Le 13 octobre dernier, le nouveau président de la république tunisienne, Kaïs SAIED, prêtait serment en grandes pompes devant les élus du Parlement et les plus hautes sommités de l’Etat.
Endossant de fait la vêture de chef d’Etat, lui qui pourtant a fait irruption que très récemment sur la scène politique de ce pays, ami de la France.
Ce personnage que l’on connaît peu incarne, selon les observateurs, le renouveau de la sphère politique locale. En élisant ce nouvel homme fort âgé de 61 ans dans un pays miné par une crise sociétale et économique sans précédent, les Tunisiens ont voulu porter leur choix vers un candidat qui semblait casser quelque peu les codes instaurés depuis des lustres et qui se pratiquaient jusqu’alors sur le territoire.
Le président en chaire a recueilli plus de 72 % des suffrages exprimés. Sa victoire ne peut être que légitime et incontestable eu égard au résultat définitif du second tour de scrutin. Cette élection représente un vote tant espéré pour le peuple de ce petit pays, en mal d’un vrai « Printemps arabe » qui aboutisse enfin à davantage de démocratie et de libertés.
Mais, toute médaille possède son revers. C’est bien connu ! Les législatives qui viennent enfin d’accoucher de leurs résultats démontrent, une fois de plus, que les choses les plus simples ne sont pas toujours les plus évidentes. Surtout dans le domaine de la politique !
Le parti ENNAHDHA est arrivé en tête de ces échéances qualifiées de capitale. Il va donc donner une majorité à la future gouvernance de l’état oriental du Maghreb. Cette même formation a ainsi décrété qu’elle avait choisi son poulain pour le représenter au poste de Premier ministre, en la personne d’Habib JEMLI.
Qui est-il avec exactitude ? Ingénieur agricole de formation, âgé de soixante ans, le futur Premier ministre possède une bonne connaissance de l’exécutif.
Il a, en effet, sévi en qualité de secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Agriculture dans les deux précédents gouvernements de Hamed JEBALI et Ali LARAYEDH, tous deux issus du mouvement ENNAHDHA.
Un parti islamiste qui prône la carte de la modération et de la transparence…
En terme clair, Habib JEMLI ne peut revendiquer être un perdreau de l’année ! Mais, loin de nous l’idée de ne pas s’appuyer sur les compétences de cet homme politique pour diriger le gouvernement qui résulte de ces élections !
Toutefois, dès l’annonce de cette nomination, plusieurs réactions incrédules se sont manifestées de la part des suiveurs et d’une frange de la population. Notamment sur les véritables orientations stratégiques de ce haut personnage de l’Etat.
Depuis sa légalisation en 2011, le parti ENNAHDHA a pris les rênes de la Tunisie au cours d’une période équivalente à un septennat. Or, il faut se souvenir pour mieux appréhender les choses que cette formation politique se réclame de l’islamisme.
Certes, pas aussi radicale que certains auraient pu le croire longtemps mais tout de même. Un islamisme qui a prôné la carte de la modération en connaissant ses propres crises identitaires au fil du temps.
Depuis quelques mois, ce parti s’est quelque peu policé. Il a multiplié les efforts pour devenir plus consensuel et se présenter tel un parti de « musulmans démocrates » aux yeux de la sphère internationale. Celle-ci surveillant par ailleurs ces échéances électorales, présidentielles comme législatives, avec grand intérêt. Dont l’Elysée et Matignon.
Pourquoi ? Parce que l’équilibre de ce pays si stratégique du nord de l’Afrique est prépondérant. Frontalière de la Libye qui vit a contrario une vraie crise identitaire à la lisière de la guerre civile entre factions rivales, la Tunisie souhaite coûte que coûte redorer son blason sur le devant de la scène mondiale.
Il y va aussi de sa pérennité économique dont le tourisme, par le biais de la captation annuelle de milliers d’Occidentaux, synonymes de devises, est cruciale. Point de visiteurs sur les plages blanches et immaculées de Djerba et c’est tout le pays qui tousse et s’enrhume à l’unisson jusqu’aux portes du désert.
Aider la Tunisie à reprendre sa destinée en main…
Sans doute, les responsables de la formation d’inspiration islamiste se sont-ils imprégnés des atermoiements et des craintes de leur population, d’une part, et des observateurs étrangers, d’autre part.
Donner une image rassurante aux uns et aux autres est devenu un curieux leitmotiv pour ces personnes qui ne pratiquaient pas, à leurs origines, l’art de l’indulgence et de la tolérance.
Comme le précise l’adage, il faudra donc donner du temps au temps pour savoir comment fonctionnera le nouveau rouage du pouvoir à la tête de l’institution. Les faits sont là et ils sont inaltérables.
Nul ne peut prédire de l’avenir immédiat de ce charmant pays et de ses habitants qui ont le cœur gros comme ça, en matière d’altruisme et de convivialité.
Mais, il est de bon ton d’en parler et de jeter un regard attentif sur ce qui va réellement se passer dans les mois à venir de l’autre côté de la Méditerranée. Sans pour autant pratiquer de l’ingérence de notre part.
Mais, un homme avertit en vaux deux. Peut-être avons-nous un rôle essentiel à jouer. Et si nous pouvions encourager nos amis Tunisiens à reprendre enfin leur destinée en main pour qu’ils puissent vivre et s’épanouir, au travers de leur révolution de printemps si attendue, en guise de renaissance. Ce serait un moindre mal, en effet…
Thierry BRET