Les Français aspirent aux vertus de la proximité. Une envie de cocooning et de bien-être qui prend faits et gestes dans leur manière de consommer au quotidien. En privilégiant les circuits courts. En faisant la part belle aux produits issus du bio. En redonnant ses lettres de noblesse aux valeurs de l’authentique et du naturel. Sous l’égide du politiquement correct, tant en matière de sauvegarde de la planète que de la transition énergétique, quand les moyens matériels peuvent leur permettre, et sans trop de contraintes financières.
Bref, recherchant ces liens exaltants vers l’infiniment petit, c’est-à-dire un secteur géographique à taille et dimension humaines où chacun peut encore prétendre à son épanouissement moral, ils se retrouvent pourtant confrontés à un tout autre registre, au plan de la directive administrative et institutionnelle. La centralisation à outrance.
Force est de constater, aujourd’hui, que cette dernière ne se limite plus à l’unique résurgence d’une régionalisation forte et concentrationnaire aux multiples pouvoirs. Les grandes métropoles ont semble-t-il depuis pris le relais. Créant de facto une strate supplémentaire à cet ensemble mille-feuilles déjà très complexe. A la limite du digeste en matière de compréhension et de bienséance.
Si l’on y ajoute les départements, les intercommunalités d’agglomération, et les communes, on dispose du parfait archétype opérationnel d’une démocratie qui ne laisse rien au hasard dans son mode de fonctionnement.
Reste, l’Etat qui au sommet de sa toute puissance, veille avec sécularisme, à la destinée de cet ensemble de sous-segments, parfaitement huilés. Jusqu’alors, tout semblait opérer dans le meilleur des mondes, et ce depuis des lustres prenant avec ce modèle organisationnel une source qui s’inspirait de références chargées d’histoire. En outre, les vecteurs de ce jacobinisme bon teint ne se cantonnent pas uniquement à ces divers appareils institutionnels.
La place, fondamentale, occupée par la capitale de l’Hexagone, demeure immuable ou presque dans la plupart des décisions prises pour favoriser la gouvernance de notre nation. Et c’est peut-être là que le bât blesse dans le processus opératoire et évolutif de notre société à l’heure actuelle, en recherche d’une plus grande proximité et d’une écoute constante, non unilatérale.
Les exemples de ce hiatus profond s’accentuent entre la convergence des pleins pouvoirs ramenés à une mégalopole unique (Paris) et les desiderata des citoyens lambda qui vivent parmi les territoires ruraux. Les élus de ces villages et bourgades de France éprouvent de plus en plus de difficultés à faire entendre leurs voix dans ce dédale labyrinthique de structures officielles.
Le Congrès national des Maires de France, qui se déroulait une fois de plus dans la métropole francilienne, l’a encore démontré cette semaine. Perclus de doutes, les élus des petites localités ne se sentent plus l’âme vaillante ni la volonté assidue de poursuivre l’expérience municipale.
Près de 50 % d’entre eux ont déjà fait savoir, à leurs administrés, qu’ils se refuseraient à proposer leur candidature aux élections de 2020. Laissant planer de sérieuses incertitudes dans certaines municipalités car les prétendants au poste suprême ne font pas montre de réelles initiatives. Faute de motivation et d’intérêt.
Attachés à leurs élus de base comme ils le sont à ces notions de proximité dans l’approche des arts de vivre, les Français risquent d’être coupés davantage des cénacles de la vie politique et institutionnelle à très brève échéance. Et il n’y a pas de quoi se réjouir devant cette configuration inquiétante.
Beaucoup de services publics ont en effet déserté les zones rurales ou sont en passe de l’être. Les lignes ferroviaires disparaissent. Les bureaux de poste ferment inexorablement. Les tribunaux de grande instance se vident de leur substance judiciaire. Les gendarmeries déclinent et se réduisent à peau de chagrin en matière d’effectifs. Quant au volet de la santé, c’est le plus souvent « Waterloo, morne plaine » au niveau de la présence médicale et chirurgicale.
Bien sûr, le numérus clausus a réduit considérablement les velléités universitaires de bon nombre d’étudiants qui se sentaient la fibre d’exercer le rôle d’un docteur généraliste de campagne. Libérée désormais de sa contrainte statistique (pas plus de 3 000 médecins diplômés par an jusque-là), la filière devra pourtant attendre les années 2030 pour renaître de ses cendres tel un Phénix rayonnant.
De la pure logique, en vérité, puisqu’il faut douze années d’études pour permettre à un futur praticien de pratiquer dans les règles de l’art le serment d’Hippocrate.
Enfin, ce triste tableau d’une ruralité en pleine déshérence sociétale trouve son apothéose avec les fermetures des établissements d’enseignement supérieur (la filiale icaunaise de l’Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort qui est implantée à Champignelles depuis plus de 20 ans au niveau local), le projet de fermeture des CFA (700 d’entre eux sont d’ores et déjà menacés car les Régions ne disposeront plus de la compétence de gestionnaire) et l’absence de création de nouvelles filières dans les « IUT » technologiques des villes moyennes.
Cet inventaire à la Prévert est de mauvais aloi. Il est surtout profitable aux grandes métropoles. Voire à la puissante région Ile de France et la capitale qui cannibalisent tout sur leur passage.
Le temps des Jacobins et de la concentration des pouvoirs vers les élites parisiennes, chers à Robespierre, sont donc loin d’être révolus !
Thierry BRET