C’est comme un alignement parfait des planètes. Mais, pas de celles qui nous font rêver par leur brillance lointaine lorsque l’on observe la voûte céleste au cœur de l’hiver si le ciel est dépourvu de toutes aspérités nuageuses. Non, ce mois de janvier 2023 que l’on pourrait déjà qualifier de « noir » par son contexte additionne tous les ingrédients d’un long conflit social à l’explosivité extrême qui sent la poudre.
Alors que les épidémies de grippe – elle est puissamment ravageuse cette année avec des pointes de températures à plus de 39° de fièvre chez les malades -, de bronchiolite, de gastro-entérite, de COVID forment une armada de virus et autres bactéries notoires qui partent à l’assaut de tout ce qui bouge dans l’Hexagone que l’on soit masqué ou pas ; alors que les urgences sanitaires surnagent d’une patientèle qui ne sait plus à quels saints se vouer du fait de la désertification des généralistes sur le territoire, les cabinets médicaux et les laboratoires de biologie ont décidé de faire cause commune en pratiquant le droit de grève !
Un sacré réveillon pour les plus infortunés d’entre nous qui auront été dans l’obligation pour cause de pathologies soudaines et virulentes de se soustraire de toutes traditions épicuriennes aux relents joyeux pour essayer tant bien que mal et à force de patience et de pugnacité d’obtenir une consultation médicale. Histoire de posséder la précieuse ordonnance pouvant les soulager de leurs douleurs. A défaut de les guérir totalement entre deux fêtes !
Pour peu qu’ils se soient retrouvés à bord d’un Eurostar en grève de l’autre côté de la Manche en provenance de la perfide Albion ou de notre bonne vieille SNCF, un tantinet joueuse et imprévisible quant à son personnel avec les mouvements sociaux à répétition au moment des vacances – un phénomène devenu habituel - et la coupe du ras-le-bol était assurément bien pleine pour entamer 2023 !

Un janvier « noir » ponctué de mouvements revendicatifs des professionnels de santé…
Un « janvier noir », disais-je ! Même si la santé n’a pas de prix et qu’il faut coûte que coûte trouver le remède idoine afin de retrouver au plus vite sa forme et ses esprits. Et encore de ce côté-là, devait-on y ajouter pour couronner le tout, et bien avant l’Epiphanie, la pénurie de paracétamol et autres « Doliprane » en perte de vitesse parmi les rayons des officines pharmaceutiques ! Mais, comme chacun le sait dorénavant : dès qu’il manque quoi que ce soit dans les rayons de la consommation de ce pays, la faute en incombe naturellement à…l’Ukraine !
Comme devait le déclarer au moment de ses vœux à la Nation le président de la République Emmanuel MACRON, « la santé n’est pas simplement une politique publique parmi d’autres… Elle est celle qui permet toutes les autres ».
De cela, nous autres citoyens lambda ou représentants de la société civile en besoin constant de réflexions et de progressions concrètes sur le terrain, nous en avons parfaitement conscience. Il est vrai que le système de santé en France ne tourne pas bien rond – cela ne date pas malheureusement pas d’hier - et surtout pas dans le sens des aiguilles du montre. Il serait donc grand temps, après la grande première revendicative et sociale des praticiens en blouse blanche qui ont amorcé ce mouvement avec succès – mouvement soit dit en passant totalement légitime au vu de la charge de travail requis et de conditions de travail à la limite du concevable – que les choses évoluent en les faisant bouger favorablement.
Où sont passées les véritables auscultations de jadis ?
Le chef de l’Etat n’a donc pas ergoté pour tenter d’apporter des solutions à ce climat délétère qui règne de main de maître dans l’univers du médical en France. D’une part, il a réalisé une grande première. Du jamais depuis son accession dans le fauteuil élyséen en 2017. La présentation de ses vœux – jusque-là on ne s’emballe pas, c’est de coutume ! – en phase directe et au plus près des soignants et acteurs de la santé dans un centre hospitalier implanté en Ile-de-France.
D’autre part, désireux, je cite, « sortir de ce jour de crise sans fin » en faisant allusion au système de santé hexagonal qui se dégrade d’année en année depuis des lustres, le tout ayant subi une sacrée accélération de type Mach 2 du fait de la fameuse pandémie sanitaire qui a été imputable à la COVID depuis bientôt trois ans.
Que propose l’occupant de l’Elysée au bout du compte ? En premier lieu de réorganiser en profondeur le travail dans la sphère hospitalière publique : et là, c’est vrai il y a matière à phosphorer pour les neurones aiguisées des technocrates de nos ministères concernés. Emmanuel MACRON souhaite également dégager plus de temps aux médecins. Ceux-ci sont perpétuellement assaillis de contraintes et paperasseries administratives cocardières qui les empêchent d’appliquer les serments vertueux d’Hippocrate dans les règles de l’art.
Une digression à ce propos que chacune et chacun d’entre nous aura pu constater lors d’une consultation médicale chez un généraliste d’aujourd’hui.
Son médecin traitant, par exemple, pour celles et ceux qui ont encore la chance d’en posséder une ou un dans leur escarcelle car près de six millions de nos compatriotes n’en ont plus à l’heure actuelle ! Bonjour l’angoisse et bienvenue dans le monde irréel des urgentistes !
Observer votre consultation, même basique côté raisons pathologiques. Le nez plongé sur le clavier de son ordinateur, le généraliste, une fois la carte Vitale insérée dans l’appareil de lecture – l’indispensable sésame qui facilite tant les choses ! – prend-il réellement le temps de procéder à une auscultation approfondie de votre personne et surtout de votre corps ?
Quid de la tension ? Quid de la mesure du taux d’oxygénation dans votre sang ? Votre poids ? Votre taille ? Les salvatrices palpations de jadis à même l’abdomen ou dans le dos pour y déceler au toucher la moindre faille dans l’organisme ? Les yeux ? L’état de votre dentition ? Les oreilles ? La respiration avec cet instrument métallique et froid que l’on appliquait séance tenante quand nous étions encore des mômes : le stéthoscope !
Oui, tout cela semble sorti d’un autre temps et nécessitait de véritables consultations scrupuleuses où les minutes consacrées à la patientèle ne se résumaient pas à une quelconque peau de chagrin…

L’hyper rigidité dans l’application des 35 heures enfin abordée : Emmanuel MACRON ose…
Aujourd’hui, faute de personnels, sans assistantes médicales ou secrétaires – c’est l’une des priorités de ce plan MACRON en faveur de la santé de demain d’en accélérer le recrutement -, avec des charges horaires qui frisent parfois l’apoplexie pour les praticiens, la séance de visite n’excède pas la dizaine de minutes et encore avec le remplissage en direct et devant vous des éléments à enregistrer sur l’écran de l’ordinateur.
Mais, autrefois – il y a encore deux décennies de cela – il y avait pléthore de généralistes et de spécialistes dans la province profonde.
Sous la première mouture du quinquennat, Emmanuel MACRON avait déjà fait de l’inextricable problématique de la santé l’une de ses priorités. Fin du numerus clausus – un dispositif qui aura limité de façon drastique le nombre d’étudiants en médecine et aura torpillé toute la relève potentielle en la décourageant -, Ségur de la Santé avec des aides financières d’urgences pour lutter le plus efficacement possible contre les effets destructeurs de la COVID : avec le thème de l’école (autre casse-tête chinois en France), le domaine de la santé s’est donc invité parmi les items forts de campagne prélude au second mandat.
Au-delà des premières mesures qu’il désire mettre en place d’ici le mois de juin, le chef de l’Etat a enfin osé aborder « l’hyper rigidité » dans l’application des 35 heures, provoquant peut-être une première brèche de poids dans un mode opératoire régissant le travail que seule la France a mis en place en Europe. Si cela avait été si vertueux, d’autres n’auraient pas hésité à le dupliquer !
Entre la revalorisation des actes médicaux et offrir à la patientèle la possibilité qu’un médecin traitant suive enfin son dossier, on le voit, rien ne semble si facile et acquis pour la gouvernance dans l’amélioration de ce sujet ô combien kafkaïen.
Passer des discours protocolaires aux actes tangibles sur le terrain semble être la réaction attentiste des syndicats de la corporation et l’Ordre des médecins qui se montrent extrêmement prudents après les déclarations de la semaine du Président de la République.
Des soignants et praticiens qui oscillent entre espérance, doute et colère. A l’instar des Françaises et des Français qui attendent beaucoup mieux de leur système de santé, dans ce grand pays qui est le nôtre, surtout avec le vieillissement démographique de la population…
Thierry BRET
