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La quête des parrainages : une course à l’échalote pipeautée !

7 octobre 2018

Et si tout cela ne servait à rien au bout du compte ! Les meetings avec plus ou moins d’obligations sanitaires qui se succèdent chaque week-end à travers l’Hexagone au contact de l’opinion publique.

Les plateaux télévisés conçus à grand renfort de prime-time où chacun des candidats y va de sa rhétorique singulière et de ses couplets, forcément les meilleurs par rapport à ses adversaires. Les reportages qui foisonnent dans les médias de toute obédience, faisant la part belle de manière quasi exclusive aux têtes de pont de cette joute électorale qui se dessine.

Car, au-delà des beaux discours, des programmes le plus séduisants (quand il y en a !) à soumettre à la sagacité de l’électorat, aux petites phrases « assassines » et incisives qui retiennent l’attention des éditorialistes et des faiseurs d’opinion de tout poil, des invectives saugrenues qui parsèment au quotidien les réseaux sociaux, le véritable juge de paix de cette présidentielle 2022, comme d’ailleurs de ses précédentes éditions, se nomme les parrainages.

Ce mode de désignation très sélectif, dirigiste et poussiéreux du président de la République est né en 1962. Il s’apparente à un filtre indispensable, voire à un couperet nécessaire venant limiter les excès velléitaires de gouvernance de tout citoyen lambda qui aurait osé jeter son dévolu sur son installation à l’Elysée !

Un principe qui est devenu depuis la levée de l’anonymat des élus devant apporter leur caution morale aux candidats une véritable censure antidémocratique sous le mandat de François HOLLANDE.

 

 

Le premier choix sélectif de 42 000 élus faiseurs de rois…

 

Aujourd’hui, de sérieux prétendants à la présidence, à l’instar de Jean-Luc MELENCHON (LFI), Marine LE PEN (RN), Eric ZEMMOUR (Reconquête), Arnaud MONTEBOURG (qui se retiretrait au profit de Christiane TAUBIRA) ou Nicolas DUPONT-AIGNAN (DLF), entre autres, ne seraient pas en mesure de pouvoir s’aligner sur la grille de départ de cette compétition capitale pour le devenir de notre nation, faute des cinq cents parrainages obligatoires !

Une privation élémentaire de la représentation politique dans notre pays et de son éclectisme idéologique. Bref, un camouflet supplémentaire à la démocratie et aux libertés.

Certes, à chaque élection présidentielle, le sujet revient à la surface de l’actualité, tel un serpent de mer louvoyant entre deux eaux.

Jusqu’alors, chacune et chacun des candidats à la fonction étatique suprême a pu tirer sans trop d’encombre son épingle du jeu, réussissant toujours à obtenir son précieux accessit le ou la qualifiant à cette course au pouvoir organisée en période printanière.

Jusqu’alors, les 42 000 élus (maires, conseillers départementaux, régionaux, parlementaires) de France et de Navarre qui constituent ce collège très privilégié de faiseurs de rois en adoubant tel ou tel prétendant à ce challenge fondamental de la démocratie ne se posaient guère de question.

Sous le couvert de l’anonymat juste et parfait, ils validaient l’acte de présence du candidat communiste, frontiste, écologiste, d’extrême gauche, de droite et de gauche sans aucun état d’âme ou d’ailleurs.

 

 

La levée de l’anonymat, créatrice de dérives et de pressions…

 

Permettre à ces différentes formations politiques ou aux petits partis qui composent notre paysage hexagonal de pouvoir aligner son poulain sur la ligne de départ de la présidentielle tous les sept ou cinq ans selon le choix de la mandature n’avait donc rien d’illogique en soi. C’était le creuset de la libre opinion.

Or, la levée de l’anonymat sous couvert de la transparence (pourquoi pas ?), une première pour ce scrutin de 2022, change la donne de façon radicale. De façon dangereuse et pernicieuse à plus d’un titre.

Divisant de facto un peu plus les milieux politiques (ceux qui y sont favorables et qui applaudissent des deux mains comme Anne HIDALGO (PS) qui claironne partout que 700 élus lui ont déjà accordés un blanc-seing alors qu’elle ne représente que de 2  à 4 % des intentions de vote au premier tour et que ceux qui ne l’obtiennent pas ne méritent pas d’être candidats alors qu’ils possèdent des intentions de vote nettement supérieures !) et les citoyens, épris de libre-pensée et de démocratie qui ne soit pas au rabais.

Les conséquences de la suppression de l’anonymat sont donc évidentes. Les élus municipaux, celles et ceux qui représentent le socle majoritaire de ces parrainages cruciaux, sont désormais totalement inféodés au pouvoir de celles et ceux qui dirigent les territoires, ces fameuses intercommunalités qui règnent en maître sur la destinée des petites communes dont les prétentions régaliennes ont fondu comme neige au soleil au nom de la rationalisation et du regroupement.

 

 

Et pourquoi pas un référendum où les citoyens choisiraient enfin le mode de désignation ?

 

D’où une dérive logique sous la forme de pressions pour celle et celui de ces édiles qui opterait dans ses choix à autoriser la présence d’une candidate ou d’un candidat ayant une couleur politique bien différente de celle de l’intercommunalité.

Favoriser la présence d’un candidat à la présidentielle ne signifie en rien un soutien politique personnel. Or 30 % de ces élus offrent seulement leur parrainage aux candidats. Les autres s’abstiennent par crainte de représailles (le chantage aux subventions qui s’exerce sur leurs têtes n’est pas un mythe !) ou par jeu politicien pervers, histoire de brouiller les cartes. Et ces élus de proximité sont censés représenter les citoyens que nous sommes ?!

Une pression à laquelle il faut aussi ajouter celles des conseillers municipaux, qui menacent de démissionner de l’organe institutionnel si leur maire donnait quitus à telle ou telle candidature, jugée contradictoire avec leurs propres idées !    

Bref : ce mode de sélection des candidatures à la présidentielle à l’apanage des seuls élus de notre pays semble désormais totalement obsolète et incongru en l’état.

Etre l’élu du peuple par le peuple, conception idéologique chère au Général de GAULLE, et la réalité du mode électoral actuel où le président élu par les Français serait issu d’une sélection très alambiquée, voire douteuse voulue par 42 000 élus qui parleraient au nom de 67 millions de Français est d’un illogisme grave.

Donnons plutôt la parole aux citoyens, avec un référendum à l’appui, pour qu’ils choisissent enfin eux-mêmes le meilleur système de désignation des candidats à la fonction suprême en 2027.

Et que cessent de manière définitive tous ces tripatouillages de bas étage et ces tristes magouilles que les citoyens ne peuvent plus cautionner et qui font grandir le premier parti de France : celui des abstentionnistes.

 

Thierry BRET

 

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