Le goût de l’amertume et de la peur revient dans la bouche des commerçants et des entrepreneurs. Mais, aussi de bon nombre de nos concitoyens qui ont eu à pâtir de la pandémie.
Les signaux d’alerte concernant la propagation de la COVID-19 virent les uns après les autres à la couleur orange. C’est le cas depuis le 17 juillet de la Bourgogne Franche-Comté. Voire au rouge, en Bretagne. Avec, pour cette contrée du littoral atlantique, un premier pic qui préoccupe les habitants du Finistère. Territoire où le fameux « R 0 » dépasse le chiffre 5. Rappelons que cet indice permet de mesurer combien de personnes sont contaminées par un malade.
Annoncée de manière prémonitoire depuis fort longtemps par les scientifiques, la seconde vague inhérente au coronavirus progresse de manière inexorable sur l’ensemble de l’Hexagone. Prouvant que la chaleur n’en est pas venue à bout.
Même si, pour l’heure, l’Agence régionale de Santé (ARS) ne veut pas sombrer dans le défaitisme absolu. Ni instaurer un vent de panique, généralisé.
On comprend les responsables de l’institution de veille sanitaire qui, en pleine période estivale et après une timide reprise économique observée depuis le mois de mai, ne souhaite pas mettre la pression sur la gouvernance. Et condamner à nouveau les Français à arborer un tout autre masque sur leur visage : celui de la morosité.
Il faut toutefois se faire une raison : la dernière cartographie de la France n’augure pas de lendemains qui chantent. Le ministère de la Santé qui publie régulièrement cet indicateur fiable se dit très dubitatif. Constatant statistiques à l’appui que les effets irréversibles du relâchement se dévoilent au grand jour.
Couvrant il y a peu la totalité de notre pays, les poches vertes, symboles de ce retour attendu vers la normalité, s’estompent petit à petit au détriment de zones couleur orange (Hauts-de-France, Rhône-Alpes-Auvergne, Pays-de-Loire ou Nouvelle Aquitaine) mais surtout de secteurs rouge vif, comprenant aujourd’hui la Bretagne et la région Provence Côte d’Azur. L’Ile-de-France s’est également teintée.
Quant aux « bons élèves » épargnés par cette nouvelle poussée de fièvre, ils se nomment la Normandie, la région Centre et l’Occitanie. Particularisme de ce tableau pour le moins inattendu : l’Est de la France qui fut pourtant le berceau initial de l’infection virologique est aujourd’hui vierge de toutes contaminations. Un ouf de soulagement pour ces contrées qui ont dû payer un lourd tribut en termes de victimes lors de la crise aiguë de cette pathologie.
La Bourgogne Franche-Comté de nouveau sous haute surveillance…
Présentant un ratio de 1,21, soit légèrement supérieur à l’indicateur de référence (R 1), la Bourgogne Franche-Comté se situe en partie de l’autre côté du miroir. Les analystes brûlent un cierge pour que ces données inquiétantes ne grimpent pas crescendo dans les jours à venir.
Parmi les premières réactions à cette tendance alarmiste : celles émanant de la préfecture de l’Yonne. Les services préfectoraux se sont fendus d’un communiqué de presse lapidaire qui interdit tout rassemblement de masse sur le territoire.
Ainsi, rave-party, free-party et autres teknival ne sont pas les bienvenues par chez nous. Arguant parmi les propos que le virus circulait toujours dans notre région et département. Un état des lieux que le préfet Henri PREVOST a toujours souligné même dans les moments où l’Yonne figurait du côté de la couleur verte espérance.
La tenue, partout en France, voire chez nos voisins nivernais, de manifestations non autorisées ou non déclarées à vocation musicale aura eu de quoi surprendre en ces instants cruciaux où le port du masque et les pratiques de distanciation physique sont hautement recommandables.
Le port du masque obligatoire aurait pu se décider plus tôt…
Les images diffusées par les canaux audiovisuels portent à interrogation quant au civisme et au respect d’autrui de cette frange de la population qui visiblement se moque éperdument des règles d’usage.
Ces attitudes contraires à la protection collective de la société et de ses diverses composantes (seniors, adultes affaiblis ou malades) auront eu pour le moins un effet positif, presque quasi immédiat sur la prise de décision du gouvernement.
Le Premier ministre Jean CASTEX a insisté lourdement, à l’instar du chef de l’Etat la veille lors d’un entretien télévisé, sur le port obligatoire du masque dans les lieux publics clos dès cette semaine. Une déclaration qu’il devait réitérer lors de son discours de politique générale devant les parlementaires du Sénat.
Mais, pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’imposer le port du masque à l’image de certains pays européens et asiatiques ? Pourquoi ne pas l’avoir fait dès le 11 mai ?
D’autant que la jeunesse n’est pas la seule à être pointée du doigt dans ce relâchement progressif à grande échelle que nous observons depuis plusieurs semaines.
Bon nombre de parents, voire de grands-parents, déambulent avec désinvolture dans les galeries marchandes des grandes surfaces, boules de glace et téléphone à la main, sans protection parmi les chalands qui pour certains rasent les murs en quête de sécurité optimale !
Le préfet de l’Yonne l’a, une fois de plus, martelé dans ses derniers messages : « Nous devons collectivement rester vigilants face à cette épidémie… ».
Qui sait : à force de ne jamais rien respecter des consignes civiques élémentaires, les Français surferont peut-être cet été sur un phénomène pernicieux qui ressemblera davantage à un tsunami qu’à une simple vaguelette…
Thierry BRET