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Seniors : la poule aux œufs d’or intarissable des EHPAD ?

7 octobre 2018

C’est un pavé dans la mare. Un véritable brûlot à charge, fruit d’une minutieuse enquête longue de trois années de travail, conduite par un journaliste d’investigation. L’un de ceux, indépendant, qui n’a pas froid aux yeux et qui ose encore asséner des vérités sur ce qui ne tourne pas très rond dans notre société d’hyper consommation et de pur profit.

Un pamphlet contre un système qui use et abuse de ses prérogatives toutes puissantes sur l’un des domaines sociétal qui nous concerne tous : la gestion de nos aînés.

Vaste problématique au demeurant qui tôt ou tard se présentera forcément à nous. Non pas en qualité d’observateur mais bel et bien en acteur, cette fois-ci, au centre des préoccupations familiales.     

 

Immobilité et dépendance poussent sur le bas-côté de l’existence…

 

Sur un plan ironiquement merchandising, on appelle cela la « SILVER économie » ! Dès le premier cheveu blanc et argenté venu qui se découvre avec horreur sur votre cuir chevelu ou sur vos tempes, vous intégrez déjà cette caste avantageuse, faisant le lit de structures professionnelles prêtes à dégainer en offres commerciales en tout genre.

La « SILVER Economie » ne concerne pas uniquement les secteurs du tourisme, des arts de vivre ou de la culture dont les principaux bénéficiaires sont aujourd’hui les retraités. Il y a bien évidemment, l’après.

Celui de l’anticipation de l’existence et de la gestion utile de la fin de vie, quand l’immobilité et la dépendance vous poussent automatiquement sur le bas-côté du chemin. Comme un vulgaire fardeau dont plus personne dans votre entourage ne veut assumer le quotidien et les devoirs.

Vient donc le temps « béni » pour l’intéressé inutile de rejoindre un EHPAD. L’acronyme pour « établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ». Synonyme dans bien des cas (pas tous fort heureusement !) de sinistres mouroirs pour vieux…

 

 

Des révélations polémistes qui déferlent en pleine campagne présidentielle…

 

Depuis sa publication, le 26 janvier dernier, le livre de Victor CASTANET, « Les Fossoyeurs » aux éditions FAYARD, fait de sérieux remous dans l’Hexagone, façon tsunami imprévisible, déferlant comme une lame de fond inéluctable sur l’actuelle campagne des présidentielles.

Non seulement, l’opus appuie là où cela fait très mal, au niveau de notre propre conscience quant à la manière dont nous pouvons appréhender le devenir de nos aînés avec ce sentiment profond de culpabilité bien ancré dans nos neurones, mais en outre, l’ayant parcouru, il livre des sommes de témoignages polémistes sur la manière dont sont traités (ou le seraient) les pensionnaires de ces établissements.

Faisant dire à certains commentateurs que cette fameuse « SILVER Economie » a su troquer son aspect argenté originel en une parure en or massif 24 carats que les mêmes adorateurs de la Toison d’Or n’auraient pas renié !

Bref : ce n’est pas d’hier que l’on entend parler de ces abus et autres dérives de tout poil sur le dos de ces pauvres ancêtres, murés dans leur silence. D’ailleurs, eux, on ne les entend pas, ils n’existent pas et n’intéressent pas grand monde !

Ce sont des invisibles à l’instar de ces deux millions de Français exclus de tout et dont on ne trouve nulle trace officielle car ni dans l’emploi ni dans les registres de l’administration sanitaire et sociale.

 

 

Des témoignages venant de toutes les sphères qui pullulent…

 

A ceci près que nos seniors « désargentés » dans leur manière de vivre ne le sont pas pour tout le monde. Ils procurent des gains extrêmement importants pour des structures professionnelles qui en prennent soin.

Seraient-ce donc de simples « vaches à lait » pour entretenir tout l’édifice ? Certainement, à la lecture des meilleures feuilles de ce bouquin révélateur de bon nombre d’écarts éthiques et moraux.

D’ailleurs, les témoignages pullulent. Et non des moindres, des familles qui sont consternées par ce qu’elles découvrent dans l’approche alimentaire, psychologique et sanitaire vécue par leurs parents. Dont le fameux syndrome du « tête, mains, cul » où les aides-soignantes, elles-mêmes, s’insurgent contre ces pratiques ineptes et immorales où la toilette des personnes âgées ne se résumerait qu’à laver ces extrémités du corps, afin de gagner du temps !

Mais, la liste des commentateurs sur la situation hasardeuse de certains établissements ne se cantonnent pas aux familles ni aux personnes intéressées qui se plaignent de maltraitance, de dénutrition, d’absence de soins, de méchanceté à leur égard…

Des fournisseurs, des praticiens, d’anciens directeurs d’EHPAD, des interlocuteurs des Agences régionales de Santé, voire des services de conseils départementaux parlent sans retenue du sujet, évoquant un quotidien nébuleux et des pratiques d’un autre temps.   

Il reste les aspects financiers. Coûteux, très onéreux même pour les familles envers ces résidents qui peuvent s’acquitter de sommes astronomiques (et injustifiées) pouvant aller jusqu’à 7 000 euros par mois sous le sceau du confort et de la bienveillance garantis rubis sur ongle !

Pourquoi, par ailleurs, tant d’excès financiers dans le coût d’accueil de ces EHPAD ? Alors que leurs prestations, la nourriture et leurs relations humaines ne sont pas à la hauteur des attentes des familles et de leurs résidents !

 

 

Mettre un terme définitif à ce système de « vaches à lait »…

 

Bien sûr, il ne faut pas jeter l’opprobre sur l’ensemble de la filière. Si certaines enseignes sont ciblées ouvertement dans le livre en question (elles en démentent catégoriquement les propos accusateurs), bon nombre d’EHPAD offrent des conditions d’accueil raisonnables et transparentes, avec le sourire et la qualité en sus.

On ne peut que saluer, d’ailleurs, ceux de ces établissements (il en existe dans l’Yonne) qui proposent des appartements individualisés sous forme de petits habitats ergonomiques, voire des structures qui favorisent la colocation de personnes âgées.

Fort de cela, la ministre déléguée en charge de l’Autonomie, Brigitte BOURGUIGNON a décidé de mettre les deux pieds dans le plat, demandant la mise en place d’enquêtes approfondies de la part des services de l’Etat sur les établissements directement visés.

Il serait grand temps que ce système fallacieux de « poule aux œufs d’or » incarné par nos retraités et leurs familles cesse enfin.

Ne serait-ce qu’au nom de l’éthique et du respect envers nos aînés…

 

Thierry BRET

 

 

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