Le jusqu’au-boutisme des va-t’en-guerre de la revendication syndicale à outrance condamnera-t-il à terme le petit commerce qui tente encore de survivre tant bien que mal dans l’Hexagone ? Si la période des fêtes de 2018 avait déjà été plombée par les sautes d’humeur de « Gilets jaunes » pour le moins exaltés dans la plupart des grandes agglomérations de notre pays, que dire de cette fin d’année 2019 qui lui réserve un sort tout aussi funeste !
Depuis douze mois, s’il y a bien une filière corporatiste qui trinque réellement dans cette république de la contestation à tout crin, c’est bien celle du commerce dont il s’agit.
Bris de vitrines, fermetures obligatoires, scènes de vols et de destructions, absence de clientèle, défaillances financières, licenciements, liquidations judiciaires, dépôt de bilan… : le commerce de proximité se meurt dans une longue agonie, faite de souffrance morale et d’atermoiements insupportables, dont personne ne semble réellement se soucier aujourd’hui.
Alors que certaines castes aux privilèges sociaux éhontés se complaisent dans la paralysie systématique de toute une économie nationale, d’autres, celles et ceux plus obscurs qui ne comptent pas leurs heures de présence derrière la devanture de leur magasin, crèvent à petit feu sans que cela ne les gêne le moins du monde. Et on ose parler de l’esprit de solidarité ?!
Hormis les leaders, peu médiatisés, de leurs fédérations (U2P –Union des professionnels de proximité -, Fédération des entreprises du commerce et de la distribution…) qui tentent de tirer la sonnette d’alarme, rares sont les politiques et les responsables syndicaux de tout poil qui font état de compassion envers ces professionnels qui endurent depuis plus d’un an l’irréparable.
Quand bien même qu’une « pseudo » trêve de Noël soit enfin respectée par les instigateurs de ces mouvements sociaux à répétition métronomique, cela ne suffirait pas pour redonner un souffle d’espérance à ces femmes et à ces hommes au bord de la crise de nerf.
Un secteur très affaibli qui ne se relèvera pas…
Tout ce qui a été perdu depuis novembre 2018 en termes de chiffre d’affaires et de résultats ne se récupèrera jamais, qu’on se le dise. Et ce n’est pas le pâle saupoudrage fiscal du gouvernement (report de la TVA ou proposition de différer un prélèvement à une date ultérieure) qui changera la donne.
Rien que dans la capitale, les premières indications fournies par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris sont révélatrices du malaise pernicieux qui est en train de frapper la corporation des commerçants. La baisse d’activité correspond de 30 à 50 % au chiffre d’affaires !
Naturellement, ces mauvaises statistiques s’appliquent aussi à la grande distribution. La plupart des grandes surfaces de l’Ile-de-France ont vu leur fréquentation chuter de manière abyssale. Les clients ne sortent plus : ils sont terrés chez eux, même en période de week-end.
Quant aux touristes, ils préfèrent rebrousser chemin et se rabattre sur d’autres destinations européennes plus paisibles pour y effectuer leurs emplettes de Noël (Londres, Berlin, Bruxelles ou Rome).
En province, la situation semble meilleure malgré tout. L’impact des grèves dans les transports en commun n’atteint pas encore les proportions irrecevables de ce chantage humain imposé à Paris.
A contrario, beaucoup de commerces, notamment ceux des métiers de bouche, ont observé que les manifestations festives d’avant-Noël ont été purement et simplement annulées. Tant à Paris que dans des villes de province telles que Lyon, Bordeaux, Toulouse, Marseille. L’envie de faire la fête s’est estompée…
Mais, l’inquiétude va grandissante pour ces commerçants qui n’ont aujourd’hui que leurs yeux pour pleurer devant l’ampleur de ce désastre sans fin. Alors que la période est supposée être croissante pour leur chiffre d’affaires, à l’approche de Noël, on sent une vraie lassitude de la part de ces acteurs pourtant essentiels de l’économie dite circulaire.
L’un des responsables du PROCOS, la fédération des enseignes commerçantes spécialisées, a fait savoir récemment dans un communiqué que « le secteur, déjà très affaibli par l’année dernière, aurait du mal à se relever d’une seconde série de catastrophes… ».
Condamné à disparaître dans l’indifférence générale…
On sait aujourd’hui que bon nombre de ces petites boutiques de quartier ou de centre-ville ne survivront pas à la déferlante de grèves que l’Hexagone vient d’essuyer. Telle une tempête ravageant tout sur son passage…
Qu’adviendra-t-il alors de ces centaines de professionnels, tout juste bon à remiser dans la case chômage et qui auront tout perdu, y compris leurs illusions, pour se reconstruire ?
Est-ce qu’un mouvement de grève national permettant de soutenir et défendre la noble et juste cause de ces victimes collatérales de la réforme des retraites se transformera en un mouvement populaire où chacun pourra verser de ses propres deniers dans une caisse de solidarité comme celle qui s’est créée à l’heure actuelle au profit de nos grévistes ?
Ou, plus insidieusement, c’est l’indifférence habituelle qui nous entoure en ce bas monde qui les condamnera à leur triste sort et à l’oubli perpétuel ?
Il ne faut pas être devin pour connaître la réponse, en vérité. Car, l’existence actuelle subie par les commerçants de proximité n’a rien d’un conte de Noël…
Thierry BRET