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France/Allemagne : l’union sacrée d’un couple fusionnel…

7 octobre 2018

En matière de « fake news », la dernière en date ne manque ni de croustillant ni d’effet de surprise. De l’avis de quelques internautes bien intentionnés, voire politisés-on trouve vraiment de tout sur la toile comme à la Samaritaine-, le traité d’Aix-la-Chapelle, paraphé ces jours-ci entre l’Allemagne et la France lors de leur sommet bilatéral, ne serait qu’un fallacieux prétexte pour nous faire avaler la pilule. Et celle-ci est de taille, voire plutôt indigeste à la lecture des commentaires, fournis en guise de mode d’emploi sur la toile.

Il s’agit ni plus ni moins que de céder l’Alsace et la Lorraine, un vieux mythe antédiluvien, à notre partenaire d’Outre-Rhin. Rien que cela !

Une élucubration surréaliste, parmi tant d’autres, qui a été largement propagée cette semaine par le prisme des réseaux sociaux dont on voit le pouvoir de nuisance et de perversion auprès de certaines personnes qui distillent sournoisement ces nouvelles, servies au premier degré, et que beaucoup prennent pour argent comptant. Or, soyons sérieux : la réalité est tout autre en vérité !

Depuis 1963, et l’accord initial établi entre les deux états, sous le sceau de Charles de GAULLE et du chancelier Konrad ADENAUER, les relations entre les deux pays frontaliers sont à l’identique d’un bulletin météorologique expliquant la période de canicule. C’est-à-dire avec des prévisions vers le beau fixe. Le tout dans un mutuel respect et avec une seule et unique préoccupation : faire progresser l’Europe vers un avenir sage et harmonieux.

Et même, s’il y eut parfois quelques zones de turbulences impétueuses à traverser, qui sont venues faire tanguer le navire accueillant à son bord les deux équipages, le cap choisi par ces deux hommes d’Etat n’aura guère bougé depuis son sens initial. Maintenir à flot un équilibre salvateur entre l’Allemagne et la France, et surtout préserver la volonté profonde de rapprocher leurs peuples.

Uni ou presque pour la vie, le couple franco-allemand demeure, et de très loin, le garant d’une Europe forte et pérenne qui doit faire face à une conjoncture chahutée par des crises émotionnelles importantes. Ce qui peut provoquer, parfois, des vents contraires.

Mais, n’est-ce pas là l’exactitude reflet d’une relation à l’autre ? Quand nous sommes deux, l’harmonie ne peut être totale et en étroite osmose de manière constante.

Des points de divergences existent. Comme dans tous les couples répertoriés par ce type de dualité complexe : entrepreneur/employé, parents/enfants, coach/joueurs, élus/administrés, nation/peuple…

A titre d’exemple, dans le dossier qui nous interpelle aujourd’hui, le volet du nucléaire en représente un. Et de poids, assurément ! Historiquement inféodée à l’énergie fossile, celle du charbon dont elle est grande consommatrice, l’Allemagne a toujours axé le développement de sa politique énergétique autour de ce combustible. Les centrales à charbon ont éclos à foison tels des champignons à travers le territoire, à l’instar des pays de l’Europe de l’Est, dès l’après-guerre.

Ici, sur la terre de GOETHE, la culture du charbon est profondément ancrée dans les mœurs et le patrimoine économique de nos voisins. Difficile donc de les déroger de cette énergie fossile, qui demeure pourtant émettrice de gaz à effet de serre en abondance.

Idéologiquement, et ce depuis les années 1960, les Allemands éprouvent un net sentiment de négation devant le nucléaire. Nombreux sont les mouvements contestataires qui sont apparus, au beau milieu des années 1970, en incluant de manière ostensible cette thématique parmi la kyrielle de points d’achoppement avec les choix sociétaux portés par les gouvernances de cette période charnière de leur histoire. L’avènement des écologistes et des verts, de l’autre côté du Rhin, aura d’ailleurs été annonciateur d’une nouvelle ère. Celle-ci aura tôt fait de se propager à travers le Vieux continent.  

Quant à l’épisode induit par la destruction de la centrale japonaise de Fukushima, en 2011, il aura largement troublé les esprits parmi la population. Bien que celle-ci n’ait jamais été confrontée de manière directe avec le moindre incident spécifique, imputable à l’énergie atomique.

Mais, cette épine « énergétique » et « comportementale » entre les deux pays n’affecte nullement les relations franco-allemandes. Même si le désir avouable et prioritaire d’Emmanuel MACRON est d’accélérer le processus de fermeture des centrales à charbon de nos voisins.

Il existe, a contrario, bien des domaines où les deux pays « frères » s’entendent à merveille pour faire avancer l’attelage européen. L’économie, la défense, l’éducation, la recherche, l’international.

Autant de facteurs de convergence qui tirent dans la bonne direction une Europe conspuée par les eurosceptiques et les populistes de tout crin. A quelques encablures des échéances électorales, Emmanuel MACRON et Angela MERKEL ont voulu par la signature de ce nouveau traité d’Aix-la-Chapelle, montrer une voie concordante dans laquelle il est nécessaire de s’engouffrer. Celle de l’union sacrée entre nos deux peuples pour renforcer une Europe qui en éprouve le besoin.

La séparation de l’Alsace et de la Lorraine de l’Etat français et leur restitution à l’Allemagne peuvent donc attendre : l’hypothèse, proche du ridicule, ne s’inscrivait pas à l’ordre du jour de ces discussions aux contours cordiaux et symboliques…

Thierry BRET

  

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