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Sous la toile blanche, la Puisaye refait le monde

Sous la toile blanche, la Puisaye refait le monde

Clara Varenne10 juillet 2026

À Tannerre-en-Puisaye, au cœur des champs de l'Yonne, un chapiteau blanc de 150 places s'apprête, pour la cinquième année, à se transformer en capitale de la fantaisie. Du 17 juillet au 23 août, "Tous aux Angins !" plante ses mâts et ne les replie que six semaines plus tard : pas un week-end qu'on case entre deux barbecues, mais un vrai marathon estival version guinguette.

Le programme ? Onze pièces de théâtre, six concerts, un week-end cirque de quatre jours (9 représentations, du 14 au 17 août) mêlant clowns et jonglage, six spectacles jeune public, trois artistes plasticiens qui envahissent le parc, et une monnaie qui n'existe qu'ici, la Cagnole, pour payer sa limonade sans se ruiner. Cent quinze artistes vont défiler sous la toile, entre swing manouche, hommage à Bashung, reggae-jazz et une Tragibile d'Andromaque version burlesque, du Racine qui rigole, ça ne se refuse pas.

Mais ce qui distingue vraiment "Tous aux Angins", ce n'est ni la programmation, déjà solide, ni le nombre de chapiteaux (un seul, mais costaud) : c'est cette façon assumée de ne prendre au sérieux ni les hiérarchies ni les egos. L'entrée est libre et la participation se fait au chapeau : chacun paie ce qu'il peut, ce qu'il veut, ou ce qu'il lui reste après avoir remis de l'essence dans la voiture. Un choix aussi politique que pratique, porté par une bande de bénévoles increvables réunie sous la bannière des "Drôles d'Angins", un nom qui sonne comme une blague et qui, en creux, dit tout.

Et puis il y a les Épourquoipatistes, ce collectif qui monte une fête foraine où l'on joue au Chamboule-rien, où l'on s'affronte au championnat de lancer de Smartfaune, où l'on va glisser des phrases intimes dans un Puits de l'Eauracle. On en rit, sans être totalement sûrs que ce ne soit pas aussi un peu sérieux.

Le festival, installé sous le chapiteau et dans les champs alentour, expose aussi les œuvres d'Ugo Guttadoro (sculptures) et de Nathalie Milocco (mosaïques). Sa fréquentation grimpe d'année en année : 3 000 spectateurs en 2024, 4 000 en 2025, et l'espoir d'atteindre les 5 000 cette année.

"Notre programmation est éclectique, tous publics, tout âge. On veut rendre le spectacle vivant accessible à tous, et parfois faire découvrir le théâtre à des gens qui n'y seraient jamais allés", explique Sylvie Manouguian, présidente de l'association Les Drôles d'Angins. Le festival n'oublie personne, des tout-petits qui découvrent leur premier spectacle vivant dès 3-4 ans, notamment le dimanche, aux adultes venus refaire le monde autour d'un concert. Son équipe de bénévoles, de 30 à 70 ans, s'est transformée au fil des saisons en bande d'amis. Le mot d'ordre : partager des émotions ensemble.

De quoi rappeler qu'un festival n'a pas besoin de paillettes ni de têtes d'affiche pour tenir sa promesse : réunir, dans un coin de campagne, des gens qui n'ont envie que d'une chose : rire, pleurer un peu, et danser sous les étoiles quand le ciel veut bien coopérer.

"Tous aux Angins !", du 17 juillet au 23 août 2026, Tannerre-en-Puisaye (89). Infos et réservations : www.tousauxangins.fr

Clara Varenne

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