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Recrutement : trop d’assistanat tuerait-il le plein emploi ?

7 octobre 2018

De l’avis d’une multitude d’élus qui n’osent pas dire tout haut ce qu’ils affirment pourtant tout bas, mais uniquement en « off » lorsqu’ils sont en présence de journalistes, l’assistanat à outrance envers les demandeurs d’emploi serait la première cause de la complexité des recrutements que vivent depuis le début de l’année la plupart des entreprises de l’Hexagone !

L’assistanat est devenu tel que les bénéficiaires de la multitude d’avantages en tout genre perçus à longueur d’année ne daigneraient même plus se présenter à une sollicitation d’embauche de la part des organismes officiels, de peur de se voir retirer les précieux subsides leur ruisselant dessus, pour certains !

Il y a peu, une entreprise de l’Yonne, positionnée dans le domaine de la propreté et du nettoyage, s’était rapprochée des services de Pôle Emploi pour tenter de recruter une vingtaine de nouveaux collaborateurs, nécessaires à leur développement au vu des carnets de commandes bien gonflés. Des CDI prometteurs de très belles perspectives à terme. 

 

 

Des interrogations autour des aides trop généreuses se généralisent…

 

Or, quelle ne fut pas la surprise très désagréable pour les dirigeants de la structure de constater que sur les 539 demandeurs d’emploi « invités » à prendre part à une initiative de recrutement réalisée en direct – une méthodologie non conventionnelle offrant la possibilité de mettre en avant les expériences et les compétences de chacun plutôt que l’envoi d’un simple CV et une lettre de motivation racoleuse -, seules deux personnes osèrent se déplacer sur le site choisi pour cette rencontre afin d’y postuler !

Un comble dans un pays dont la gouvernance a pourtant placé le curseur stratégique sur le retour au plein emploi – même le titre figure désormais dans l’appellation officielle du ministère du Travail ! -, un organisme étatique qui multiplie les formules toutes plus séduisantes et adaptées que les autres pour que nul ne reste au bord du chemin, en particulier les plus jeunes et le public dit de décrocheur.

Question qui fait office de récurrence désormais lors des réunions où convergent tous les acteurs de l’emploi : y aurait-il trop d’aides distribuées par ce même Etat envers celles et ceux qui se rangent dans la case des inactifs alors qu’ils sont potentiellement aptes (et valides) pour se lever tôt le matin et effectuer leurs huit heures de boulot sur un chantier ou derrière l’écran d’ordinateur d’un bureau ?

 

 

Même le secteur de la fibre optique éprouve des difficultés à recruter !

 

Beaucoup le pensent en effet ! Et pas que les personnes engagées en politique, quelque que soit leurs obédiences, par ailleurs ! Une récente rencontre, concoctée à Auxerre, dans l’univers du bâtiment, filière artisanale dont les difficultés de recrutement sont notoires et persistantes depuis bientôt trois ans alors que les commandes inhérentes ou pas au marché public affluent abondamment, a démontré que le fossé entre les actifs et les inactifs se creuse de manière abyssale.

« On a besoin de candidats, ont lancé à la cantonade de ce rendez-vous des entrepreneurs, institutionnels et acteurs du développement de la fibre optique en France. Mais, on ne trouve personne alors que la filière propose de nombreux postes à pourvoir… ».

L’Hexagone, par l’entremise de ses conseils départementaux mais aussi par le biais d’autres organismes, précipite les choses, et les installations, pour que le réseau de fibre optique maille l’ensemble du territoire d’ici le terme de l’année 2023. C’est un fait connu et reconnu, y compris sur le département de l’Yonne qui œuvre avec diverses compétences pour y parvenir.

Ainsi, le concept YCONIK, porté par l’un des spécialistes de cette grande mutation technologique dans les communications en France, la société « ALTITUDE Infra », dispose d’un équivalent de 235 000 heures de formation insertion à déployer sur le territoire septentrional de la Bourgogne, l’Yonne, pour mener à bien ce vaste chantier du déploiement de la fibre optique.

Or, force est de constater que l’entité peine à trouver de potentiels impétrants désireux de participer au parcours de formation mené par le CFA Bâtiment de l’Yonne, le GEIQ Bourgogne Franche-Comté, les Plombiers du Numérique et diverses entreprises en quête de nouveaux collaborateurs. Huit personnes sont ainsi requises pour constituer le prochain groupe de travail devant participer au quatrième module de formation déclinable à partir de janvier 2023.

 

 

« En Tunisie, si tu ne travailles pas, tu ne dors plus et tu ne manges pas alors qu'en France… ».

 

Sachant que les entreprises ayant des besoins de recrutement indispensables pour assurer leurs missions sont connues et collaborent en parfaite osmose à ce dispositif où s’agrègent également les organismes spécialisés dans la recherche de jobs, comme Pôle Emploi et les Missions Locales.

Malgré cela, et les sommes qui sont injectées à la mise en place de tels dispositifs favorables à l’emploi, les instigateurs de la démarche s’interrogent pour savoir s’ils pourront trouver les huit « oiseaux rares » – il n’y a malheureusement pas que les volatiles qui sont en voie d’extinction sur cette planète ! – pour prétendre relever le défi !

Un comble sur un bassin de l’emploi (celui de l’Auxerrois) où le chômage régresse (en-dessous de 7 %) mais qui ne conserve parmi ses bénéficiaires que celles et ceux des demandeurs d’emploi non qualifiés, en décrochage du système scolaire ou ne disposant pas de moyens de mobilité. Un véritable fléau, visiblement, de nos jours pour prétendre aller travailler…

Toujours est-il que le secteur de la fibre optique – comme tant d’autres par ailleurs – recherche coûte que coûte des candidats pour cette action, quatrième du nom, qui se lancera au début du premier trimestre 2023, action étant convertible en un emploi en CDD ou CDI à son terme.

On retiendra à titre méditatif le témoignage d’une jeune Tunisien ayant suivi le cursus de la précédente édition et aujourd’hui intégré dans la vie active grâce à ce judicieux parcours : « Chez nous en Tunisie, si tu ne travailles pas, tu ne dors plus et tu ne manges pas. Chez vous, en France, les aides tombent, même les formations sont rémunérées et les volontaires pour suivre ces parcours de réussite ne se présentent pas à la porte : c’est à rien n’y comprendre ! ».

Allons, allons : la France de l’emploi et du recrutement aurait-elle un simple problème de riche ? Sans aucun doute ! Mais, une question demeure : où sont donc passés tous les candidats à l’emploi et aux formations dans ce pays qui du fait de leur absence plombent aujourd’hui le devenir des entreprises ?

 

Thierry BRET

 

 

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