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S’abstenir d’être abstentionniste au nom de la paix…

7 octobre 2018

Tous les observateurs, même les plus opposés fussent-ils, s’accordent au moins sur un point : au soir du dimanche 26 mai, le vainqueur du scrutin électoral des Européennes 2019 sera incontestablement le parti des abstentionnistes. La seule chose qui diverge encore dans leurs arguties est le pourcentage exact qualifiant ce futur séisme. Un taux de non-participation qui inquiète déjà la plupart des leaders des formations politiques.

Pourtant, il y aurait urgence à ce que les citoyens des 28 nations rassemblées autour de ce même étendard représentatif qu’est l’Union européenne reprennent enfin le chemin des urnes. Pour qu’ils puissent exprimer de manière démocratique et libre leur profond ressenti.

Le pronostic le plus fiable de cette absence manifeste s’établit entre 55 à 65 % de non-participants à ce vote qui, historiquement, n’a jamais passionné les foules. Il n’est donc pas étonnant que les Européennes ne déplacent pas des montagnes d’électeurs le jour J ! D’Europe, in fine, on n’en parle jamais ! Ou très peu, si ce n’est par le mauvais côté de la lorgnette, c’est-à-dire les aspérités négatives d’un mode opératoire de la gouvernance ayant besoin de modernité et de pragmatisme.

Or, le poids constant de l’Europe est partout autour de nous. Il se visualise à nous dès la moindre construction d’une infrastructure importante, dans la réalisation d’un projet économique, sociétal ou culturel générant des ambitions. Il prend vie sur les territoires qu’ils soient ruraux ou urbains, en périphérie des villes ou dans les métropoles.

Toutefois, la perfectibilité de l’Europe n’est pas un vain mot. Il existe de sérieuses failles dans ce système technocratique, indigeste et lourdement chargé au plan administratif. C’est vrai : Bruxelles et Strasbourg sont parfois si éloignées de nos réalités quotidiennes. Pour autant, doit-on jeter de manière irréversible le bébé avec l’eau du bain ?

Appliquer une politique commune à l’Europe, c’est l’art du compromis, en vérité. Comment, en effet, mettre en exergue des lois d’orientation qui soient bénéfiques à plus de cinq cents millions d’êtres humains ? Le modèle européen ne peut se comparer aux Etats-Unis d’Amérique. Là-bas, le fédéralisme y transpire à fleur de peau depuis les origines de ce pays. La réunification des cinquante états autour de la même gouvernance centralisée à Washington est compréhensible.

Racines historiques communes, langue identique d’Est en Ouest, valeurs sociétales partagées par le plus grand nombre : les Etats-Unis d’Amérique ne sont qu’une et unique patrie. Un état indivisible dans sa globalité. Même si le fédéralisme octroie certaines libertés, ainsi que de l’autonomie, dans son mode de gestion.

Néanmoins, tout n’aura pas été rose dans cette lente édification. Le Sud s’est opposé au Nord. Ce fut la terrible Guerre de Sécession qui laissa sur les champs de bataille de vrais frères d’armes, possédant des ancêtres identiques. Certes, il y eut aussi la ségrégation et l’esclavagisme. L’homme qui exploite l’homme et qui en devient son pire ennemi.

Mais, il y eut surtout à travers cette épopée épique des femmes et des hommes qui ont voulu souder cette nation en devenir pour en faire quelques décades plus tard la première puissance mondiale. Souvenons-nous de Lincoln, Roosevelt, des frères Kennedy, de Martin Luther King ou d’Angela Davis…

Le fédéralisme, pauvre de nous, n’est pas exportable sur le Vieux continent. Ou toutefois à dose homéopathique. C’est le cas de l’Allemagne qui a su appliquer avec réalisme la recette à travers ses länder. La Suisse, mais qui par sa neutralité ne figure pas dans l’Union européenne, est un autre exemple concret et viable. Au sein de la Confédération helvète, cantons et communes disposent de pouvoir où peuvent s’épanouir des citoyens aux influences alémaniques, italiennes et françaises.

L’Europe du fédéralisme, tel que nous l’entendons avec le système américain, n’est pas transposable de ce côté de l’Atlantique. Chacun des candidats présents sur les 34 listes de l’Hexagone qui se disputent les 79 fauteuils d’eurodéputés le sait. Mais, faut-il pour autant renoncer à ne pas vivre de manière harmonieuse et dans l’intérêt de tous ?

L’échec de l’Europe se situe précisément dans cette dimension du partage et de l’équité. Les intérêts des habitants des Pays Baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie) ne peuvent être comparables à ceux des Crétois qui sont déjà coupés par la mer de leur terre nourricière, la Grèce. Assimiler les besoins des Irlandais à ceux des Hongrois représente une autre paire de manche dans l’absolu. Enfin, que pourrait-il y avoir de similaire entre un Suédois, un Autrichien et un Portugais ? Rien, manifestement.

Pourtant au-delà des tripatouillages habituels de la cuisine parlementaire européenne et de ses incessants ronds de jambe empreints de lobbying, il demeure un argument positif qui doit être rappelé à nos mémoires évanescentes. Depuis 1945, l’Europe et ses diverses composantes hétéroclites vivent en paix !

Hormis le cruel conflit engendré par la dislocation de l’ex-Yougoslavie au début des années 1990, les Européens coulent des jours heureux, certes parfois complexes et difficiles au plan économique et social, mais toujours en préservant la paix des braves.

Faut-il alors s’inquiéter d’un éventuel effet balancier venant contrecarrer tôt ou tard ce beau mécanisme qui perdure depuis tant d’années avec la poussée de certaines idéologies ?

Le poète et cinéaste Jean COCTEAU aimait à rappeler au détour de ses discussions que « l’histoire était un éternel retour ». En quoi l’homme de lettres et de talent qu’il était n’avait pas tout à fait tort. Si on analyse les origines des trois grands conflits majeurs qui ont ébranlé notre continent entre 1870 et 1945. Les mêmes ingrédients sont souvent à l’origine des mêmes souffrances. Ils peuvent ressurgir des limbes soixante-dix ans plus tard et engendrer les mêmes causes. Sans que l’on sache vraiment ni pourquoi ni comment…

Exprimer par le dépôt d’un simple bulletin de vote glissé dans une urne, c’est aussi faire entendre sa voix. Chacune compte pour que l’Europe se construise pas à pas. Dans l’intérêt de tous et de son prochain. Afin que puisse durer longtemps cette paix si bénéfique à l’épanouissement de l’humanité qui n’est malheureusement jamais acquise ni éternelle…

Thierry BRET

      

    

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