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Société : la France de toutes les fractures…

7 octobre 2018

Liberté, égalité, fraternité. A l’aune de la nouvelle année qui se préfigure, que reste-t-il encore de ces trois piliers étymologiques, fondements de notre déontologie au quotidien ? Ces mots, si forts, pour lesquels des millions d’hommes et de femmes, des Français mais d’autres aussi, ont trouvé la mort pour mieux en affirmer leur défense et leur application concrète à travers les âges ?

Dans cette France du premier quart du vingt-et-unième siècle, ils résonnent encore un peu en nous, parfois. Mais, aux antipodes de leur sens initial. Et de leur réelle portée littérale.

La liberté est-elle encore une vertu ô combien nécessaire à laquelle nous pouvons tous prétendre dans notre société contemporaine ?

L’égalité ne devient-elle pas un vœu pieu tout autour de nous quand on constate avec stupéfaction la somme de ces fractures sociétales qui ne cessent de s’additionner et de s’étendre à travers l’Hexagone. Creusant un peu plus chaque jour ce fossé abyssal entre les citoyens de ce pays, que nous chérissons tous, et ce de manière de plus en plus inéluctable.

La fraternité, enfin, semble aujourd’hui le mot le plus galvaudé à notre bouche tant le déversoir de haine et d’incivilité a atteint son paroxysme à grand renfort d’insultes, d’invectives, voire de coups et blessures physiques.

Il ne se passe pas une journée, que dis-je, une heure, voire des poussières de minute sans qu’un fait divers ne vienne ternir l’actualité de notre quotidien. Ici, c’est un homme armé d’un couteau qui va tenter de faire le carnage de sa vie, frappant des innocents qui ont eu le malheur de croiser sa route.

Là, c’est le geste aveugle et criminel d’un poseur de bombes qui, sous un fallacieux prétexte, ne sait plus quoi faire de sa vie et va aussi détruire celles des autres par fanatisme quelconque.

 

Notre pays ne se reconnaît plus dans sa devise…

 

Mais, au-delà de ces faits et gestes inspirés par le terrorisme, il y a dorénavant l’émergence de ces petites choses qui polluent notre existence. Ces situations d’un commun et d’un ordinaire absolus qui nous embêtent, nous agacent, nous perturbent, nous irritent. Copieusement, jusqu’à provoquer l’ire de celles et ceux qui les subissent tous les jours.

Tenez, ne me dites pas que les désagréments occasionnés depuis plusieurs jours par les mouvements sociaux à répétition qui s’épandent en France ne vous énervent pas ? 

Au-delà de toutes les idéologies et de toutes les causes qui peuvent justifier ce vent contestataire qui souffle sur le pays, ces pernicieux zéphyrs de force 8 ou de force 9 à décoiffer la lune, il n’y a pas un petit quelque chose qui commence sérieusement à vous faire éclore des boutons un peu partout sur le corps à la vue de tout cela ?

L’irritabilité sera le mot d’ordre de ces fêtes de fin d’année. Pourtant, le jour de la Nativité (la Noël) possède d’autres vertus salvatrices pour notre âme et la manière d’appréhender nos relations à l’autre. Mais, là, il semblerait que la coupe soit pleine ; et bien remplie !

Même au moment des conflits les plus sombres, les plus destructeurs pour l’humanité (Première guerre mondiale), la trêve des confiseurs (heureuse formule au demeurant) était respectée ; a minima, certes, mais tout de même.

Là, dans le conflit social/sociétal qui nous intéresse, l’aspiration belliqueuse et conflictuelle est beaucoup plus importante que la trêve, voire la paix.

Cela traduit le mal profond qui secoue notre pays qui ne peut plus se reconnaître dans la célèbre devise de notre nation. Celle qui figure dans l’article 2 de la Constitution française datant du 04 octobre 1958. C’est normal. Aujourd’hui, en France, dire que la liberté, l’égalité et la fraternité qui régissent notre existence est devenue une formulation totalement usurpée. Mais à qui la faute ?

 

Le 17 décembre, la mère de toutes les grèves ?

 

Dans le contexte social et sociétal actuel, la liberté de se mouvoir à sa guise n’est plus respectée ; pas même que cette soif égalitariste un tantinet désuète et humaniste qui ferait que tous les êtres humains soient pourvus des mêmes avantages, des mêmes droits et…des mêmes retraites universelles ?

Que dire, de cette fraternité, mot éminemment fondamental dans le civisme et le respect de l’autre, qui est aujourd’hui aux abonnés absents.

Les grévistes de toutes obédiences syndicales sans exception sont-ils vraiment solidaires de ces artisans, commerçants, professions libérales et autres entrepreneurs qui perdent chaque jour leurs illusions, ainsi que leur chiffre d’affaires, et pour certains, sont déjà irrémédiablement condamnés à mettre la clé sous le paillasson ?

Sont-ils tout aussi solidaires de ces ouvriers, employés, étudiants, non-grévistes qui doivent vaquer obligatoirement à leurs occupations quotidiennes majeures pour subsister et nourrir leur famille ?

N’ont-ils pas d’autres moyens de revendiquer et de faire entendre suffisamment leur voix sans paralyser tout un pays qui n’est déjà guère florissant au niveau économique ?

Et qui va en subir les contrecoups durant longtemps aux yeux des investisseurs, des touristes, de celles et ceux qui nous regardent et ne comprennent pas.

Le droit de grève existe et c’est tant mieux ; il aura été utile à moult reprises dans l’histoire de notre société. Mais, n’est-il pas grand temps d’en moderniser la forme sans pour autant en modifier les discours ?

Quant au gouvernement, ne devrait-il pas être plus dans la concertation populaire (où sont les référendums citoyens promis après les Grands débats ?) plutôt que vouloir toujours tout régenter par la force et la répression ? Là-aussi, les méthodes devraient changer : on nous les avait vendues en ce sens après les présidentielles…

Le 17 décembre se présente comme la mère (amer) de toutes les grèves. Le gouvernement prendra-t-il le risque de persister et de signer à l’issue de ce qui pourrait réunir des millions de Français dans la rue. Ou fléchira-t-il pour lâcher du lest (on vient de le voir avec le régime spécial de la police) qui conservera ses acquis...

La France de toutes les fractures se présente devant nous. Avec ses zones d’ombre et ses menaces : il ne faut plus grand-chose, juste une chiquenaude, pour y plonger…

 

 

Thierry BRET

 

 

    

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