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L’adieu à CHIRAC : l’insatiable appétit d’un conquérant…

7 octobre 2018

L’ancien président de la République n’est plus. Amoindri par la maladie, retiré de la scène publique et de la vie politique depuis longtemps, ce pur produit du gaullisme s’est donc éteint dans sa quatre-vingt-sixième année, aux côtés des siens, de façon paisible comme l’a précisée l’annonce faite par son gendre à la presse.

La France perd incontestablement un grand chef d’Etat. Que l’on aime ou pas ce personnage à la truculence verbale affûtée et au timbre de voix reconnaissable parmi tous, Jacques CHIRAC restera dans les livres d’histoire comme la véritable incarnation de celui qui porte haut les valeurs à la française faites de sympathie cocardière ou de l’appétence pour la gastronomie et le bien-vivre. Ce qui ne l’empêchera jamais de prendre des positions parfois décalées et inhabituelles vis-à-vis de ses partenaires politiques.

Humaniste, universaliste dans sa relation à l’autre, cultivé, possédant un sens aiguisé de l’altruisme et de la diplomatie, tacticien, ce Parisien de pure souche aura su faire oublier ses véritables racines de « titi » de la capitale en adoptant durant une quarantaine d’années de vie publique le profil de l’homme champêtre venant de la Corrèze dont il était l’élu de cœur.

Qui ne se souvient pas de ces images audiovisuelles insolites suivant la lente déambulation de l’intéressé dans les travées du Salon de l’agriculture, porte de Versailles à Paris !  

Combien de poignées de main, rêches et vigoureuses, donnera-t-il lors de ses immersions au cœur de la France profonde que lui seul n’a jamais ignoré ? La France agricole, celle qui n’a que très rarement voix au chapitre, entretenait une relation toute particulière avec ce brillant intellectuel issu de l’ENA qui fit ses premiers pas dès 1964 sous les ors de la République.

CHIRAC aimait le peuple. Ce dernier lui rendait bien. Il n’aura jamais été aussi populaire et regretté qu’une fois après avoir quitté ce palais de l’Elysée qu’il occupa durant douze années.

Le meilleur ambassadeur en France de la bière mexicaine « Corona » était un épicurien, épris de l’existence. Un amoureux de la vie qu’il saupoudrait sans cesse de découvertes culturelles multiples à l’instar de sa passion inéluctable pour les arts premiers. Le musée du Quai Branly est son œuvre comme la Pyramide du Louvre est celle de François MITTERRAND.

 

Un visionnaire moderniste soucieux de l’humanité…

 

Hâbleur, affable, sensible, jovial, gaulois parfois dans ses attitudes et expressions oratoires que Michel AUDIARD n’aurait pas boudé de ses écrits, Jacques CHIRAC a traversé ce parcours terrestre qui a été le sien, aux côtés de son épouse Bernadette, à la façon d’un train à grand vitesse.

Toujours pressé, mais en prenant parfois le temps de poser ses jalons à la rencontre de ses concitoyens. Une œuvre personnelle forgée pas à pas au contact des autres.

Visionnaire, moderniste, lorsqu’il évoqua la fracture sociale, il fut aussi l’un des premiers chefs d’un état à la puissance mondiale à tirer la sonnette d’alarme sur le préoccupant sujet de l’environnement.

Inscrite au Panthéon des citations immortelles - « la maison brûle… » - sa phrase est d’actualité. Elle n’a jamais été aussi probante que maintenant à l’heure où les catastrophes imputables au dérèglement climatique s’enchaînent aux quatre coins du globe.

Son refus de livrer bataille dans le désert de l’Irak aux côtés d’une coalition internationale soumise au diktat américain lui a permis de prendre ses marques dans le concert international. Tel que l’aurait fait quelques années plutôt le général de GAULLE qui ne voulait rien savoir de l’OTAN…

Ses amitiés avec les dirigeants africains et ceux du Moyen-Orient, y compris en Palestine, feront de lui un messie des causes perdues lorsque ses pérégrinations politiques le conduiront à endosser la vêture élyséenne et à défendre ses convictions à New-York par ministres des affaires étrangères interposés.

On se remémorera la bravoure de son lieutenant d’alors, Dominique de VILLEPIN, au Conseil de sécurité des Nations Unies pour s’opposer au déclenchement de la seconde guerre du Golfe et aux ardeurs belliqueuses de Georges BUSH.

Jacques CHIRAC demeurera aussi celui qui n’a pas hésité à revisiter l’histoire en faisant acte de repentance pour les atrocités commises par la France envers les déportés et les Juifs, victimes de la barbarie nazie.  

Caméléon de la vie publique, kaléidoscope dans l’art et la manière de pratiquer l’entregent et les intrigues au cœur des cénacles politiques, Jacques CHIRAC aura connu aussi sa période sombre, et sans gloire. Son revers de la médaille. Sa part ténébreuse, comme beaucoup.

Ses faits d’arme peuvent se résumer ainsi : dissolution de l’Assemblée nationale qui ouvrira les portes à une improbable cohabitation avec l’austère Lionel JOSPIN, suspicions d’emplois fictifs à la mairie de Paris et de prises d’intérêt dans des affaires immobilières (son fief mais aussi son bas de laine), relations virevoltantes avec la gent féminine, échec du référendum à l’adhésion européenne, échec par deux fois aux Présidentielles.

Ce 30 septembre, l’Hexagone rendra un ultime hommage à l’un de ses plus fidèles serviteurs qui aura consacré plus de quatre décades de sa vie à redorer le blason de notre beau pays. Le souvenir de Jacques CHIRAC que personnellement j’ai eu l’opportunité de rencontrer à plusieurs reprises, planera encore longtemps sur ce cher pays auquel il a tant donné…Tel un insatiable conquérant du pouvoir suprême.

Thierry BRET

   

 

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