Deux chiffres symptomatiques de ce qui ne va plus en France sont venus plomber la bienséance autour de la sécurité routière cette semaine. Le premier concernait le coût de la destruction massive des radars fixes depuis la mi-novembre. Le second, beaucoup plus grave, indiquait le nombre de décès survenus sur les routes de France en février. 660 millions d’euros : c’est l’ardoise hyper salée qui a été déposée dans la corbeille de nos impôts par les « Gilets jaunes » et autres casseurs de tout bord depuis le début de la fronde revendicatrice, engendrant un déchaînement de violence sur les radars. 17,1 % : c’est la progression très nette du nombre de morts sur les routes de France enregistrée le mois dernier.
Doit-on y voir une corrélation entre les deux ? Vraisemblablement, disent les uns ; pas du tout, soutiennent les autres !
Lors de son récent déplacement en province, à la rencontre de jeunes enfants scolarisés en classes de primaire, Emmanuel MACRON a fustigé les comportements inadmissibles de certains, en les identifiant de manière précise, à propos de ce sujet pernicieux. Si les radars ont intégré la case perte et profit, c’est le fait des « Gilets jaunes ».
Selon le président de la République, la destruction de ces appareils a eu un impact tangible sur le rebond de la mortalité routière depuis le début de l’année. Nombre d’élus s’en étaient d’ailleurs plaints auprès des représentants de l’Etat en préfecture. Il est vrai qu’il ne fallait pas être devin pour craindre le pire pour ces automates si conspués par les automobilistes depuis très longtemps.
La manne financière inhérente au déclenchement de ces petits éclairs lumineux au passage d’un véhicule en excès de vitesse eut tôt fait de remplir quelques caisses passablement bien garnies !
Mais, au-delà de la boutade, le retour à la réalité fait peur. Alors que le gouvernement a déployé depuis l’été dernier sa stratégie de réduction de la vitesse excessive en imposant le 80 km/h sur les nationales et départementales, sa crédibilité en matière de bons résultats, obtenus après quelques semaines d’usage, s’en trouve aujourd’hui réduite comme peau de chagrin.
Inexorable, la hausse des accidents mortels sur nos routes se poursuit et ce de manière exponentielle depuis que ces moyens de contrôle ont été saccagés par des vandales irresponsables.
Avec 253 victimes supplémentaires sur les routes de l’Hexagone, soit 37 de plus qu’en février 2018, le mois de février aura été catastrophique et pas seulement au niveau de la comptabilité. Même le responsable de la Commission interministérielle de la sécurité routière, Emmanuel BARBE, s’en est ému publiquement auprès des médias. Affichant sa colère contre cette nouvelle forme de « barbarie » routière.
Le contraste est désormais saisissant avec l’historique année 2018 où la baisse de décès accidentels avait connu une chute significative. En un laps de temps record, soit les deux premiers mois de l’année, l’augmentation du nombre de victimes est repartie d’un seul tenant. Comme si rien n’avait jamais été envisagé sur les routes françaises pour améliorer la sécurité…
Une explication de texte a été fournie par la Sécurité routière. L’effet de forte dégradation des radars fixes qui le sont toujours autant au moment où se rédigent ces lignes, a eu pour effet d’induire un net relâchement caractéristique de la part des automobilistes. Tant sur les routes que sur les autoroutes.
Toutefois, dans ce constat terrible, certaines voix s’élèvent en s’insurgeant contre cette analyse qui fait preuve de profonde discordance. Les contestataires pointent du doigt l’efficacité réelle de la baisse de la vitesse à 80 km/h. Notamment sur le réseau secondaire, beaucoup moins surveillé par les forces de la gendarmerie mais tout aussi dangereux que celui des routes nationales, si ce n’est plus !
L’association « Quarante millions d’automobilistes » a, quant à elle, vertement critiqué les arguments annoncés par la voix officielle. Stipulant que la dégradation des radars fixes n’était pas la seule cause à ces mauvais résultats.
D’aucun souhaite même, et cela s’est confirmé dans de nombreuses doléances recueillies lors des Grands débats nationaux, la suppression sine die de cette application de la limitation de vitesse à 80 km/h. Partant du postulat que l’abaissement généralisé de la limitation de la vitesse ne pouvait améliorer durablement la sécurité des usagers de la route.
La solution viendra-t-elle d’un système plus souple et adapté où chacun des élus d’un territoire disposerait de la parfaite maîtrise de son réseau routier afin de mettre en adéquation la bonne décision ?
Pourquoi pas ! Mais, pour l’heure, le décompte inéluctable se poursuit au grand dam des spécialistes de la question qui ne savent plus à quels saints se vouer pour enrayer la spirale infernale…
Thierry BRET