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Grand Débat : une thérapie dont la France a besoin…

7 octobre 2018

Une démocratie possède un sens vertueux du moment que puissent se tisser au gré du temps les fils ténus de la concertation entre toutes ses composantes. De prime abord, le peuple et ceux qui les gouvernent. En second lieu, en requérant le concours d’interlocuteurs connexes à la bonne fonctionnalité de notre société. Quels que soient par ailleurs le degré et les strates hiérarchiques aliénés à ce pouvoir. Ainsi, l’idée de générer un grand débat national est en soi prometteuse. A plus d’un titre, sur le papier. Non seulement, l’exercice n’est pas commun dans notre mode opératoire actuel. Mais, en outre, ce principe participatif devrait offrir l’opportunité aux 67,12 millions de citoyens Français ou presque, si on y occulte volontairement les nouveaux nés et les mineurs, de pouvoir s’exprimer librement sur leurs desiderata.

Lorsqu’il s’adresse à la Nation, le président de la République destine ses messages à toutes les couches catégorielles de la population française. C’est-à-dire, vous et moi, qui sommes très attentifs à l’évolution de notre société qui vit une profonde métamorphose en accéléré depuis plusieurs semaines. Dès le 15 janvier, et malgré les incertitudes qui subsistent quant à sa mise en pratique concrète, le Grand Débat national deviendra l’outil idoine pour véhiculer ses doléances et autres suggestions bienveillantes.

Plusieurs élus, toutes obédiences politiques confondues, ont déjà souscrit à ce projet novateur. Depuis quelques jours, ils ont offert la possibilité à leurs administrés de pouvoir écrire ce qu’ils avaient réellement sur le cœur dans des registres consultables en mairie. Tout et son contraire y sont consignés de manière quasi religieuse en démontrant, après les premières analyses de ces documents, que les appétences des Français au changement sont innombrables.

Bien sûr, il est nécessaire de donner une feuille de route cadrée à ce concept de consultation populaire. Loin du référendum habituel (un mode d’expression qui au final n’aura pas été très usité sous la Vème République), le Grand Débat national doit favoriser la précieuse collecte de renseignements en provenance du terrain. Ceux-ci devant suivre ensuite le parcours obligatoire d’une transcription analytique.

Mais, les esprits chagrins estiment déjà que les dés sont pipeautés après l’annonce des quatre items, retenus par le gouvernement. Pourtant, ils abordent des questions cruciales pour notre avenir. Ce sont la transition écologique (c’est tout de même la thématique de référence qui aura donné naissance au mouvement des « Gilets jaunes » à la mi-novembre), la fiscalité, la démocratie et la citoyenneté. Viennent se greffer, par-dessus ce premier jet, un corollaire supplétif logique : l’organisation de l’Etat et des services publics.

Bref, de quoi donner suffisamment du grain à moudre à celles et à ceux qui se prêteront au jeu de transcrire sur le papier leurs visions personnelles en la matière.

Ou, tout simplement, de les commenter lors de réunions publiques qui s’égrèneront jusqu’aux derniers jours de mars. Tel que ce schéma consultatif, indispensable au retour d’une meilleure harmonie et à une normalisation fonctionnelle dans le pays, a été vendu.

Toutefois, avant même sa mise en application, le concept a connu quelques couacs notoires à l’embrayage.

Ce qui a été très bien ficelé par les édiles de plusieurs communes de France, le remplissage de cahiers de doléances où des milliers de commentaires ont déjà noirci le papier (à titre d’exemple l’initiative prise par le maire LR de Poissy Karl OLIVE), semble beaucoup plus complexe à mener de façon globale. N’aurait-il pas fallu dématérialiser la démarche en se souciant de la quête de ces éléments informatifs uniquement par le biais de l’outil numérique ? Un gain de temps assuré, d’une facilité déconcertante au même titre que la circulation sur la toile d’une pétition ordinaire. Il suffisait d’ouvrir un site dédié à cette récolte d’information, une chose simple à orchestrer comme bonjour.

Mais, la pseudo-crise et les polémiques engendrées par la publication du salaire brut de Chantal JOUANNO, présidente de la Commission nationale du Grand Débat, auront porté un sale coup au concept encore à l’état embryonnaire. Le chiffre, 14 666 euros, aurait pu rester anecdotique. Il est à l’égal, voire bien en deçà de ce que touchent bon nombre de hauts fonctionnaires en France et en Europe.

Cependant, il aura servi de catalyseur pour provoquer l’ire de nombreux manifestants et de la classe politique, y compris parmi les rangs de la majorité, qui se sont offusqués d’une telle incongruité. Il est vrai que face aux revendications des « Gilets jaunes » (la hausse du salaire et l’amélioration du pouvoir d’achat, sans omettre le retour de l’ISF, qui, néanmoins, n’a pas disparu de la circulation fiscale, étant assujettie différemment), la coupe est devenue pleine !

Le rétropédalage de la mission mais pas de la fonction de l’ancienne championne de France de karaté, reconvertie depuis dans la vie politique et institutionnelle, n’y changera rien. Le coup étant porté, le gouvernement a dû l’encaisser, sans avoir su l’anticiper pour mieux le maîtriser.

Nonobstant, dès le 14 janvier, Emmanuel MACRON reprendra la main sur cette partie de poker complexe dans lequel il est engagé. Sa « Lettre aux Français » sera publiée via les réseaux sociaux et à travers les médias. Faisant ainsi fi de toutes les questions que l’on peut encore se poser sur la méthodologie et les attendus de cette initiative générale.  

Dès le lendemain, les Français qui souhaitent participer à ce sondage d’opinion grandeur nature pourront le faire sciemment. En toute liberté et en étant accueilli dans une salle communale, une salle des fêtes ou ailleurs, aux quatre coins de l’Hexagone.

Pour l’heure, il suffira de transmettre ses idées aux personnes responsables et habilitées à les recueillir. Toutefois, Il sera ensuite temps, après coup, de se poser d’autres interrogations relatives à leur restitution auprès de la gouvernance. Et surtout, savoir à quelles fins utiles, elles seront employées. Ce sera alors l’acte II de cette séance de thérapie collective dont la France a grand besoin aujourd’hui…

Thierry BRET

  

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