Homme de foi et de conviction, le pape François ne fait pas abstinence ni de courage ni de loyauté envers ses codes éthiques. Ni de ses engagements personnels. Le souverain pontife, et c’est une première dans l’histoire antédiluvienne de la papauté, a décidé de rompre les digues de l’omerta en convoquant l’ensemble des présidents des conférences épiscopales au Vatican. Quatre jours d’un sommet, inédit, sont ainsi intégralement consacrés aux témoignages de victimes d’abus sexuels et de la pratique honteuse de la pédophilie dans la sphère religieuse.
Dans les alcôves du Saint-Siège, bon nombre d’observateurs savent que les agissements peu recommandables de l’Eglise minent intérieurement l’ecclésiaste argentin. Il est vrai que les médias regorgent depuis longtemps de ces faits divers scabreux et indigestes démontrant une nette dérive qui s’étale désormais au grand jour avec pour objectif d’informer l’opinion publique.
Le récent procès intenté à l’encontre de Mgr BARBARIN, prélat des Gaules à Lyon, et sa retentissante couverture médiatique aura sans doute mis le feu aux poudres. Il est vrai que le cardinal n’a jamais pris une position franche et tranchée sur ce délicat dossier. Se contenter de prier Dieu en s’adressant aux malheureuses victimes suffit-elle pour pardonner les actes inqualifiables de prêtres malveillants qui agissent avec impunité dans le sillage du clergé ?
N’en pouvant plus, François n’a pas tergiversé pour acter le principe de ces rencontres qui possèdent, outre un caractère de solennité, une posture officielle. Entre-temps, l’une des figures de l’Eglise américaine a été défroquée par le Vatican pour manquement grave au niveau comportemental. Quelques jours plus tard, on apprenait que l’ambassadeur de l’Etat catholique en France subissait un sort identique.
Bref, devant l’état d’urgence qui prévaut dans la cité vaticane, le pape François a osé faire ce qu’aucun de ses illustres prédécesseurs n’avaient conçu jusque-là : procéder à un audit en profondeur de l’institution en présence de témoins ! Et en l’ouvrant à la presse.
Invitant les évêques du monde entier à écouter le « cri des petites victimes qui réclament justice », le pape a pris tout le monde de vitesse au grand dam de quelques évêques réfractaires. En fin stratège et chef d’Etat qu’il est.
Mais, le souverain pontife ne s’est pas contenté d’un sermon inaugural bien-pensant. Désireux de rendre compte, et de faire toute la lumière autour de ces sordides histoires, il a autorisé la diffusion de messages sonores, permettant de préserver l’anonymat des victimes d’abus sexuels. Plusieurs cardinaux ont appuyé la démarche papale en arguant que la souffrance des victimes devait être révélée à tous.
Balayant devant sa porte, l’Eglise a réalisé enfin un travail d’introspection nécessaire comme elle n’en a jamais fait auparavant. Entre pardon et respect de l’autre. Entre la préservation de l’intérêt des petites victimes, la plupart des enfants, et le courage d’avouer et reconnaître ses fautes. Et de les corriger dans la purification de l’âme et de l’esprit de ses auteurs, afin qui sait, peut-être, de les absoudre par la repentance…
Bien sûr, certains commentaires ont pu atténuer ce désir de pardon, voire choquer les observateurs. Une intervention, celle de l’évêque du Ghana, Mgr Philip NEEHMAN, prête d’ailleurs à confusion.
Le prélat estime que, « si les abus sexuels existent en Afrique, ce n’est pas comparable et à la même échelle qu’en Occident, parce que les enfants africains sont généralement considérés comme un grand cadeau de Dieu… ».
Devant de telles ambiguïtés sémantiques, difficile de se faire une réelle opinion de la parole prononcée par cet évêque, un tantinet décalé. Néanmoins, les spécialistes de la prose vaticane considèrent que l’Afrique n’est pas autant impactée par ces phénomènes de déviance que d’autres continents. Toutefois, ce fléau devra être géré tôt ou tard de l’autre côté de la Méditerranée.
Cependant, l’Afrique ne va pas recevoir l’absolution immédiate du Saint-Père. Le pape François s’interroge sur le témoignage de femmes qui ont été avortées de force parce qu’elles entretenaient des relations sexuelles avec des prêtres. Relations qui s’accompagnaient de violences physiques et de discriminations.
Soucieux de changer très vite de paradigme, le successeur de Saint-Pierre se questionne sur la manière d’agir, en répondant aux besoins de justice de l’homme et en encourageant le pardon divin. Une équation peut simple, en vérité, et qui ne fait pas forcément l’unanimité dans son propre camp.
L’année 2018 aura été marquée par une succession de scandales sans précédent pour l’Eglise. Jetant l’opprobre sur plusieurs représentants de la puissance épiscopale. En invitant les membres de la hiérarchie suprême au Vatican, durant ces quatre jours, François n’a d’autre volonté que de faire comprendre à ses proches collaborateurs de l’importance de la crise qui traverse l’Eglise. Et qui plombe son image.
L’impérieuse nécessité de juguler cette tendance au plus vite, en apportant des réponses concrètes et efficientes à l’égard des bourreaux et de leurs victimes, doit redonner désormais de la crédibilité morale à l’institution religieuse…Un lourd chantier que François ne pourra porter seul depuis les arcanes du Vatican…
Thierry BRET