Ah, si les choses pouvaient aller aussi vite d’ordinaire dans ce beau pays de cocagne qu’est la France ! Surtout s’il s’agit d’atténuer, en les améliorant du mieux possible, toutes les contraintes administratives, parfois inutiles et totalement absurdes que subissent bon nombre de nos compatriotes dans leur quotidien.
A croire que le départ de la fusée « Ariane V », du côté de Kourou en Guyane vendredi tantôt, emportant dans ses flans la sonde spatiale « JUICE » à destination des satellites de Jupiter (tiens, tiens quel étrange concours de circonstance !) – un long périple dans le cosmos de plus de huit ans – en aura dopé quelques-uns !
C’est à la vitesse de la lumière ou presque qu’à peine le verdict fraîchement prononcé par les neuf Sages du Conseil constitutionnel et de son président, l’ancien premier ministre socialiste Laurent FABIUS en tête de gondole, favorables à l’application du projet de réforme des retraites que le chef de l’Etat leur a emboîté le pas séance tenante au beau milieu de la nuit pour promulguer une loi que moult de nos concitoyens ne voulaient pas dans ces circonstances actuelles où le débat et la concorde n’ont guère été des exemples de vertu pour la démocratie !

La gueule de bois garantie dès potron-minet pour de nombreux Français !
Pas une minute à perdre donc pour celui de nos présidents qui ne renonce jamais – en cela et au strict plan de la symbolique du terme, on ne peut que lui donner raison pour avancer dans la vie ! – qui n’aura donc pas attendu le délai prescrit de la quinzaine de jours au maximum pour faire passer ce texte à la hussarde et presque en catimini. Surprenant celles et ceux des Français, concernés ou pas par ladite réforme, dès potron-minet ce samedi matin, qui se sont réveillés et tirés hors du lit, les yeux encore embués de sommeil, mais la gueule de bois garantie à l’annonce de la nouvelle !
Même les observateurs les plus aguerris de la chose politique y allèrent de leurs commentaires surpris, voire contrariés sur les chaînes audiovisuelles en boucle dans leur prime billet d’humeur de la journée.
Pour une fois qu’une décision étatique est rendue à toute vitesse pour « le bien-fondé et l’intérêt » des Français (et surtout des caisses de l’Etat et de la gloriole de l’exécutif au regard de l’Histoire), il ne faudrait pas faire la fine bouche, que diable !
Et si on avait géré la France avec un tel zèle depuis si longtemps !
On aurait aimé au passage que certaines réformes et initiatives vitales pour nos concitoyens aient été traitées jadis avec autant de zèle et de célérité de la part des gouvernances successives et actuelles ; les choses n’en seraient peut-être pas là aujourd’hui dans l’Hexagone ! Ni au plan du positionnement stratégique et économique de la France à l’échelle européenne, voire mondiale…
Tel un inventaire à la Prévert, on peut penser évidemment à la gestion de la crise sanitaire et à l’absence manifeste de masques ou des vaccins aux premiers jours de la COVID, à la perte sèche de notre industrie depuis quarante ans, à la dépendance aux autres en matière de consommation – on pense à l’Asie- , à la raréfaction de la médecine dans les campagnes, au grand écart existant entre l’Education nationale et la vraie réalité de la vie active et professionnelle pour les jeunes pousses qui la fréquentent, à l’employabilité des jeunes et des seniors – les catégories de décrocheurs et de futurs précaires dont personne ne se soucie le moins du monde avant que le chômage ne reprenne une courbe exponentielle d’ici peu comme annoncé par la plupart des spécialistes de la question -, au revers de l’agriculture nationale y compris celle du bio, à la crise de l’énergie et à la chute du pouvoir d’achat, aux problématiques de la fracture sociale et numérique à tous les étages surtout dans les zones rurales, aux pensions en berne des retraités depuis des lustres, aux handicapés dont on ne parle jamais, etc. etc.

Un manque criant de communication entre l’Etat et les Français…
Si le chef de l’Etat et le gouvernement veulent s’atteler en mode TGV ou avec les propulseurs de la fusée « Ariane » pour résoudre ces divers dossiers et bien d’autres encore dont certains de nos citoyens attendent et espèrent des réponses positives depuis la nuit des temps, pas de problème ! Ils ont notre bénédiction urbi et orbi puisque nous sommes en période pascale !
Roulez jeunesse, le quinquennat est loin d’être terminé : nous ne sommes qu’à un an « tout pile » après la réélection du locataire de l’Elysée ! Il reste donc de ce précieux temps, quatre longues années de labeur et de réflexions, d’initiatives possibles, de concrétisations probables et de réformes profondes et structurelles, nécessaires à la modernisation et à la crédibilité à apporter à ce pays, l’un des plus beaux à nos yeux, à mettre en place, assurément !
Oui mais voilà, il est impératif de revoir considérablement la méthode et la manière de faire car elles sont indigestes et insupportables au plus grand nombre des Français. Qu’ils soient pro-MACRON, réfractaires, opposants, abstentionnistes, partisans, militants, défenseurs de la société civile ou d’ailleurs !
La priorité doit être désormais à la concertation, au véritable dialogue, à l’échange, à la construction, à la participation. Curieusement, dans ce projet de réforme tellement décrié par le peuple et la foule hexagonale qui ne font qu’un, quoi qu’on en dise !, c’est la partie communication qui aura connu le plus de faiblesse depuis l’énoncé du sujet.
Non pas de cette pédagogie infantilisante et téléguidée que les technocrates aiment à servir à toutes les sauces, prenant au fond les Françaises et les Français pour des benêts de bas étage qui ne comprendraient rien à rien !
Associer les Français aux prises de décisions pour un meilleur équilibre sociétal…
Non, il s’agit de cette communication qui s’appuie sur le partage des valeurs du respect de l’autre, la réciprocité intellectuelle à créer une passerelle, la discussion et sa nécessaire contradiction – nous ne vivons pas comme des bénis oui-oui dans le monde des « Bisounours » avec un index collé à la couture du pantalon en attendant que cela tombe sans crier gare ! -, à la véritable consultation démocratique parce que les Françaises et les Français ont le droit d’exprimer leurs envies et leurs idées sur cette société dans laquelle ils participent et agissent, autrement qu’en défilant dans la rue où ils ne sont pas entendus au bout du compte…
Certes, Emmanuel MACRON a voulu innover timidement en proposant les « Grands Débats » - concept totalement obsolète et stérile quant à leurs attendus réels aujourd’hui – et à la consultation citoyenne, notamment sur peu de dossiers dont celui de la fin de vie. Pas forcément le plus jovial pour évoquer notre avenir !
Un début qui a le mérite d’exister, mais qui est bien trop timoré aujourd’hui. Soucieux de vouloir l’apaisement – tout comme la Première ministre Elisabeth BORNE - et de continuer sa politique de modernisation du pays, le chef de l’Etat se doit impérativement de communiquer et de travailler différemment avec les Français en changeant de méthode.
Surtout après cet épisode crépusculaire qui laissera d’indicibles traces de profonde amertume et de mécontentement de façon pérenne, y compris auprès de sa majorité et de ses électeurs du premier mandat. Si rien ne change dans la méthodologie…
Quatre années de mandature peuvent s’avérer très longues pour la gouvernance actuelle si l’on reste claquemuré dans sa tour d’ivoire en se coupant de sa base. Celle des électeurs naturels qui ne voulaient pas du saut vers l’inconnu. Mais aussi, de tous les citoyens de ce pays qui constituent ce peuple de France, avec lequel il est indispensable dorénavant de composer, de créer et d’associer…Il en va de l’équilibre sociétal…
Thierry BRET
