La France vit dans la peur. Celle, qui viscérale, prend aux tripes pour ne plus les lâcher. Celle des fins de mois difficiles quand le réfrigérateur des honnis de la société demeure inexorablement vide. Celle de ceux qui ont vu leurs outils de travail saccagés par tant de haine et de violence organisées par des anorexiques de la pensée. Celle des lycéens et étudiants qui s’interrogent sur la précarité de leur avenir. Celle des retraités qui ont vu leurs pensions, parfois maigres pécules, ponctionnées comme jamais auparavant. Celle des agriculteurs qui ne peuvent même plus prétendre gagner leur pitance avec dignité par le fruit de leurs efforts. Celle, aussi, des patrons de TPE et de PME qui ploient sous le joug de charges fiscales de plus en plus alourdies par les directives en tout genre. Celles, enfin, des forces de l’ordre qui n’en peuvent plus de servir d’ultimes remparts et de boucliers humains face à la vindicte populaire. Comme tant d’autres représentants de la fonction publique, parfois insultés et agressés sur leur lieu de travail…
Pour autant, et quel que soit le degré de contestation légitime qui peut être proféré en ce bas monde où tant de choses sont à revoir, doit-on accepter de voir avilir la France et de la voir salir par ces « casseurs » de l’extrême, qui se jettent dans les rues des métropoles telles des hordes de barbares, venues d’une autre époque ?
Nous ne pouvons plus tolérer cet étalage d’incivisme et d’irrespect envers nos aïeuls, glorieux ou sans grade, qui se sont battus au nom de la liberté pour construire pas à pas la démocratie dans laquelle nous puisons désormais notre culture, notre patrimoine, notre intellect, notre sens du droit et de nos devoirs. Bref, notre existence, tout simplement…
Profaner la sépulture du Soldat inconnu, au pied de l’Arc de Triomphe, n’est qu’une insulte à la libre pensée, à nos valeurs et à notre mode existentiel. Détruire et brûler des préfectures, alors que des employés s’y trouvent encore (ils pourront se sortir de ce mauvais pas in extrémis grâce à l’intervention courageuse des sapeurs-pompiers) ne peuvent correspondre qu’à des actes à vocation purement criminelle. Sciemment pensés et prémédités. Des gestes fous répréhensibles devant la Justice.
Celle-ci devra se montrer impitoyable, face à ces hors-la-loi du système. Car, la facture de leurs méfaits ne fait qu’augmenter de semaine en semaine. En millions d’euros !
Certes, qui sème le vent, récolte la tempête, selon le vieil adage. Pour autant, alors que la France vit au gré de ses métropoles dans l’insécurité permanente, entretenue par de petites frappes sans foi ni loi qui se convertissent aux idéologies de l’extrême, il faudra bien que les responsables de ce fatras incommensurable paient tôt ou tard la note.
De simple transition énergétique avec la hausse excessive des coûts des carburants, le dossier a évolué sans crier gare vers la nécessaire revalorisation du pouvoir d’achat. C’est le nœud gordien des gouvernances successives depuis plus de quarante ans à la tête de l’Etat.
Dès lors, le pouvoir se trouve confronter à une crise sans précédent : cette dernière a glissé insidieusement vers la remise en cause des appareils institutionnels qui nous régissent. Occasionnant un incroyable marasme qui interloque l’ensemble de la classe politique et le moindre des observateurs. Qu’ils soient Français ou étrangers.
Pacifistes, mais volontaires, les « Gilets jaunes », même s’ils sont encore soutenus par près de 70 % de nos concitoyens, n’ont sans doute pas imaginé, le 17 novembre dernier, date à laquelle les premiers mouvements revendicatifs se signifiaient aux yeux de tous, qu’ils provoqueraient une telle « pétaudière » à risques multiples en France.
Comme la résultante violente d’une bombe à fragmentation, la véhémence de leurs propos s’est depuis atomisée vers le plus grand nombre, versant de manière éparse des éléments contestataires irrigués par le peuple. Conséquence : malgré leur refus du système et le rejet de la politique, ils ont réussi à se scinder en plusieurs courants disparates et contradictoires. Devenant eux-mêmes des adeptes d’un jeu de rôle politicien qu’ils réfutent ! Et renvoyant ainsi à la face de la nation l’écho de personnes inorganisées et quasi inaudibles.
A leur décharge, l’absence de réponses factuelles, de transparence et de spontanéité de la présidence de la République et du gouvernement à entendre la colère de la rue n’ont fait qu’accentuer le trait insoluble de cette cacophonie inédite.
A force de tourner autour du pot, on ne peut in fine que tomber dedans !
Quant à la carence malhabile de communication du président MACRON envers celles et ceux qui l’ont légitimement porté au pinacle de la République, et de celles et de ceux qu’ils soient opposants, réfractaires, abstentionnistes ou indifférents qui constituent son peuple, prouve que l’exécutif n’a pas su doser l’intensité réelle de cette crise dont l’Histoire conservera en mémoire les épisodes essentiels.
Le chef de l’Etat devrait s’exprimer. Mais, il ne faut pas que cet exercice de communication directe avec nos concitoyens se fasse en assénant de nouvelles phrases à la sémantique complexe qui n’auraient que d’autres objectifs que de nous livrer des leçons de choses supplémentaires et nous éloigner des véritables préoccupations de l’instant. La pédagogie dégoulinante à toutes les strates de la maison France au sujet de la transition énergétique, version méthode Coué, n’a plus lieu d’être aujourd’hui.
Les Français se sont lassés de ces paroles. Ils veulent des actes. De la concrétisation immédiate pour sortir de l’ornière où ils se trouvent à chaque fin de mois et vivre mieux dans une société qui leur échappe.
Nonobstant, on ne pourra pas reprocher au Premier ministre Edouard PHILIPPE d’avoir assumé le job. Et d’avoir avancé un certain nombre de propositions, tangibles, réalisables et constructives. La seule ombre funeste à ce tableau bienveillant : c’est qu’elles arrivent de manière trop tardive et n’apparaissent de facto plus acceptables par la base du mouvement contestataire. Une base qui s’est élargie aux lycéens, et avec parcimonie à certaines autres filières, dont celles de l’agriculture et des transports.
L’entame de discussions et de négociations est indispensable pour la sécurité de tous et la réconciliation de notre nation. Dès le 15 décembre, ce sera le cas selon les desiderata de l’exécutif. Il sera alors impérieux de placer au centre de ces échanges toutes les scories qui polluent l’existence des Français depuis plus de quarante années.
La liste est longue et loin d’être exhaustive : la fiscalité, l’injustice sociale, la précarité, l’emploi, la formation, la désindustrialisation, la désertification des territoires ruraux, le pouvoir d’achat, la représentativité politique, la fonction publique, l’éducation, la fracture numérique, la valorisation de la femme dans la société…
Ce n’est que par le dialogue et l’écoute de l’autre que la France pourra s’extraire sereinement de cette crise aux relents soixante-huitards. A condition que chacun y mette du sien et ne s’arcboute pas sur l’intransigeance de positions insoutenables…
Thierry BRET