On nous l’a sert à toutes les sauces, cette rengaine devenue virale depuis quelques années ! La pratique de l’alternance afin de compléter le cursus des jeunes pousses en phase d’orientation fait figure aujourd’hui de véritable panacée, de voie royale, de saint des saints à bien des égards dans l’Hexagone en matière de formation. Pensez donc ! Cela permet à l’apprenant, fille ou garçon car dans le cas présent on fait fi du genre, de mettre un pied et demi à l’étrier du monde de l’entreprise tout en poursuivant, à la bonne heure, un cycle pédagogique qui ne peut que bonifier les acquis reçus lors des cours théoriques. Tout cela est ma foi vraie…et semble parfaitement idyllique à la première lecture du concept.
Mais, comme chacun le sait, toute médaille, aussi belle soit-elle, possède son revers. Il peut être de taille dans le cas présent avec la difficulté de pouvoir trouver une entreprise bienveillante qui donnerait ainsi sa chance d’immersion professionnelle au jeune candidat dans le cadre de ses études…
980 000 contrats de professionnalisation au 31 décembre 2022 et pourtant…
Bon nombre de jeunes prétendants à cette intégration liminaire dans la vie active s’éreinte, se stresse et se casse parfois les dents, en quête du sésame suprême – le fameux contrat d’apprentissage ou de professionnalisation – leur permettant enfin de décrocher la lune. Ne serait-ce que pour continuer le rêve d’embrasser telle ou telle carrière professionnelle dans laquelle ils ont des appétences intellectuelles ou manuelles…Car s’il n’y a pas d’entreprise accueillante, il n’y pas de formation en alternance pour l’élève en fin de course : c’est bête mais irréversible…
Pourtant, malgré un retard pharaonique par rapport à bon nombre de nos voisins européens que nous avons encore du mal à combler – l’Allemagne et les pays scandinaves possèdent cinquante ans d’avance sur l’Hexagone en matière d’apprentissage et de formation alternante en entreprises ! -, la France connaît un regain d’intérêt avéré – une sorte de sursaut d’orgueil arrivé sur le tard - pour ce qui semble éminemment légitime dans la construction pédagogique d’un scolaire : sa plongée dans le milieu des entreprises.
En 2021, ce sont plus de 854 000 contrats de professionnalisation ou d’apprentissage qui seront ainsi signés aux quatre coins du territoire. Un boom qui loin d’être un épiphénomène s’est même renforcé l’année suivante, à la grande satisfaction des centres de formation qui accueillent cette population d’apprentis le plus souvent dans l’excellence pédagogique, avec un quasi record de 980 000 alternants au terme de 2022 ! Ces chiffres émanent de l’Observatoire national de l’Alternance qui publie chaque année un panorama exhaustif de la réalité du terrain.

65 % des centres de formation n’aident pas les jeunes à trouver leur entreprise !
Toutefois, ces chiffres masquent un sérieux miroir aux alouettes à l’énoncé de ces résultats au demeurant historiques. Certes, des aides sont proposées par le gouvernement depuis deux saisons aux entreprises qui accueillent des apprentis en leur sein. Elles varient selon l’âge du futur intégré pendant la première année du contrat, selon une fourchette qui oscille entre 5 000 et 8 000 euros. Histoire de booster les possibilités de recrutement des boîtes qui souffrent, depuis la crise de la COVID, tous secteurs confondus de ne trouver personne afin de grossir leurs effectifs alors que les carnets de commandes regorgent de contrats dans pas mal de secteurs comme l’industrie, les services ou le bâtiment.
Mais, au-delà de ce coup de pouce financier destiné à sensibiliser les entrepreneurs, c’est aussi l’arbre qui cache la forêt dans un dispositif où le jeune se retrouve presque isolé pour décrocher son alternance.
Si PARCOURSUP – et là c’est une aberration totale de la part de l’Education nationale ! – ne tient pas compte de l’alternance ou de l’apprentissage parmi les critères de choix à proposer aux futurs étudiants dans leur orientation post-bac, quid de l’accompagnement des centres de formation pour faciliter la relation entre un employeur et le jeune néophyte, sorti tout droit de l’adolescence afin qu’il obtienne son fameux contrat pro !
Il semblerait que la pratique de la débrouillardise sans filet, du système D à outrance en activant les réseaux – en l’occurrence ceux des parents ou de la famille s’ils en possèdent en nombre et bien placés -, voire (on n’ose l’imaginer) de la prière en brûlant un cierge chaque jour dans une église ou autres édifices religieux en croisant les doigts soient les meilleures des méthodes pour que les jeunes, en manque de maturité, de confiance et d’expérience, puissent ainsi pénétrer avec assurance dans l’antre de la vie active.
Un constat qui fait froid dans le dos et qui est confirmé par ailleurs par l’Association nationale des Apprentis de France qui précise dans une étude datant de deux ans que près de 65 % des centres de formation de France et de Navarre n’avaient pas aidé à l’époque leurs alternants dans la recherche d’une entreprise d’accueil !

Et si l’Etat créait un outil spécifique servant de maillon entre les CFA et l’entreprise ?
L’étude révélait qu’hormis quelques dispositifs d’accompagnement çà et là imputable à la recherche du fameux contrat mis en exergue chez, notamment, les Compagnons du Devoir ou de rares initiatives prises par des établissements branchés business et réseau d’entreprises partenaires, rien n’avait été fait en ce sens au niveau national et que le jeune devait bel et bien se « démerder » tout seul comme un grand pour réussir dans ce parcours du combattant ressemblant à une véritable « Arlésienne ».
Avec la bénédiction urbi et orbi de ses parents si tant est qu’ils soient encore disposés à le soutenir dans ses choix !
Drôle de manière pédagogique en vérité pour préparer nos jeunes à assurer du mieux possible la relève dans les entreprises ! L’Etat ne se penche malheureusement pas trop sur la question, au-delà du fait d’inciter les employeurs à jouer le jeu avec la carotte financière en bout de course. Ne devrait-il pas revoir la copie alors que le succès de l’alternance est croissant et assure l’équilibre financier des jeunes en immersion professionnelle ? Pourquoi ne pas créer un véritable organisme national qui viendrait assurer le maillon manquant entre le centre de formation et l’entreprise afin de combler ces manques de contact et rassurer des parents déjà pressurisés par tant d’autres problèmes du quotidien ?
Même les demandeurs d’emploi sont mieux traités et disposent de plus de largesse pour retrouver le chemin du travail, accompagnés comme il se doit par des opérateurs publics à l’instar de Pôle Emploi et d’une multitude de structures institutionnelles et associatives qui officient à cet égard. Mais, pour les futurs apprentis et alternants, à peine sortis de l’enfance, nada ! Il serait grand temps de revoir les règles du jeu de cette alternance dont on nous vante tant les mérites pédagogiques…en veillant à ne pas créer de l’injustice et de la frustration…
Thierry BRET
