L’effroi, d’abord. Après, le dégoût….L’odieux, l’insoutenable a donc rattrapé un quotidien ordinaire, déjà parsemé de mauvaises nouvelles la semaine dernière. L’impensable à quelques kilomètres de nous, sournois et tapis dans la capitale de l’Hexagone. Mais jusqu’où la bassesse de l’humanité ira-t-elle se nicher dans les limbes de l’absurde et de la médiocrité, de ce que l’on ose encore appeler la société ?
Comment ne pas être bouleversé par tant de cruauté, de cynisme, d’inexorable ? S’en prendre à une enfant de douze ans qui rentrait chez elle de l’école, incarnant l’innocence, l’avenir et la gaité, reste le pire des crimes au panthéon de ces assassins sans foi ni loi qui se baladent en toute impunité dans les rues de France. Mais, aussi d’ailleurs, de par le monde.
Comment ne pas être choqué par ce flot d’informations sordides qui expliquent les faits – malheureusement qui se banalisent au fil des jours dans ce vingt-et-unième siècle qu’on nous promettait jadis meilleur -, laissant sur le côté de plus en plus de jeunes victimes innocentes ?

La belle lumière incandescente de leur existence s’est éteinte à jamais…
Lola n’avait que douze ans. Une adolescente que son entourage dépeint comme joyeuse, polie, ayant soif de découverte, bonne élève, posée. Bref, la petite fille modèle que beaucoup de parents auraient eu la fierté d’élever à la maison et d’éduquer à l’instar de ses parents, aujourd’hui démolis pour l’éternité.
Malgré leur grande dignité face à cette épreuve insurmontable de la vie – la perte d’un enfant quel qu’en soit les causes demeure une plaie vive et ouverte qui ne se cicatrise jamais -, cette mère et ce père, ainsi que le reste de la petite fratrie (un frère et un demi-frère), savent que le soleil qui éclairait de sa belle lumière incandescente leur existence s’est éteint pour toujours.
Et ce n’est, certes pas, l’homélie du prêtre – que l’on soit croyant ou que l’on verse dans l’athéisme - lorsque viendra le temps du recueillement et des obsèques qui changera véritablement la donne…
On le sait depuis trop longtemps, l’homme est le prédateur de l’homme. Qu’il s’agisse de la guerre – celle que nous vivons quotidiennement depuis le 24 février en direct via les canaux d’information le démontre avec ses chiffres effrayants -, des attentats, des meurtres, de cette violence gratuite qui ruisselle dans la rue ou dans les stades, la Terre n’est finalement qu’un exutoire morbide pour cet acharnement de haine qui se développe depuis la nuit des temps.
Une réflexion qui nous renvoie au mythe d’Abel et de Caïn, le premier fratricide survenu sur la planète. Le premier crime, en somme qui en aura engendré tant d’autres depuis…
Toutes ces victimes innocentes qui vivent encore dans nos mémoires…
L’assassinat de Lola ne peut pas laisser indifférent. Ce n’est pas un énième fait divers de plus, devant faire les choux gras d’une presse à sensation, qui à l’aide de titrailles racoleuses et marketing va attirer un plus grand nombre de lecteurs, avides de détails mortifères et saugrenus.
C’est bien autre chose. Au-delà de toutes ses vies, fauchées trop tôt dans ce cheminement de l’existence qui se nomme la vie. Les Grégory VILLEMIN, les Estelle MOUZIN et tant d’autres encore dont notre subconscient conserve les patronymes identitaires dans nos mémoires. Peut-être pour ne jamais les oublier et pour qu’ils vivent dans notre imaginaire…
Bien sûr, cette tragique affaire a fait réagir la classe politique dans une presque parfaite quasi-unanimité. Y compris le Président de la République et les parlementaires réunis en session.
Provoquant ici et là des manifestations populaires dans la rue qui ont viré pour certaines à la récupération politique de bas étage, avec les slogans idoines qui allaient de pair. Mêlant pêle-mêle racisme, rejet des autres, intolérance, chasse aux sorcières. Nous sommes, il est vrai, dans la période propice d’Halloween.
Mais, ce qui est nettement plus grave en vérité dans cette ignoble histoire, c’est de savoir que de manière factuelle l’auteure de ce crime exécrable relève d’une personne qui aurait dû être expulsée du territoire national en septembre 2021, pour des raisons bien différentes de son geste fatal.

Et si le mot « laxisme » s’inscrivait sur les frontons de la République ?
Avec des « si », on aurait pu mettre Paris en bouteille, précise l’adage, mais si la décision de justice avait été correctement appliquée à l’automne dernier, la juvénile Lola ne serait-elle pas là encore parmi nous à croquer la vie à pleine dents et à se nourrir de rêves dont les gamines de son âge se passionnent ?
C’est certain. Mais, de toute évidence, des strates de la bien-pensance de ce pays ont décidé de placer le terme « laxisme » parmi les grandes valeurs cardinales de l’Hexagone et peut être de l’inscrire un jour ou l’autre aux frontons des édifices républicains. Tiens, pourquoi pas aux côtés des mots tellement galvaudés aujourd’hui de « liberté », « égalité », « fraternité ».
Alors, comme il n’y a vraiment pas de quoi rire aujourd’hui, avec cette histoire triste comme un jour de pluie sans fin, souvenons-nous de ce que chantait Enrico MACIAS, le plus berbère des interprètes français, homme de paix et de fraternité, à propos de cette enfance victime de ces « loups » d’adultes : « Qu'il soit un démon, qu'il soit noir ou blanc, il a le cœur pur, il est toute innocence ; qu'il soit né d'amour ou par accident, malheur à celui qui blesse un enfant… ».
Un malheur ad vitam aeternam que l’on destine aux auteurs/auteures de tous ces crimes abjects…
Thierry BRET