
Isabelle Joaquina, Directrice accompagnée de Claire Duchet, Présidente de l’association RENOUER
Et si les difficultés de recrutement trouvaient aussi une partie de leur réponse du côté de l’insertion ? C’est le message que l’association Renouer a porté hier, à l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre, lors d’une conférence organisée à la suite de son assemblée générale. Devant des chefs d’entreprise, des élus et des acteurs économiques du territoire, la structure a défendu un modèle encore trop méconnu : celui de l’association intermédiaire, passerelle entre des demandeurs d’emploi fragilisés et des employeurs en recherche de main-d’œuvre.
Depuis près de quarante ans, Renouer accompagne des personnes éloignées de l’emploi en leur proposant des missions de travail adaptées, progressives et encadrées. L’association reste l’employeur, assure le suivi, recadre si nécessaire, valorise les progrès et facilite ensuite les suites possibles : formation, contrat aidé, CDD, CDI ou poursuite de parcours. Une souplesse précieuse pour les salariés comme pour les entreprises.
Les profils accompagnés sont très divers. Certains cumulent les freins : mobilité, difficultés financières, problèmes de logement, perte de confiance, troubles psychologiques ou absence de réseau. D’autres ont simplement besoin d’un tremplin pour reprendre pied. Le rythme peut être progressif, quelques heures par semaine au départ, puis davantage selon les capacités et les besoins. Cette logique “à la carte” permet aussi de tenir compte des situations familiales, du handicap ou d’un retour très éloigné du monde du travail.
En 2025, Renouer a fait travailler 419 personnes. Un chiffre en recul par rapport à l’année précédente, principalement en raison d’une baisse du volume de missions confiées. Mais l’association met en avant un résultat social majeur : un taux de sorties positives vers l’emploi de 88 %, en hausse de 11 points. Sur l’association intermédiaire, le taux de sortie vers l’emploi durable atteint même 50 %. Des résultats que Renouer attribue à la qualité de l’accompagnement humain réalisé par ses équipes.
L’enjeu est désormais économique autant que social. Avec plus de 110 000 heures de travail nécessaires pour équilibrer son modèle, l’association ne peut se contenter d’un volume d’activité trop faible. D’où l’objectif affiché pour 2026 : développer la clientèle, diversifier les missions et mieux faire connaître l’offre auprès des entreprises. Nettoyage, services à domicile, médiation, logistique, archivage, cantines scolaires, entretien, missions auprès de collectivités, d’associations, de domaines viticoles ou d’organismes publics : les besoins couverts sont nombreux.
Renouer veut aussi aller chercher les demandeurs d’emploi “invisibles”, ceux qui ne frappent plus forcément aux portes habituelles. Son site internet permet désormais de candidater directement, en complément du travail mené avec France Travail, les partenaires sociaux et l’ensemble de l’écosystème de l’insertion. L’association indique également avoir obtenu cette année le label Qualité & RSE des Associations Intermédiaires, niveau Or, basé sur la norme ISO 26000. Une reconnaissance qui valorise le travail engagé par les équipes et que Renouer entend désormais faire vivre dans la durée.

À travers cette conférence intitulée “Recruter autrement”, Renouer a voulu rappeler une évidence : l’insertion n’est pas seulement une réponse sociale. Elle peut aussi devenir une solution concrète pour les entreprises qui peinent à recruter, tout en redonnant à des femmes et des hommes une place, un salaire, une dignité et une perspective.
Sarah Milen


