Peu importe de ce qu’il adviendra in fine, au soir du 24 avril, on sait déjà que cette élection présidentielle 2022 restera à jamais gravée dans les annales de la vie républicaine. Mais, pas à cause de l’engouement immodéré qu’elle suscite aux quatre coins de l’Hexagone où plus de 40 % des Français disent se contrefiche de ce rendez-vous qui nous revient pourtant tous les cinq ans. Mais, parce que des éléments perturbateurs extérieurs vont très certainement en distordre les contours existentiels contre toute attente.
Si en 2017, l’ombre de Moscou planait déjà quelque peu sur les soutiens occultes à réserver à certains candidats en matière de financement de campagne, ce sont ces mêmes Russes qui vont une nouvelle fois encore s’immiscer indirectement dans le jeu de la politique intérieure en pipant de manière plus que subliminale les résultats de ce double échéancier électoral.
Un sondage publié à date traduit cet état de fait. 33 % de nos concitoyens placent l’actuel et dramatique conflit opposant la Russie à l’Ukraine parmi leurs préoccupations principales auxquelles devra s’atteler le nouveau locataire du palais de l’Elysée.
Juste derrière le pouvoir d’achat qui en est un pur corollaire démonstratif avec la hausse exponentielle des prix applicable à tout ce qui se consomme ou presque en France et bien avant des thématiques plutôt « régaliennes » d’ordinaire à l’instar de la sécurité, de l’immigration ou de l’environnement.

Une vision gaullienne du mandat en incarnant un chef de guerre ?
Or, qui d’autre, que le président sortant incarne le mieux le cap stratégique à suivre dans ce contexte si particulier à la limite de l’apocalyptique, selon bon nombre de nos compatriotes même les plus réfractaires envers le personnage ?
Se muant en véritable chef de guerre de cette défense passive qui prend ses sources sur la batterie de sanctions économiques internationales prises à l’encontre de Moscou et des intérêts de ses oligarques, Emmanuel MACRON gère le dossier à bras le corps, mouillant la chemise, ne comptant pas ses heures et ne se rasant plus de près (l’excellent coup de communication de ces clichés distillés sur les médias !), descendant presque de son piédestal jupitérien inaccessible pour apparaître comme un être humain à part entière. Comme vous et moi !
Conséquence immédiate de ces images relayées abondamment via tous les canaux de diffusion : la cote de popularité du leader emblématique des Marcheurs s’est envolée dans les sondages d’opinion pour tutoyer les 28 à 29 % d’intentions de vote dès le premier tour. Un palier, jamais atteint à ce jour depuis le lancement de la campagne. Un palier qui a même dépassé les 30 % de préférence publique ce samedi 05 mars, pour la toute première fois.
A croire que dans l’imaginaire collectif, Emmanuel MACRON a troqué sa panoplie de dirigeant gestionnaire de la France pour une vêture plus guerrière, à la façon gaullienne d’un Général renégociant les accords de Yalta en insistant avec fermeté sur les intérêts de l’Europe, ou d’un Robin des Bois de la diplomatie tentant d’amadouer un POUTINE cynique et insatiable pour faire basculer la paix dans son escarcelle.
Toutefois, sur ce dernier point, force est de constater que pour l’heure l’ogre du Kremlin a conservé son gargantuesque appétit d’innocentes victimes ukrainiennes à avaler sous le poids des missiles et des bombes, que certains disent peut-être à fragmentation.
Une déclaration officielle sur le fil du rasoir le jour de la clôture…
De quoi envoyer pour longtemps croupir le tyran moscovite dans les geôles de la Cour pénale de La Haye au motif de crimes contre l’Humanité et de crimes de guerre en prenant juste un aller simple à bord d’un Tupolev de la compagnie AEROFLOT dans la soute !
Faut-il craindre, pour le pluralisme des idées, le plaisir électoral que ces joutes verbales suscitent d’ordinaire à travers ses débats et tout bonnement la démocratie, que cette présidentielle 2022 soit d’ores et déjà pliée ?
Déjà, l’acte de candidature du président en chair, diffère des autres prétendants à cette course à l’échalote. Certes, Emmanuel MACRON l’avait maintes et maintes fois répété à qui voulait l’entendre ces dernières semaines : il serait le Président de tous les Français jusqu’à la dernière minute de son mandat. En quoi cela semble logique et légitime.
Mais, la très (trop ?) longue attente devant précéder sa déclaration officielle à sa succession élyséenne s’avère être du même acabit. Ne pouvant dépasser les limites de la date d’expiration qui clôture le dépôt des candidatures, soit le 04 mars, Emmanuel MACRON a donc rompu le silence.
Utilisant deux moyens plutôt orthodoxes (cela tombe bien au vu du contexte !), la publication de sa déclaration via les relais très suivis que sont les médias de la PQR, presse quotidienne régionale, la nationale et les réseaux sociaux. Une première vidéo le montrant, en plein travail à son bureau en chemise et en portrait avec lumière d’ambiance réflexion, augure d’autres rendez-vous filmés dont il devrait parsemer la petite quarantaine de jours nous séparant du 10 avril sur les canaux habituels.
Créant ainsi un effet d’annonce majeur dans le paysage médiatique de l’Hexagone renvoyant aux calendes grecques les autres candidats dont certains ont été moins bien lotis en termes de couverture d’image (n’est-ce pas Philippe POUTOU en attente de justification de ses cinq cents parrainages dès lundi !).

La barre des 30 % d’intentions de vote atteinte à cinq semaines de l’échéance…
Caracolant en tête du peloton avec 30 % des intentions de vote, avec quatorze points d’avance sur sa dauphine Marine LE PEN, et bien plus sur un groupe composé de Valérie PECRESSE, Eric ZEMMOUR et Jean-Luc MELENCHON, le président-candidat semble déjà avoir pris une sérieuse option pour figurer au second round de ce scrutin qui depuis le début de l’invasion russe s’étiole quant à la passion qu’en éprouve les Français.
Est-ce à dire que l’alignement très favorable des planètes dont bénéficie Emmanuel MACRON pèse déjà dans la balance (présidence de l’Europe, président sortant, médiateur international et chef de guerre des sanctions économiques) des futurs résultats ?
Le fil semble très ténu, il est vrai. Même Jean-Pierre RAFFARIN, Jean-Pierre CHEVENEMENT, Jean-Pierre SOISSON et d’autres vieux barons de la politique le soutiennent alors que le silence assourdissant de Nicolas SARKOZY vis-à-vis de Valérie PECRESSE persiste de manière insistante aux oreilles des suiveurs des Républicains.
Décidément, les Russes, maîtres incomparables des jeux d’échec, ne manquent jamais l’occasion de se distinguer pour brouiller les pistes de près ou de loin de l’échiquier politique mondial et de ses enjeux électoralistes. Selon la conjoncture ou les évènements. La guerre contre l’Ukraine aura nécessairement des conséquences inévitables lors des deux tours de scrutin du mois d’avril. Quoi qu’en pensent Nicolas DUPONT-AIGNAN rageur contre le bilan du quinquennat écoulé ou Laurent WAUQUIEZ qui a traité Emmanuel MACRON de « dictateur » juste avant de se reprendre de sa gaffe.
Mais oups : il était déjà trop tard !
Thierry BRET