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Les invisibles du handicap, oubliés des entreprises…

7 octobre 2018

La Semaine nationale consacrée aux personnes à mobilité réduite évoluant dans le monde de l’entreprise, si louable soit-elle, ne doit pas nous faire oublier la place peu enviable qu’occupent réellement au sein de notre société si individualiste les victimes de ces handicaps.

Il est même dommageable d’avoir instauré un tel évènement, une fois l’an, pour nous remémorer que ces « invisibles » de l’existence vivent à nos côtés, comme des ombres effacées par une lumière trop aveuglante.

Qu’on se le dise, et au même titre que nous célébrons la journée de la femme le 08 mars selon un immuable rituel, nous devrions glorifier chaque jour de l’année les personnes atteintes de handicap comme ces valeureuses représentantes de la gent féminine. De façon beaucoup plus naturelle et bien moins convenue sur les principes que les formes actuelles. En cela, elles le mériteraient bien…

Pour autant, à l’instar d’innombrables structures associatives engagées dans ce long combat de la résurgence de la pensée positive, offrir aux personnes handicapées une vitrine médiatique à raison d’un message fort envoyé tous les douze mois correspond à un don du ciel dont il ne faut négliger les effets.

Ces sept jours de sensibilisation à l’adresse des milieux professionnels portent-ils réellement leurs fruits après coup ? C’est en règle générale l’une des premières questions que l’on est en droit de se poser à l’issue de ces initiatives courageuses.

Le constat est proprement édifiant si l’on scrute avec intérêt ce qui se vit dans les entreprises aujourd’hui. Sachant que l’on peut aisément étendre cette même observation au modèle associatif et aux collectivités.

Peu de ces structures qui demeurent pourtant des vecteurs d’employabilité incontournable en France ne semblent concernées par la situation délicate des personnes handicapées.

D’ailleurs, qui se soucie véritablement dans l’Hexagone de leurs atermoiements ?

De ce qu’elles peuvent ressentir, vivre et espérer afin de ne plus être mises de manière systématique sur la touche ?

Bon nombre d’entrepreneurs ne daignent répondre aux sollicitations bienveillantes de ces organismes spécialisés qui essaient de faire pencher la balance du bon côté. Combien sont-ils à exercer un emploi qualifié dans l’un des fleurons économiques de notre pays ?

 

Prêcher la bonne parole dans le désert…

 

Prenons un exemple concret, tiré d’une expérience vécue cette semaine dans le landerneau départemental de l’Yonne. L’initiative émane de la CPME, la Confédération des petites et moyennes entreprises. Un syndicat à la puissance reconnue qui dispose d’un vivier cossu de représentants entrepreneuriaux bien implantés dans le sérail.

L’institution a fait de ce thème, l’accueil des travailleurs à mobilité réduite en entreprise, le sujet de prédilection de l’un de ces nombreux rendez-vous de ce mois. Heureuse initiative, donc, accueillie dans les locaux d’un autre acteur économique du paysage icaunais, un assureur mutualiste qui agit là où il vit.

Jusque-là, le décor planté s’avère très convenable. D’autant que pour étayer les propos, qui ne devaient manquer de faire réagir le public, deux autres intervenants assujettis à la thématique du soir furent conviés. Il s’agissait de CAP EMPLOI 89 et de LADAPT.

On se pourlèche d’avance de la qualité des échanges et de l’avalanche de questions à venir car le débat suppose nécessairement des réactions de part et d’autre de la future assistance. Las, la mobilisation des entrepreneurs n’a pas été à la hauteur des espérances ; c’est moins que l’on puisse dire !

Il n’est malheureusement pas nécessaire d’en exprimer le décompte à travers ces lignes : mais le sujet sur le handicap n’a pas fait florès.

Qu’importe, me direz-vous, l’essentiel est de pouvoir en parler. Ce qui fut fait courageusement par les conférenciers qui n’eurent pas à forcer leur talent pour faire vibrer à l’unisson un auditoire inféodé à leur cause.

Mais, pour les autres, celles et ceux qui se sont abstenus de leur rendre visite, que faut-il faire pour soulager leur conscience ?

 

Les personnes handicapées, faire-valoir de notre société…

 

Favoriser l’insertion d’une personne à mobilité réduite au cœur d’un modèle économique n’a pas de prix au sens vertueux du terme. Au-delà de leur redonner goût à la vie, c’est aussi leur procurer une bonne raison de se sentir responsable, de s’intégrer à part entière dans les fondements propres d’une société qui ne fonctionne pourtant que sur la rentabilité et le profit au détriment de l’humain.

D’ailleurs, ils en restent une preuve tangible à bien des égards. Alors que le monde dans lequel nous tentons de survivre au quotidien n’éprouve guère de sentiment et de pitié envers les plus faibles, où se situe la place des personnes handicapées dans cet univers à la Dallas ?

Beaucoup manifestent et revendiquent à longueur de semaine derrière de fallacieux prétextes existentiels à base de corporatisme. La plupart vitupèrent sur leurs conditions sociales et salariales proches de la « misère ». Nombreux sont celles et ceux qui ne prêchent que par la violence et le droit de grève…

Mais, in fine, combien de personnes handicapées protestent-elles dans la rue sur le sort pitoyable qui leur est réservé grâce à notre société égoïste ?

Absentes de toutes les tribunes publiques, exclues de tous les plateaux médias, oubliées par les politiques, moquées par l’opinion publique, les personnes atteintes de handicap demeurent les faire-valoir sacrifiés d’une France qui les ignore abusivement depuis longtemps et qui ne semble pas encore prête à leur rendre, ne serait-ce, qu’un zeste de leur dignité.

 

Thierry BRET

 

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