Trahir les alliés d’hier pour en faire peut-être les ennemis de demain. C’est ce sentiment empli d’amertume qui prédomine aujourd’hui à l’analyse de ce que vivent ces milliers de Kurdes, lâchement abandonnés par l’Occident. Livrée depuis à leur triste sort, leur population est coincée entre le marteau turc et l’enclume syrienne.
Pourquoi les libérateurs de cette zone septentrionale de la Syrie, investie il y a peu par l’Etat islamique qui y avait établi son califat supposé irréversible, en sont arrivés à vivre cette impensable situation aujourd’hui.
Etre chasser de leurs propres terres et devenir de potentielles proies de celles et ceux qu’ils avaient battus hier ?
Pourquoi ces ardents défenseurs de la liberté, remparts féroces contre l’obscurantisme et l’abêtissement d’un autre âge, qui protégeaient les rives de l’Europe de toute promiscuité dangereuse, n’ont pas reçu ni les aides nécessaires ni les secours méritoires pour contrer les offensives castratrices de Turcs envahisseurs ?
Il aura fallu une double circonstance pour déclencher l’irréparable. Ce qui pourrait peut-être engendrer un nouveau génocide dans la région après celui de l’Arménie en 1905 : le retrait d’un millier de militaires américains qui garantissait pourtant une fragile paix des braves sur ce secteur chaud bouillant de la planète et surtout la volonté belliqueuse de la Turquie de régler une bonne fois pour le problème occasionné par les Kurdes. Caillou dans la chaussure qui ne remonte pas à hier, évidemment…
Alors que la situation semblait se stabiliser depuis plusieurs mois, après l’éradication des ultimes poches de résistance de DAECH en Irak et en Syrie, alors que les Kurdes gardaient d’une poigne de fer les camps de prisonniers où s’entassaient plus de dix mille combattants islamistes radicaux, la Turquie par l’entremise de son turbulent président ERDOGAN a donc remis les pendules à l’heure.
Malheureusement, pas dans le sens correct où tournent les aiguilles d’une montre. Nous renvoyant, quelques mois en arrière, vers les affres de la guerre. Sale et atroce. Avec son lot de réfugiés fuyant coûte que coûte les zones de batailles sanglantes. Avec ses crimes et meurtres gratuits, touchant aussi bien les femmes que les enfants, avec sa barbarie séculaire qui nous rappelle que l’homme est l’ennemi de l’homme et demeure son seul et unique prédateur…
Des alliances versatiles dans cet imbroglio ingérable de la planète…
Cela fait plus d’une semaine que nous autres, gens dit civilisés, tergiversons sur les attitudes à prendre face à l’inextricable ; tandis que les blindés syriens et turcs se font face désormais dans la poussière tourbillonnante de cette zone aride.
Cela fait bientôt dix jours que la bien-pensance de l’intelligentsia européenne s’interroge sur la conduite à tenir pour tenter d’imposer un cessez-le-feu. En vain. Personne ne semble être d’accord dans les cénacles de cette vie politique dépassée par les évènements.
Pendant ce temps-là, nos alliés originels avec lesquels nous autres, Occidentaux, avons combattus contre les forces du mal incarnées par l’Etat islamique, meurent à petit feu, pris dans la tenaille inéluctable des troupes turques, tenaces et puissamment armées par les pays de l’Europe libre !
Pour tenter de s’en sortir, et sauver ce qui peut l’être encore, les Kurdes ont même été dans l’obligation de pactiser avec le « diable ». Celui-ci, ironie du sort, se nomme Bachar El -ASSAD, le sanguinaire président d’un pays en état de délabrement et d’hérésie permanent depuis bientôt dix ans.
Un pacte qui ressemble à celui de Faust : de la poudre aux yeux pour les observateurs. Les Kurdes étant de farouches adversaires du prince d’Alep, sa terre de prédilection. Du moins, le sont-ils devenus ; ce qui n’était pas forcément le cas autrefois.
Cela résume la complexité inexpugnable de cet imbroglio politique que représente le Moyen-Orient depuis ses lointaines origines.
Un vaste kaléidoscope de traîtrises, de chausse-trappes et de pièges entrecroisés d’alliances versatiles selon d’où le vent souffle où il est très aventureux de mettre en exergue une stratégie pérenne et solide.
C’est évidemment ce qu’ont vécu, de par leurs expériences sur le terrain, les Américains comme les Européens (majoritairement les Français puisque nous y sommes encore avec une poignée de forces spéciales).
Tout part en quenouille…
La conséquence de ce nouveau chaos qui se profile à l’horizon est multiple. Primo, un nouveau cycle de conflits débute sur cet endroit déjà passablement chahuté du globe. En soi, cela n’est jamais bon.
Secundo : les Kurdes, nos alliés – on ne le dira jamais assez – en sont quitte pour être livrés en pâture à leurs ennemis héréditaires (les Turcs et indirectement aux Iraniens) qui ne manqueront pas de les réduire à néant.
Tertio, le repli sur soi des Américains montre à quel point que ce qui représentait autrefois les valeurs morales de ce grand pays libérateur de toutes les causes (le gendarme du monde) part à vau-l’eau.
Il ne faut plus compter sur l’Oncle Sam pour nous tirer de la panade et assurer une anticipation prévenante de potentiels risques à venir.
Point quatre : l’Europe, comme à l’accoutumée, est aux abonnés absents de la scène internationale et ne pèse pas lourd dans le concert de ces grandes puissances aptes à agir promptement pour sauver les intérêts pacifiques de la planète.
Cinquièmement, l’humain est plus que jamais en-dessous de tout. Quelle miséricorde ! Et Dieu qui nous a créés à son image n’y peut malheureusement plus grand-chose pour tenter de revoir la copie.
Pauvre de nous…
Thierry BRET