« Pas de panique ! ». Tout va très bien, Madame la Marquise ! Les stations-service regorgent du précieux liquide, ce fameux or noir qui enrichit abusivement les caisses des exploitants et distributeurs pétroliers à foison. De surcroît, est-il précisé, il n’y a pas de pénurie de carburants dans l’Hexagone depuis bientôt une semaine !
Les mots lapidaires du Président de la République, prononcés vendredi depuis Prague où il a tenu sommet avec les partenaires européens – chose rare, en vérité puisque le chef de l’Etat ne s’exprime jamais sur la situation intérieure de notre pays lorsqu’il se déplace à l’étranger – ont-ils pour autant rassuré ou convaincu les automobilistes français ? Voire à défaut, les membres du gouvernement bien ennuyés avec ce dossier social qui s’abat sur leurs têtes au plus mauvais moment…
Certes, celles et ceux de nos compatriotes qui ont dû parfois batailler ferme, au sens propre comme au figuré – on dénombre plusieurs bagarres, coups de poing et autres invectives aux abords des lieux de distribution de cette énergie fossile qui est loin d’être en voie de disparition – patientent près de deux heures dans des queues interminables ou croient en leur chance au bout d’une dizaine de tentatives avortées afin de remplir leur réservoir du produit qui leur permettra de regagner leurs pénates !
Un mouvement social reconductible pour une deuxième semaine…
C’est sûr : l’Etat ne peut pas tout anticiper, notamment un mouvement de grève qui touche les raffineries. Celles du groupe « TOTAL Energies », en particulier. Mais, aussi « EXON Mobil ». Un mouvement revendicatif attisé comme le feu sur les braises par la CGT qui pourrait peut-être faire tâche d’huile – facile lorsque l’on parle d’hydrocarbures – à l’ensemble des sociétés pétrolières du territoire.
Naturellement, l’origine de cette grève repose sur la hausse des salaires réclamée à cor et à cri depuis belle lurette par les « petites mains » qui exercent leur travail au plus près des cuves de pétrole. Un contexte qui puise ses ressources à travers la baisse en chute libre d’un pouvoir d’achat très malmené depuis plusieurs semaines en France, à grand coup d’inflation et de prix qui dépassent l’entendement dans bon nombre de domaines.
« Tout augmente, ma brave dame ! » : ici et là résonne à qui mieux mieux ce constat terrible qui prêterait presque à sourire s’il ne mettait dans le rouge de la précarité, bon nombre de nos concitoyens y compris celles et ceux qui ne pointent pas à la case chômage. Sans que les salaires ne connaissent de salvatrices flambées !
Et les nouvelles tombées sur les téléscripteurs médiatiques de ce jour ne portent guère à l’optimisme quant à la fin de nos soucis à la pompe !
La grève a été reconduite sine die et ce jusqu’à nouvel ordre dans les raffineries hexagonales, au moins pour la semaine prochaine, malgré les appels au calme du gouvernement et le souhait du chef de l’exécutif tricolore de voir entamer entre les protagonistes des négociations sérieuses.
Comment alimenter le parc de véhicules électriques en 2035 ?
Dans le même temps, on apprenait que « TOTAL Energies » avait réalisé pour l’année 2021 19 milliards d’euros de bénéfices ! C’est sûr pas de quoi priver les automobilistes de leur précieux sésame pour se mouvoir ou les actionnaires du groupe qui tirent conséquemment les marrons du feu de la hausse exponentielle du coût de ces énergies dont il faudra bien se débarrasser d’ici 2035, date à laquelle l’Europe va contraindre par une volonté de fer ses habitants à rouler au tout électrique.
A ce propos, et au vu de la situation de nos centrales nucléaires déficientes et des risques potentiels de privation d’électricité dans les chaumières cet hiver, on se demande bien comment la France (et l’Europe dans son ensemble) pourront subvenir à leurs besoins en consommation électrique pour entretenir ce parc automobile « vert » qui ne devrait pas cesser de croître au fil du temps ?
Mais, pour l’heure, l’électrique est le cadet des soucis des automobilistes français qui persistent et signent avec la mobilité thermique et ses carburants non développement durable. Leur préoccupation est de trouver coûte que coûte ce week-end et la semaine prochaine suffisamment de carburant pour assurer leur transport vers leur domicile ou sur leur lieu de travail.

La « fin de l’abondance » a commencé aux stations-service !
Si globalement, la France est affectée à près de 20 % de fermetures des stations-service sur son territoire, on peut se poser la question préalable de savoir pourquoi des régions telles que les Hauts-de-France ou l’Ile-de-France sont les plus impactées par les résultantes de ce conflit qui s’enlise dans le goudron.
Peut-être est-ce imputable au comportement des automobilistes spécifique dans ces endroits-là ? Les témoignages sont aberrants sur ce comportemental consumériste qui prête à sourire.
Certains automobilistes du Nord et du Pas-de-Calais n’hésitent pas à remplir leur réservoir en y injectant de cinq à dix litres de carburant chaque jour pas plus, à attendre parmi la file pour mettre un équivalent de 5 à 7 euros maximum, à venir à la station avec des cohortes de jerricans et de bidons à remplir jusqu’à la gueule !
Mais, que l’on se rassure : ce qui a été observé et relaté dans ces territoires septentrionaux l’a été tout autant par chez nous, en Bourgogne Franche-Comté !
Même si, à date, les automobilistes de la contrée à l’estampille de l’escargot et du comté n’ont pas eu encore à souffrir de la véritable pénurie qui semble se propager à la vitesse d’un tsunami ailleurs !
Tentant d’aplanir les difficultés, Emmanuel MACRON a appelé vendredi les Français de l’automobile à de la retenue et au calme aux stations-service ainsi que les groupes pétroliers et les syndicats à davantage de « responsabilités ».
Lui qui évoquait il y a peu, de manière messianique, « la fin de l’abondance » pour nos compatriotes avec la crise énergétique actuelle, ne se frotte-t-il pas les mains en voyant sa prémonition qui n’avait rien de hasardeuse finalement se réaliser plus vite que prévu avec cette « sobriété » consumériste forcée dont a fait largement écho la Première ministre Elisabeth BORNE devant les parlementaires lors de la semaine écoulée.
La France connaît la panne sèche à la pompe faute de carburants ; c’est donc une belle preuve de « sobriété énergétique » involontaire de la part de nos concitoyens. Des Français qui on le constate sont mobilisés jusqu’à la dernière goutte !
Thierry BRET