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Retraites : des victoires à la Pyrrhus au goût amer…

7 octobre 2018

Tout le monde se souviendra longtemps de la réforme des retraites et de son cortège d’affrontements, autant au parlement que dans la rue. Les traces que cette réforme va laisser dans notre mémoire collective ne sont pas prêtes de s’effacer ! La victoire fut chèrement acquise pour Emmanuel MACRON et son gouvernement : ils pourront difficilement s’en remettre…

On est en droit de penser que l’explosion sociale que nous avons connue est certainement plus liée aux frustrations consécutives aux privations de la période COVID, qu’aux nouvelles dispositions de la retraite… Dans le dédale des dispositions techniques, personne ne pouvait comprendre, pas même les ministres. Gabriel ATTAL a annoncé un jour qu’il faudrait 43 annuités, et quelques jours plus tard, Gérald DARMANIN informa qu’il s’agissait de 40 annuités ! Un imbroglio de dispositions qui a surtout généré un redoublement de violence… Alors, qui a vraiment gagné ?

Les députés en question…

 

Les débats furent houleux, violents et sans respect de la personne humaine. Le fameux 49.3 devait bâillonner l’opposition. La présidente de l’Assemblée nationale n’a jamais pu faire respecter l’ordre ; les députés de la NUPES, souvent débraillés, n’ont eu de cesse d’invectiver violemment le gouvernement. Une réforme aussi fondamentale pour chacun de nous, n’a jamais pu faire l’objet de débats sérieux. La Première ministre avait beau jeu de déclarer que « tous les partenaires ayant été consultés, la réforme est adoptée ». Consulté, n’est pas le mot, « informé » serait plus juste.

La frustration des élus face à la mauvaise foi d’Elisabeth BORNE va générer encore plus de cacophonie au Parlement, parmi l’opposition. Cependant, le paysage politique devient plus clair, et éclairant. Si Emmanuel MACRON souhaitait faire disparaître les partis traditionnels de droite et de gauche, il y a parfaitement réussi. Encore une victoire à la Pyrrhus : le PS est atomisé depuis les dernières présidentielles, et les L.R ont explosé en plein vol, depuis les débats sur la réforme des retraites.

Par contre, le locataire de l’Elysée a permis le développement des positions radicales de LFI et des RN. Grace à lui, Jean-Luc MELENCHON et Marine Le PEN dominent la pensée politique et sont au coude à coude dans les sondages concernant les prochaines élections européennes ! Les Verts, quant à eux, on ne sait plus trop ce qu’ils défendent, peut-être l’ignorent-ils eux-mêmes ! Mettre à genoux les agriculteurs en supprimant du jour au lendemain, les engrais, les pesticides, même ceux approuvés par l’Europe ? Sortir la viande et le foie gras de nos assiettes ? Adouber tous les demandeurs d’asile, régulariser tous les clandestins ? Pénaliser les hommes qui ne font pas suffisamment la vaisselle ? Supprimer, d’un trait de plume et immédiatement toutes les centrales nucléaires ? Bref, faire des propositions cohérentes, dans le cadre du maintien de nos filières traditionnelles, semble en dehors des stratégies de nos « écolos ». Les « verts » nous font voir « rouge » !

 

 

 

Les syndicats sur la sellette !

 

La réforme des retraites a fait l’objet de nombreuses manifestations : 1995, 2003, 2010, 2019, 2020 et 2023. En 2023, moult manifestations furent spontanées et regroupèrent des « Gilets jaunes », des étudiants, des retraités… En dehors du militantisme syndical. Les chiffres du nombre de manifestants varient selon les interlocuteurs : préfectures, syndicats, médias… Ce qui est certain, c’est que dans de nombreux cas, le peuple n’a pas répondu aux slogans syndicaux, mais a défilé avec son cœur et ses « tripes » ! Pyrrhus s’invite encore dans la victoire de la rue, lorsque l’intersyndicale se couvre des lauriers de la mobilisation ! Des blessés en nombre, tant du côté de la police que de celui des manifestants, des commerces pillés, incendiés… un coût énorme pour les collectivités !

Depuis 1968, les syndicats sont débordés par leur base et peu suivis : en 2022, on dénombre 7 % de syndiqués dans le secteur privé et 18 % dans le public ! Aujourd’hui, ils ne représentent qu’eux-mêmes ! Nous les avons peu entendus concernant les régimes spéciaux : Education nationale, élus de tout poil.

Les syndicats ont défendu les privilèges des régimes spéciaux de leur plus grand nombre d’adhérents. Pour les autres, ils nous ont joué « la grande muette », pour la clause dite du « Grand-Père », c’est-à-dire, que la réforme ne s’appliquera que pour les nouveaux entrants. Pire, ou mieux encore, si vous êtes à moins de 17 ans du départ en retraite, la réforme recadrée de certains régimes spéciaux ne s’appliquera pas ! Clairement, les effets financiers positifs de telles réformes ne se feront ressentir qu’après 2100 ! Il fallait être spécialiste du droit constitutionnel pour comprendre que jamais l’Etat n’a donné pour règle, la suppression des régimes spéciaux, mais leur fermeture : toutes les exceptions sont de facto possibles.

La fin des manifestations a sonné le glas de la joyeuse entente de l’Intersyndicale. Seule la CGT souhaite prendre les Jeux Olympiques en otage : ils promettent le blocage des transports dès le début des Jeux. Personne ne semble se soucier que malgré tout, 80 % des Français sont toujours contre la réforme des retraites.    

 

 

 

La bataille des chiffres…

 

Alors que le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a remis son dernier rapport, tout est largement contesté. Déjà, 4 milliards de recettes comptées deux fois : l’écart n’est pas important mais aggrave le délai de retour à une situation excédentaire. Plus gênant : l’Institut économique MOLINARI a calculé le montant des déficits de retraite ignoré par l’institution depuis son premier rapport en 2002. La facture approche les 900 milliards d’euros… Chacun soutient mordicus et jure « croix de bois croix de fer…que leurs chiffres sont les bons ! On attribue à Mark TWAIN une phrase fameuse dénonçant la tyrannie des chiffres : « il y a trois types de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques ». A méditer…

 

Les grands perdants de la réforme…

 

Pour le commun des mortels : ce sont les générations 1965 et 1966 qui sont les grandes perdantes de cette réforme. Le calendrier prévu par la précédente réforme TOURAINE avait accéléré le mouvement avec un relèvement à 43 ans la durée de cotisation à l'horizon 2035. Les conséquences négatives possibles ne sont pas seulement financières : il s’agit aussi, par exemple, d’années supplémentaires d’exposition à des facteurs de pénibilité, ou d’années en moins en bonne santé (en 2018, près d’un quart des Français déclarait une limitation physique dès leur première année de retraite, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).

Par ailleurs, le report de l’âge légal peut pousser certains seniors vers le chômage. La précédente réforme, qui avait porté l’âge de 60 à 62 ans, avait ainsi entraîné une hausse de 100 000 allocataires de plus de 60 ans entre 2010 et 2022, selon l’Unedic.

La liste n’est hélas pas exhaustive. Car, pour les élus : la fonction de député fut largement décrédibilisée durant la « campagne des retraites » et le paysage politique fera l’objet de profond changement lors des prochaines élections. L’impact sur les partis se dessine peu à peu et semble favorable au Rassemblement national.

 

Et le gouvernement dans tout cela ?

 

Le mari de Brigitte a perdu son enthousiasme initial, et à force de tout vouloir contrôler, personne n’est dupe, les ministres ne sont que « la voix de son maître » et la locataire de Matignon ne pourra pas jouer le rôle de fusible très longtemps. La France, depuis quelques mois, a perdu tout crédit dans l’opinion internationale !

Emmanuel MACRON avait annoncé, dans une intervention : « je vous donne rendez-vous le 14 juillet, c’est-à-dire 100 jours pour reprendre le rythme des réformes ». Résultat, rien n’a été réalisé, mais surtout, notre brave président a juste oublié l’histoire de Napoléon. Les fameux « 100 jours », représentent le délai entre le débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan et Waterloo !

Puisque certains pensent que nous devons à Aristote la victoire à la Pyrrhus, laissons à ce grand philosophe le mot de la fin : « La politique, c’est l’art de commander à des hommes libres »…

 

Jean-Paul ALLOU

 

 

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