Il ne s'écoule pas un jour, que dis-je, pas une tranche horaire de la journée, sans qu’il n’y ait de manière intempestive et sans aucune explication logique et rationnelle des coupures de réseau.
Qu’il s’agisse de la téléphonie mobile malgré les prouesses technologiques vantées par les fabricants à grand renfort de publicités tapageuses. Ou que cela ne vienne perturber durablement les services propres à l’offre numérique. Voire, cerise acide sur ce gâteau de plus en plus inepte à la dégustation, les deux possibilités qui se combinent à l’unisson et à merveille sans crier gare !
Et cet été, tout particulièrement, les fameuses zones rurales, celles de la France profonde où il fait bon vivre loin des miasmes insupportables des grandes cités urbaines, celles où l’on ose enfin parler d’attractivité territoriale à grand renfort d’arguments économiques alléchants pour faire venir les entreprises, auront été la cible privilégiée de tous ces écueils, indignes de notre savoir-faire intellectuel et technique.
Les nécessiteux du multimédia : les habitants de la ruralité !
Plusieurs communes de la Nièvre et de l’Yonne en dispense de réseau depuis plusieurs semaines déjà de manière intermittente intègrent ce peloton des souffreteux d’Internet, des oubliés du multimédia, des exclus de la bande passante optimale, des rebus du modernisme et de l’équité technologique pour tous.
Qu’à cela ne tienne : les factures de ces prestations de service qui gonflent le tiroir-caisse largement garni des opérateurs nationaux (la « bande des quatre » qui exerce cet incroyable monopole sur ce segment économique de pointe) restent néanmoins identiques.
Que l’on habite dans le XVIème arrondissement de la capitale, en bordure du littoral atlantique, au sommet d’un col alpestre ou au fin fond de la campagne morvandelle, le tarif reste le même pour tous. Au nom de l’égalité consumériste propre à notre cher pays, sans en avoir les mêmes avantages ni les mêmes droits, il va de soi !
Depuis la mi-juillet, les habitants excédés de ces communes où ne résident que quelques centaines d’habitants entre Puisaye et Nivernais n’en peuvent plus de subir ce diktat de l’incompétence et de l’inertie à rallonge. Des qualités professionnelles auxquelles il faut ajouter le « m’en foutisme », symbole très caractéristique du made in France actuel !
Privés des liens de communication usuels, la plupart de ces villageois sont ainsi coupés du monde. Sans téléphone portable, ni Internet : inconcevable, donc !
Bien sûr, rétorqueront les empêcheurs de tourner en rond, il reste toujours la possibilité de passer un coup de fil sur le fixe. A une double condition, toutefois : que leurs utilisateurs en possèdent toujours un exemplaire en état de fonctionnement chez eux ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui et qu’à défaut, la foudre ne se soit pas abattue sur le poteau téléphonique du quartier, plongeant dans le silence absolu la salvatrice liaison !
Gare à la situation de crise au scénario catastrophe…
Plus sérieusement, on ose imaginer de ce qu’il adviendrait de la gestion d’une situation de crise dans ces pitoyables conditions. Le témoignage d’un adjudant d’une compagnie de sapeurs-pompiers locale est pour le moins déroutant.
Sans mobile, ni réseau numérique, comment peut-il donner l’alerte auprès des soldats du feu répartis sur un périmètre donné au beau milieu de la nuit en cas de sinistre ? Bonjour, le bilan au niveau des faits divers, si l’improbable venait à surgir…
Mais, privé de ces précieux ustensiles de communication indispensables à notre existence, comment joindre alors le 18 en cas de réels besoins ? Appeler son médecin ou son infirmière si nécessaire ? Ou tout bonnement, assurer la gestion commerciale de son entreprise en tentant vainement de joindre ses clients et prospects ?
Artisans, industriels, professions libérales, professionnels de l’hôtellerie et de la restauration, du tourisme se tirent les cheveux en cette période cruciale de l’année où ils se doivent coûte que coûte de compenser le manque-à-gagner imputable à la COVID-19 en renflouant leur trésorerie.
Des zones orphelines de tout modernisme à 150 km de Paris !
Or, ce n’est pas le coronavirus qui représente la menace la plus inquiétante aujourd’hui à leur échelon mais bel et bien l’insuffisance récurrente et la disparition totale sur de longues périodes des réseaux téléphoniques/numériques de leur radar.
Feu Jacques CHIRAC avait évoqué les problèmes inhérents à la fracture sociale en 1995. Un item introductif qui quelques années plus tard permettra de parler de la fracture numérique qui n’est toujours pas résolue en 2020.
Vivre à150 kilomètres au sud de Paris dans une contrée orpheline de toute technologie moderne de qualité et fiable ne peut inciter raisonnablement les entrepreneurs, les propriétaires fonciers et les touristes à s’y rendre ou à s’y installer.
On peut alors leur suggérer de se rendre dans les zones champêtres et bucoliques de Pologne, de Roumanie et de Bulgarie, des zones de vie parfois à la limite du pittoresque, où fleurissent pourtant sur les écrans des mobiles les cinq barrettes (sésame suprême !) de la liaison en 4G, voire de la 5G !
Ces pays européens ont su gérer convenablement cet enjeu majeur du développement de la communication moderne, un item essentiel où la France n’a pas su relever le défi…
Thierry BRET