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JEAN SALOMON, PRÉFET DE L’YONNE : « L’ÉTAT EST LÀ POUR AIDER À TROUVER DES SOLUTIONS »

JEAN SALOMON, PRÉFET DE L’YONNE : « L’ÉTAT EST LÀ POUR AIDER À TROUVER DES SOLUTIONS »

Emma Miredin2 octobre 2026

Un mois à peine après son arrivée dans l’Yonne, Jean Salomon commence à prendre la mesure de son nouveau territoire. Ancien officier de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, passé par plusieurs préfectures et par l’Élysée avant de devenir préfet des Hautes-Pyrénées, le représentant de l’État affiche déjà sa méthode : proximité, dialogue, pragmatisme, mais aussi respect de la règle. Agriculture, sécurité routière, addictions, cybersécurité, handicap, LiSA, pompiers ou encore viticulture : pendant plus d’une heure, il s’est livré sans détour devant la presse icaunaise.

© Emma MIREDIN

Il prévient presque d’entrée : il préfère le dialogue « franc et direct ». À peine arrivé dans l’Yonne, Jean Salomon ne prétend pas encore connaître toutes les subtilités du département. Il revendique même le contraire : le découvrir « avec des yeux tout neufs », poser des questions et comprendre ses forces comme ses fragilités.

Cette curiosité s’appuie sur trente années d’expérience professionnelle. Quinze ans comme officier à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, notamment dans le nord de la capitale et en Seine-Saint-Denis, puis le corps préfectoral à partir de 2011. Bellac et Rochechouart, Sartène en Corse, Mont-de-Marsan, l’Élysée où il pilotera notamment les fonctions support et une réforme de l’organisation de la Présidence de la République, puis quatre années comme préfet des Hautes-Pyrénées. Depuis le 24 août, Jean Salomon a posé ses valises dans l’Yonne.

Et il entend parcourir le territoire.

« Le préfet doit être le meilleur VRP de son département »
Son premier regard sur l’Yonne est celui d’un homme qui dit avoir été frappé par la qualité de l’accueil.« Les gens sont bienveillants », constate-t-il, évoquant un territoire où les associations sont actives et où existe, selon lui, une véritable volonté d’avancer.
Il sourit aussi de cette fierté communale rencontrée au fil de ses déplacements : chaque maire est convaincu d’administrer « la plus belle commune de l’Yonne ». Avec 423 communes, le préfet voit plutôt dans cet attachement une force.

Car Jean Salomon assume une conception très territoriale de sa fonction : « Chaque préfet se doit d’être sans doute le meilleur VRP de son département. »
La proximité avec Paris fait partie des caractéristiques qu’il souhaite analyser. Atout économique et géographique d’un côté, elle peut aussi être perçue comme une faiblesse. Son objectif : comprendre comment transformer cette proximité en avantage tout en préservant les spécificités icaunaises.

Un État qui accompagne, mais qui sait aussi dire non

Derrière le discours de proximité, Jean Salomon fixe cependant une limite très claire.
« L’État est là pour aider, pour trouver des solutions dans le respect des lois et règlements de la République. »
Pas question pour autant de promettre ce qui ne peut pas être réalisé. « Le préfet n’est pas toujours là pour dire ce que les gens veulent entendre. » Il préfère annoncer qu’un projet est impossible ou compliqué plutôt que laisser croire qu’il pourra aboutir.
Cette recherche de cohérence revient comme un fil rouge de l’entretien. Celui qui se décrit volontiers comme « carré » et méthodique estime que l’État doit d’abord être exemplaire s’il veut demander aux citoyens de respecter les règles.
Une conception directement héritée, sans doute en partie, de ses années de pompier.

Sécurité routière : prévenir, puis sanctionner

Sur la route, le préfet ne laisse guère de place à l’ambiguïté. Téléphone au volant, stupéfiants, alcool, stops, vitesse, sièges pour enfants ou usage des clignotants : il veut multiplier les rappels pédagogiques avant, lorsque cela est nécessaire, de passer à la sanction.
Son expérience de pompier donne à ses propos une tonalité particulière. Derrière chaque infraction, il voit surtout les conséquences parfois irréversibles d’un accident.

Un téléphone consulté quelques secondes, un cycliste percuté, un enfant blessé : « Vous avez beau demander pardon, vous avez beau regretter toutes les larmes de votre corps », certaines conséquences ne s’effacent jamais.

Sa méthode sera donc celle de la répétition : expliquer les règles, prévenir, sensibiliser puis contrôler.

Stupéfiants : « Il ne faut rien banaliser »
Même fermeté concernant les drogues et le protoxyde d’azote.

Pour Jean Salomon, la prévention commence bien avant la répression : elle passe par l’éducation et par les mots employés dans la société. Il s’inquiète notamment de la banalisation de certaines consommations dans les discours, sur les réseaux sociaux ou jusque dans l’humour.
Le préfet annonce vouloir poursuivre les actions de prévention, notamment à proximité des établissements de nuit, tout en travaillant avec leurs responsables.

L’objectif, résume-t-il, n’est pas d’empêcher les jeunes de faire la fête : « On veut juste les protéger contre eux-mêmes pour que ça reste une fête. »
Cette vigilance s’étend à d’autres phénomènes qui touchent les jeunes. Le préfet évoque notamment la prostitution des mineurs, désormais moins visible dans l’espace public mais facilitée par les réseaux sociaux. Un sujet qu’il souhaite travailler avec la déléguée départementale aux droits des femmes.

Parents dépassés : « Il faut accepter de demander de l’aide »

Réseaux sociaux, jeux vidéo, isolement, harcèlement : la question de la parentalité s’est également invitée dans l’échange.
Jean Salomon insiste sur la nécessité de développer différentes portes d’entrée pour les familles en difficulté. Mais encore faut-il accepter de les franchir.
Pour lui, reconnaître que l’on est dépassé ne doit pas être vécu comme un échec parental. École, associations, professionnels et entourage familial ont chacun un rôle à jouer, à condition que le signalement d’une difficulté ne soit pas immédiatement perçu comme une intrusion.

Il accorde à ce titre une importance particulière aux enseignants, qui peuvent détecter des changements de comportement dépassant largement le seul cadre des résultats scolaires.

Cyberattaques : « Ni naïveté, ni paranoïa »
Autre priorité : la cybersécurité.

L’attaque récemment subie par la ville de Joigny rappelle que l’Yonne n’est pas à l’écart des menaces numériques. Entreprises, collectivités et administrations peuvent être visées.

La doctrine de Jean Salomon tient en quatre mots : « Ni naïveté, ni paranoïa. »
Il veut poursuivre les opérations de sensibilisation auprès des collectivités et des entreprises. Mots de passe, pièces jointes, clés USB, droits d’accès aux données, messageries professionnelles : les premières failles sont souvent humaines.

Le développement de l’intelligence artificielle renforce également, selon lui, la nécessité de développer l’esprit critique face aux images et informations circulant sur les réseaux sociaux.
Une réflexion qui lui permet de glisser un hommage au rôle de la presse et à la pluralité des sources : lire plusieurs journaux et confronter les lignes éditoriales reste, à ses yeux, une manière de ne pas prendre chaque information « pour argent comptant ».

Agriculture : instaurer un rendez-vous régulier

Dans un département agricole comme l’Yonne, le sujet occupe naturellement une place importante.
Jean Salomon a rapidement rencontré les représentants de la profession et souhaite désormais les réunir environ toutes les six semaines avec les services de l’État et les vétérinaires.
Pas nécessairement avec un ordre du jour figé. L’objectif est d’installer une relation régulière pour ne pas attendre la prochaine crise avant de se parler.
Le préfet veut notamment suivre l’utilisation du fonds de réarmement et l’enveloppe de 1,7 million d’euros attribuée au département, avec une attention particulière portée aux agriculteurs installés depuis moins de cinq ans.

Sa philosophie tient là encore dans la confiance : elle peut se décider, dit-il en substance, mais elle doit surtout se construire dans la durée et dans les actes.

Fermages viticoles : intégrer l’aléa climatique

La viticulture constitue déjà l’un des dossiers sur lesquels le nouveau préfet veut approfondir le travail.
Il doit se rendre mi-octobre dans une exploitation pour examiner plus précisément la question de l’indice départemental des fermages viticoles.

Le constat est posé : les mécanismes actuels ne prennent pas suffisamment en compte l’aléa climatique. Une baisse importante de production peut provoquer une hausse du prix à l’hectolitre et produire un résultat qui ne reflète pas nécessairement la situation économique réelle du fermier.
Jean Salomon souhaite donc travailler avec la profession et, potentiellement, avec la Côte-d’Or et la Saône-et-Loire, avant d’interroger le niveau national.

L’enjeu est de trouver un équilibre entre les exploitants et les propriétaires, parmi lesquels figurent aussi des retraités agricoles pour qui les fermages constituent un complément de revenus.

LiSA : « Elle se fera »

Sur le grand contournement d’Auxerre, le message est cette fois catégorique.

« La LiSA se fera. »

La partie portée par l’État est plus complexe sur le plan du génie civil, reconnaît Jean Salomon, mais les marchés sont attribués. Bouygues a remporté le marché et le chantier doit désormais entrer dans sa phase opérationnelle.
Le préfet reconnaît un décalage avec la partie conduite par les collectivités, mais assure que l’État sera au rendez-vous du calendrier désormais établi.
Après plus d’un quart de siècle de discussions autour du projet, il veut surtout regarder devant : « Personne ne comprendrait qu’on ait une route qui arrive nulle part. »

Pompiers : préserver un modèle qui repose aussi sur le volontariat

Ancien officier de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, Jean Salomon ne pouvait éluder la question du financement des SDIS.

Il défend le modèle français de sécurité civile et son équilibre entre professionnels et volontaires. Un modèle qui coûte, certes, mais dont la valeur apparaît pleinement le jour où survient l’accident ou l’incendie.

À ses yeux, le financement ne peut cependant constituer l’unique réponse. La sécurité civile est aussi une responsabilité collective.
Il souhaite notamment voir progresser massivement la formation de la population aux gestes qui sauvent. Lors d’un arrêt cardiaque, rappelle-t-il, chaque minute est déterminante.
Et à ceux qui disposent des capacités nécessaires, il lance une invitation très simple : devenir sapeur-pompier volontaire.

Accessibilité : un sujet personnellement porté

Parmi la multitude de dossiers abordés pendant cet entretien, l’un semble lui tenir particulièrement à cœur : le handicap et l’accessibilité.

Jean Salomon veut que les habitants puissent rester le plus longtemps possible chez eux et que logements, bâtiments et services soient pensés pour accompagner les différents âges et situations de la vie.
Il refuse surtout la logique consistant à chercher les raisons pour lesquelles un bâtiment ne pourrait pas devenir accessible plutôt que les solutions permettant de le rendre accessible.
Le symbole existe jusque dans les murs de la préfecture : les prochains rendez-vous pourront davantage se tenir dans la salle des pas perdus que dans les salons historiques. La première est accessible aux personnes à mobilité réduite, les seconds ne le sont pas.

Un détail qui résume assez bien la méthode que Jean Salomon veut imprimer à son passage dans l’Yonne : partir du réel, appliquer la règle, chercher des solutions et expliquer les décisions.

Un préfet qui se définit lui-même comme méthodique et « carré », mais qui place le dialogue au centre de son action.

Après un mois dans l’Yonne, Jean Salomon est encore dans le temps de la découverte. Mais sa méthode, elle, semble déjà bien installée.

Emma Miredin

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