
Il y a des jours où on cherche moins un endroit à visiter qu'un endroit où respirer. Cette semaine, avec la vigilance orange qui colle à l'Yonne depuis mardi, direction les entrailles du département, là où la pierre garde la mémoire de l'hiver.
Premier arrêt
L’abbaye Saint-Germain, à Auxerre. On descend un escalier étroit et là, d'un coup, l'air change. La crypte date du IXe siècle, construite autour du tombeau de saint Germain, et les fresques qu'on y découvre sont les plus vieilles de France encore en place. Mais ce qui frappe d'abord, avant même l'histoire, c'est cette fraîcheur immédiate qui tombe sur les épaules. Difficile de croire qu'on est encore à Auxerre, à quelques mètres d'une rue qui cuit en surface.
Un peu plus loin
Du côté d'Arcy-sur-Cure, les grottes racontent une autre histoire, bien plus ancienne. Des hommes y ont vécu il y a plus de 200 000 ans. On avance dans la Grande grotte au milieu des concrétions, des salles qui s'enchaînent, avec cette impression étrange d'être hors du temps, hors de la saison aussi. La roche ne connaît pas la canicule.
À Saint-Bris-le-Vineux, l'ambiance change complètement. Les caves Bailly-Lapierre occupent d'anciennes carrières médiévales, et on y descend sous 50 mètres de calcaire pour trouver, dans le noir frais, des millions de bouteilles de crémant qui patientent. Ce n'est plus un monument au sens classique, mais le même principe s'applique : la pierre protège, encore et toujours.
Dernier détour du côté de la Puisaye
La carrière souterraine d'Aubigny. On y a taillé pendant des siècles la pierre qui a construit une partie de Paris et les cathédrales du département. Aujourd'hui c'est presque un musée, silencieux, un peu oublié, mais qui garde lui aussi sa température immuable, été comme hiver.
Ce qui ressort de ces quatre lieux : la chaleur ne se fuit pas forcément en cherchant l'eau ou l'ombre d'un arbre. Parfois, il suffit de descendre.
Clara Varenne

