent l’exécutif en place, c’est-à-dire le pouvoir maîtrisé jusque-là par le Général Charles de GAULLE qui dut renoncer à l’Elysée après un référendum perdu…
Mais, a bien y regarder, cette fois-ci, le mal semble être nettement plus profond. La fracture sociale, beaucoup plus grande. Et ce fait divers « inexcusable » comme le commente le Président de la République – en ce sens, on ne peut que lui donner raison -, n’est qu’un prétexte fallacieux de plus pour mettre le feu aux poudres et semer la discorde dans une société déjà très mal en point.
La perte d’un enfant, d’un mari, d’une épouse, d’un être humain quel qu’il soit selon ses origines sociales, sa couleur de peau, sa religion, son âge, dans des circonstances aussi dramatiques que celles-ci, ne peut être que condamnable à bien des égards.
Doit-on perdre la vie parce que l’on refuse de s’arrêter lors d’un contrôle de police ? Parce que l’on doit souffler dans le ballon ? Parce que l’on doit présenter ses papiers d’identité ? Que nenni !
Chacun de nous possède en mémoire les images de ces faits divers navrants et surnaturels qui affectent régulièrement les Etats-Unis où les ressortissants noirs américains ne donnent pas cher de leur peau lorsqu’ils sont arrêtés au premier carrefour venu par des policiers blancs (et noirs également) puissamment armés et se la jouant à la John WAYNE tels des cow-boys soucieux de faire appliquer la loi, mordicus !
Que l’on se rassure : nous en sommes pas encore là, de l’autre côté de l’Atlantique ! Ni en France, ni en Europe, du reste. Pour l’instant…

Des excès de zèle et de l’incompétence dans tous les métiers !
Même si les bavures existent bel et bien ; elles sont constatées, condamnées et punies par les instances elles-mêmes. Certains de ces fonctionnaires ou militaires selon la force qu’ils représentent – ce n’est pas la majorité de ces professionnels - peuvent parfois se laisser aller dans leur comportement.
L’homme est l’homme, malheureusement. Ces écarts pouvant être symbolisés par des excès de zèle, un « trop » plein de la fatigue, de l’incompétence en termes de formation ou d’un manque de maîtrise absolue face à une situation précise ; ils se vivent dans bien d’autres corporations professionnelles qui exercent leurs talents dans ce pays.
Et là, la liste est si longue qu’elle pourrait ressembler à un annuaire regroupant toutes les filières de la vie économique de cette nation !
Mais, la violence doit elle se résoudre par la violence et une haine qui rend sourd et aveugle ? Ce fléau de la société moderne s’insère dans chaque strate de notre existence. Dans tous les pores de notre corps. Ici, elle prend la forme de violences conjugales ou intrafamiliales avec son lot de victimes au féminin qui va crescendo.
Là, c’est la violence sportive où sous prétexte qu’un adolescent arbore le maillot de son club fétiche dans la tribune d’un stade de football peut être lynché par de sombres supporters du camp adverse, de pauvres imbéciles aux neurones proches du zéro à l’infini.
Il y a la violence gestuelle et verbale que chaque automobiliste côtoie tous les jours dès qu’il s’assoit au volant de son véhicule ; la violence professionnelle qui s’identifie à la pression, voire à l’acharnement mental, créé par un collègue imbu de sa personne ou par la hiérarchie qui pratique encore un management totalement archaïque et dépassé. Une violence ô combien exacerbée et relayée par les réseaux sociaux, évidemment.
Dans le cas présent, cette accumulation de faits divers venant perturber l’ordre public depuis quatre soirs, les réseaux sociaux y sont pour beaucoup. On les pointe du doigt, on les vilipende, on s’en offusque : mais rien n’y fait ! On les subit et on constate…sans que rien n’y personne ne légifère pour que cela cesse, enfin.

A quand des états généraux sur les carences vécues par notre jeunesse ?
Et maintenant, que fait-on ? Continue-t-on à compter béatement les points et surtout à calculer avec un goût d’amertume dans la bouche le montant de nos impôts qui part en fumée soir après soir avec la destruction de ces écoles, crèches, médiathèques, bibliothèques, centres sociaux, commissariats, par ces « petites frappes » de quartier qui ne devraient pas être dehors après vingt heures parce dans la grande majorité des cas ce sont des mineurs qui échappent à l’éducation de leurs cellules parentales ?
Doit-on responsabiliser, voire pénaliser, davantage les parents déficients à leurs droits et devoirs de civisme et de pédagogie qui ne maîtrisent plus leurs progénitures récalcitrantes et laissent faire ?
Est-ce que les honnêtes gens, ces ouvriers, ces salariés, ces commerçants, ces artisans, ces chefs d’entreprises, ces fonctionnaires, ces retraités, ces étudiants, ces adolescents, ces enfants, ces chômeurs, ces mères de famille doivent trembler au quotidien dès qu’ils osent mettre un pied dehors à la nuit tombée, voire en plein jour ?
Certains ne peuvent plus se rendre sur leur lieu de travail. D’autres ont tout perdu parce que l’officine de pharmacie ou l’épicerie du coin ont été réduites en cendres. D’autres restent cloitrés chez eux de peur de faire de mauvaises rencontres en regardant cramer dans le désespoir leurs voitures. Est-ce donc cela la France où il fait si bon vivre ?
Tous les regards se tournent désormais vers l’Etat. L’urgence est d’agir et vite pour enrayer la spirale infernale de cette violence gratuite qui a aussi tué un autre jeune homme de 19 ans à Rouen, présent dans un cortège.
Au-delà du saupoudrage habituel – repeindre le hall d’entrée d’une barre d’immeuble de vingt étages ou allouer des subsides pour construire un terrain en pelouse synthétique fréquenté par les seuls fans du Paris Saint-Germain en banlieue -, ne serait-il pas temps pour la gouvernance de mettre tout à plat et d’ouvrir enfin de véritables états généraux sur les carences rencontrées par la jeunesse d’aujourd’hui, de toutes origines sociales et ethniques, pour crever définitivement l’abcès de ce mal-être continuel en France.
Avec des items liés à l’éducation, l’emploi, le respect, le partage des valeurs, l’intégration, la fraternité et surtout la place de la jeunesse dans la société.
Bon courage à l’équipe ministérielle ou aux technocrates si éloignés de la vie ordinaire qui relèveront ce sacré challenge sociétal : elle ne risque pas de connaître les affres du chômage…ni une retraite prématurée !
Thierry BRET
