Pauvre de nous ! Nous autres, les fossiles, les débris, les vieux de la vieille, les cheveux d’argent pour celles et ceux qui n’ont pas encore de soucis capillaires, les atrophiés de la colonne vertébrale, les perclus de rhumatismes, les hypocondriaques affirmés ayant peur de leur ombre, les futurs grabataires…, bref, les seniors dans toute leur splendeur !
Une fois passé le cap de la cinquantaine, c’est un naufrage irréversible qui nous attend et se profile devant nous. Surtout quand on possède encore des velléités professionnelles à faire valoir dans le monde de l’entreprise et que l’on est dans la force de l’âge de ses convictions intellectuelles et physiques.
La plupart de nos concitoyens qui ont déjà atteint et dépassé cette limite d’âge, ce cap quasi mythique du demi-siècle d’existence l’ont certainement constaté un jour ou l’autre. A de rares exceptions près.
Après cinquante ans, la date de péremption est inéluctable comme celle d’un vieux pot de yaourt périmé parmi les esprits chafouins des managers et autres exégètes des ressources humaines de bon nombre d’entreprises. Tout secteur corporatiste confondu !
Curieuse idée que l’on se fait là du monde du travail, en vérité, en ce fringuant vingt-et-unième siècle dit de progrès social, de relations humaines abouties et de modernisation technologique à tout crin !
Avant la trentaine, les jeunes freluquets que nous avons tous été, même bardés de diplômes, parfois soumis à de virulentes poussées acnéiques voire hormonales, n’ont pas voix au chapitre pour faciliter leur insertion dans ce monde professionnel si cruel, sans pitié et empli d’ingratitude.
Pas suffisamment d’expériences dans la vie active, un CV aussi plat que la morne plaine de la royale Belgique, aucune aptitude à pouvoir se projeter dans la fonction proposée, manque de sérieux et de crédit… : il suffit de se référer aux courbes exponentielles du chômage qui frappe cette tranche de la population pour mieux cerner cette problématique de longue date qui sévit dans l’Hexagone.
La jeune génération n’est effectivement pas mieux lotie que les seniors au niveau de leur employabilité en France !
L’éviction de son poste dès 50 ans : la sinistre banalisation du système…
Dès qu’il bascule dans la catégorie supérieure, celle du quinquagénaire avéré dans ce beau pays des droits de l’Homme, c’est quasiment son arrêt de mort professionnel que l’on paraphe à l’insu de son plein gré au bas du parchemin, ce fameux contrat de travail qui nous lie avec l’entreprise.
Sans même le savoir : nos jours sont irrémédiablement comptés à la moindre escarmouche conjoncturelle (ou pas selon le bon vouloir des actionnaires !), au plus petit soubresaut économique qui fera de vous la cible idoine à éjecter au plus vite et sans crier gare de votre poste ! Indemnités et PSE à la clé selon le bon vouloir du moment et les négociations avec les syndicats !
Non seulement, ces pratiques inhumaines et discriminantes s’appliquent aux cadres, employés et ouvriers. Mais, en outre, elles ne semblent plus choquer personne en ce bas monde qui en a fait une sinistre banalité.
Même le vénérable INSEE (Institut national de la Statistique et des Etudes Economiques), organisme public qui dépend du ministère de l’Economie, a réadapté le statut de senior aux réalités conjoncturelles en avançant l’âge de celui-ci à 45 ans !
En résumé, pour espérer faire carrière et la faire fructifier en gravissant les échelons de la méritocratie sociale dans les entreprises en France, la fenêtre de tir ne concerne qu’une quinzaine d’années de votre existence professionnelle ! Plutôt court pour réussir sa vie !
La réactivité s’impose illico chez les survivants de cet exode volontaire vers Pôle Emploi pour montrer toutes ses prouesses à son poste, écraser père et mère si besoin pour réussir coûte que coûte par rapport à ses collègues ou plus équitablement se former aux technologies renouvelées sans cesse, agrémentées de leur absurde et envahissant jargon angliciste à en oublier les références vertueuses de la noble langue française !
Pas le temps, à perdre en conciliabules et apitoiements sur le sort des autres (les parias) qui passeront sous les fourches caudines de leur direction (elle-même peut-être menacée d’en vivre les effets similaires) dans l’intérêt global et stratégique de l’entreprise. Dont acte !
Comment rebondir dans le pays le plus attardé pour l’emploi des seniors ?
La suite, malheureusement pour ces victimes de ce système aussi abject, on ne la connaît que trop bien. Comment retrouver un emploi pérenne et bien payé après l’âge fatidique de cinquante ans en France ?
Surtout quand on sait que le taux d’emploi des personnes de 50 à 65 ans (cette zone trouble de l’existence professionnelle digne du Triangle des Bermudes, voire de la Mer des Sargasses quand on y est englué), s’élève à 53 % en France.
Ce taux est le plus bas des nations occidentales de l’Europe ; loin de la Grande-Bretagne, de la Finlande ou des Pays-Bas (au-dessus de 65 %), aux antipodes de l’Allemagne et du Danemark (70%) ou de la Suède qui détient le pompon avec plus de 79 %.
Triste record européen, une fois de plus, pour la plus belle des démocraties de la planète qui s’égare comme à son habitude dans les travers de la stupidité plutôt que de mettre à profit l’expérience et l’implication de ces quinquagénaires, porteurs de la véritable culture d’entreprise dont on ne cesse de faire référence dans les séminaires.
Pourquoi ne pas prendre exemple sur le Japon et la Corée du Sud qui offrent de l’employabilité sur la base du volontariat à leurs dynamiques anciens bien au-delà de 70 ans ? Personne dans ces pays ne s’en plaint. Pas même les syndicats !
Thierry BRET