Drôle de physionomie que celle de l’Hexagone en cette période printanière ! A la lecture des cartographies détaillées par le ministre de la Santé et des Solidarités, Olivier VERAN, jeudi soir, on en perdrait presque son latin. Du moins pour celles et ceux qui le pratiquent encore, et sans jeu de mots eu égard à l’origine de cette langue morte, ils ne sont pas légion ! Quelques jours auparavant, en effet, le Premier ministre Edouard PHILIPPE avait annoncé la couleur.
Celle qui préfigurerait l’état des lieux dévoilé sous la forme d’une carte topographique de notre pays, en proie depuis plusieurs semaines déjà à la propagation galopante du coronavirus. Une infection virale dont on se serait bien passée allègrement. Que nous avait dit alors à cet instant « t » le chef du gouvernement dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale ?
Que deux codes colorisés, le rouge correspondant à un strict interdit et le vert pour une espérance de liberté retrouvée, indiqueraient la tendance, nous permettant de sortir progressivement du confinement dans lequel nous nous trouvons désormais depuis huit semaines.
Simple, clair, pragmatique et compréhensible par tous, au demeurant, hormis quelques personnes atteintes de daltonisme qui éprouveraient sans doute des difficultés à discerner une couleur de l’autre. Or, lors de son explication de texte, vendue en boucle par les médias télévisuels depuis près de vingt-quatre heures, Olivier VERAN nous a projetés non pas une carte explicative répertoriant l’ensemble des départements français selon le mode bicolore préalablement choisi, mais bel et bien deux schémas cartographiés distincts qui comprenaient…trois coloris !
La mince affaire ! Voilà que l’orange ou le jaune orangé selon le réglage chromatique de votre téléviseur faisait son apparition au nez et à la barbe des commentateurs en plateau, exégètes de l’analyse socio-politique in extenso, sans que quiconque soit réellement averti !
Si les explications fournies par le ministre de la Santé ne manquaient pas d’intérêt dans son approche thématique, bien que quelque peu engluées dans une longue litanie de données arithmétiques, chacun des observateurs sur les plateaux de télévision rongeait leur frein et attendait patiemment que ne soit projetée sur les écrans « LA » fameuse carte de synthèse définitive.
Celle qui aurait répondu tout de go à la véracité de la situation : sommes-nous enfin en zone verte ou bien restons-nous en zone rouge ?
S’armer de patience jusqu’au 07 mai au soir…
In fine, cette fameuse carte tant attendue n’est jamais apparue sur les écrans de l’audiovisuel. Olivier VERAN est donc resté campé sur sa présentation tricolore initiale qui de toute manière n’était dévoilée qu’à titre d’exemple. On le sait depuis : il faudra maintenant s’armer de patience jusqu’au 07 mai pour voir le ministre qui a succédé à Agnès BUZYN, réitérer l’exercice aux côtés de l’excellent Jérôme SALOMON (directeur de la santé), fin pédagogue à la maîtrise aigüe de son sujet.
Alors quels enseignements tirés de cette conférence de presse suivie par des millions de nos compatriotes ? Si la propagation du COVID 19 reste prédominante dans les régions du quart Nord-Est de la France (ce qui n’est pas en soi une réelle surprise), elle ne semble guère affectée pour l’heure, et c’est tant mieux, les régions de la côte Ouest et du Sud de la France à quelques exceptions près (Corse du Nord ou très curieusement le territoire du Lot). Mais, son degré de persistance dans les zones les plus touchées de l’Hexagone, et ce dès le début de l’épidémie, suffit à nourrir encore des inquiétudes.
Même si les deux orateurs ont voulu se montrer un peu plus optimistes qu’à la normale, s’appuyant sur des chiffres, il est vrai, encourageant.
A quand le bleu du ciel azuréen et de la mer pour nous redonner le moral ?
Bref : au vu de ces résultats, on est à la fois dans la certitude (le quart Nord-Est de la France aura été frappé de plein fouet par la pandémie dès le début de la crise et en subit encore les affres) et la circonspection, puisque bien malin qui peut prédire aujourd’hui la suite en matière de sortie de crise à moyenne échéance.
Le 07 mai, y verra-t-on un peu plus clair dans cette amorce progressive de ce retour à la normale d’un pays toujours en phase à une pseudo-léthargie ? On ne peut que le souhaiter. Après, il suffira de faire le tri entre ce qui sera possible de réaliser ou pas, si l’on est dans un secteur rouge ou si l’on vit en zone verte.
Puisque de toute façon, la couleur orange (celle de ces départements qui peuvent encore basculer d’un côté comme de l’autre) n’apparaîtra plus. Dommage, pour conclure, que la couleur bleu de nos vacances (celle de la mer et du ciel azuréen) n’ait intégré ces codes de lecture si importants pour le moral de nos concitoyens.
Lors d’une prochaine occasion, peut-être, Monsieur le ministre ?
Thierry BRET