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Humeur : la faute en incombe aux émeutiers, Nahel est mort deux fois...

1 juillet 2023

Qu’aurait dit RIMBAUD d’un gamin de 17 ans, ivre de jeunesse, petit flambeur de banlieue, « ange apprécié de tout le monde » pour les uns, « individu défavorablement connu des services de police » pour les autres, « racaille » pour les plus extrêmes… Suffisamment barjot pour penser échapper aux « keufs » en circulant à tombeau ouvert sur une voie de bus à bord d’une Mercedes de couleur jaune ! On a connu mieux pour passer inaperçu… Un gamin de 17 ans est mort et tous ces imbéciles qui pensent le ressusciter en mettant le feu à des écoles, des bus ou des mairies, ne savent pas que par leur faute, Nahel est mort deux fois !

 

BILLET : Les vidéos de surveillance et les images captées par les téléphones portables permettront-elles un jour de faire la lumière sur ce qui s’est passé ce mardi matin, dans une rue de Nanterre… « On est laid à Nanterre, c’est la faute à Voltaire… ». Je doute que Nahel dans sa courte vie, n’ait croisé un jour Victor HUGO et la chanson de Gavroche… Qui était-il ? Petite frappe de banlieue peut-être, mais aussi fils unique d’une mère à qui l’on reproche déjà de ne pas avoir « su » l’élever dans le droit chemin. On fouillera son passé, sa vie d’adolescent, pour essayer selon le sens que l’on veut donner à la réponse, de lui trouver des excuses ou justifier les raisons qui ont conduit à l’abattre comme un chien à un carrefour, la mort en plein cœur…

 

De « l’histoire de Nanterre » à un acte « inexcusable »…

 

Sommes-nous condamnés à voir ce type de drame se perpétuer ad vitam aeternam ? Comment accepter cette inflation létale semblant toucher la police nationale depuis une dizaine d’années… ? Elles sont 39 personnes à avoir perdu la vie l’an dernier par suite d’une intervention des forces de l’ordre, deux fois plus que dans les seules années 2010. Et comment ne pas comparer avec ces statistiques venues d’Outre-Rhin, où l’on enregistre un seul tir mortel en dix ans, pour refus d’obtempérer ?

Comme à chaque fois, les syndicats sont montés au créneau pour une défense inconditionnelle de leur « collègue », sans aucune autocritique de l’institution et avec pour seule théorie celle de la légitime défense, jugeant inconcevable que le Président de la République puisse qualifier le tir ayant tué le jeune Nahel, d’« inexplicable » et « inexcusable ». Avec en écho, comme toujours, les sempiternels discours politiques, surfant selon la couleur, sur l’indignation ou la colère pour mieux cajoler leur électorat respectif. Des discours à géométrie variable parfois, à en juger par les propos tenus hier jeudi par Gérald DARMANIN à Mons-en-Barœul qui, après avoir à l’Assemblée Nationale la veille, qualifié ce tragique évènement de « drame », évoquant des gestes « pas conformes aux instructions et à la loi de la République » n’évoquait plus les faits que sous le terme « l’histoire de Nanterre », jugeant les émeutes de la nuit, « dégeulasses » ! Il faut savoir parler « popu » quand on est ministre, qui plus est quand on est le premier d’entre eux !

 

 

Des violences qui touchent les plus modestes…

 

Pour autant, comment accepter que des bandes de casseurs foutent le feu à des écoles, des mairies ; pillent des magasins, incendient des véhicules, comme autant de défis à l’égard des institutions ? Des violences touchant souvent les plus modestes, comme si le fait de brûler la voiture de son voisin pouvait servir d’exutoire à la douleur !

Comment tolérer que ces vandales, par leurs actes, fassent passer au second plan l’objet même du drame, à savoir la mort d’un gamin, beaucoup n’y voyant d’ailleurs qu’un alibi confortable pour commettre leurs méfaits et leurs pillages ! Comme si ce jeune adolescent mourait une deuxième fois…

A la veille d’une troisième nuit d’émeutes, les petits caïds des cités peuvent « kiffer grave » compte tenu des mesures annoncées : blindés dans les rues, bus et trams à l’arrêt, concerts annulés, couvre-feux dans certaines villes… Espérant sans doute pour mieux assoir leur autorité auprès des plus jeunes, le retour de ce régime d’exception qu’est l’état d’urgence !

 

On referme le couvercle jusqu’à la prochaine explosion…

 

Quelle leçon avons-nous tiré des trois semaines d’émeutes qui avaient secoué les banlieues françaises à l'automne 2005, suite à la mort de deux mômes à Clichy-sous-Bois ? Comme toujours, une fois le calme revenu, l’on referme le couvercle, en jurant la main sur le cœur que pareille chose ne se reproduira jamais…

Mais pourquoi les syndicats ne dénoncent-ils pas la façon dont on forme les policiers ? Pourquoi la police de sécurité prime-t-elle depuis une vingtaine d’années sur la police de proximité ? Pourquoi de jeunes policiers, à peine enfilé leur premier uniforme, sont jetés dans la fosse aux lions des banlieues sans préparation ni formation aucune, sinon celle de « faire du chiffre » ? Pourquoi ne pas alerter sur le manque de séances annuelles d’entraînements au tir, pourtant obligatoires ? Un métier confronté au quotidien à la violence et à la misère sociale, sans reconnaissance réelle de leur fonction. Est-ce une raison pour ne pas en extirper les éléments indésirables qui font le déshonneur de toute une profession ?

« Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à… »…

 

Dominique BERNERD

 

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