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Fiscalité, simplification, normes : Thierry CADEVILLE (CCI 89) demande à l’Etat de libérer les entreprises en France

Fiscalité, simplification, normes : Thierry CADEVILLE (CCI 89) demande à l’Etat de libérer les entreprises en France

Thierry BRET27 octobre 2026

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C’est un exercice qu’il affectionne tout particulièrement L’aisance à la tribune face à un public studieux, le choix des mots les plus appropriés afin de qualifier la pertinence d’une situation parfois complexe, le sens de l’analyse, aussi, vis-à-vis d’un environnement économique qui subit jour après jour les aléas de la géopolitique actuelle, très mouvementée. Comme il se plaît à le faire à chaque semestre depuis plusieurs années, le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Yonne, Thierry CADEVILLE, a pris part en qualité d’intervenant à la double conférence de conjoncture économique concoctée par l’antenne départementale de la Banque de France, accueillie à quelques jours d’intervalle à Auxerre et à Sens. En apportant son regard d’expert sur les grandes évolutions qui secouent le monde des affaires…

© Thierry Bret

Le décor était planté par le directeur icaunais de la « banque des banques » hexagonale, Xavier DUALE : « Volatilité, incertitudes, turbulences… comment les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté ont traversé l’année 2025 ?» Un vaste sujet devant interpeller une cinquantaine de dirigeants d’entreprise, soucieux de mieux appréhender l’état des lieux de notre région et de notre territoire au vu d’une situation économique particulièrement délétère même si de l’avis de Xavier DUALE, « elle n’est pas catastrophique ».

Des mutations qui font référence à Saint-Thomas !

Pas encore, pourrait-on dire, car ces analyses bien détaillées n’englobaient pas l’année 2026 et son lot de mauvaises surprises et de conflits en tout genre (la guerre au Moyen-Orient ayant commencé en Iran ; celle-ci se prolonge en cette période automnale du côté de l’Arabie saoudite et du Yémen sans que pour autant le blocus du détroit d’Ormuz ne soit réellement levé…).

Bref, il n’en fallait pas davantage pour que le président de la CCI 89, Thierry CADEVILLE, se livre à l’un de ses exercices oratoires favoris : l’observation de la chose économique et entrepreneuriale de son secteur de prédilection, l’Yonne.

« Cela fait de moi un observateur aguerri, confirma-t-il, et pour reprendre les propos tenus il y a peu par le journaliste Dominique SEUX à Sens, nous constatons la fin de la domination de l’Occident sur le monde depuis le XVème siècle, la fin du leadership bienveillant des Etats-Unis à notre égard, la mondialisation qui se régionalise et la chute de la démographie. C’est l’une des nombreuses mutations auxquelles nous devons faire face. En France, la société s’est désinhibée et on le voit chaque jour dans les médias, la colère des peuples est immense et les gens raisonnables ne règlent pas les problèmes du quotidien. Quant aux réseaux sociaux, ils sont devenus les « Saint-Thomas à l’envers », c’est-à-dire que l’on ne croit pas ce que l’on voit mais on voit à ce que l’on croit… ».

Les Français ne travaillent pas assez !

Puis, l’intervenant fit allusion à la dette abyssale de l’Hexagone. « Les deux tiers de la dette sont imputables aux aides sociales et de santé, les retraites et les aides diverses et variées ; et non de l’investissement. Le coût du chômage et des retraites représente à peu près 800 milliards d’euros par an et on consacre 28 jours par mois de nos impôts pour payer cette somme. Le reste relève de l’emprunt… ».

Autre argument pointé du doigt par le représentant consulaire : la réduction du temps de travail en France depuis les années 1980. « Le nombre d’heures travaillées en Europe par habitant est assez éloquent, ajoute Thierry CADEVILLE, on arrive à près de 774 heures travaillées sur le Vieux continent. Alors que la France se situe à 666 heures ! Soit l’équivalent de trois semaines de moins que nos voisins européens ! ».

Que dire face aux Etats-Unis (800 heures travaillées) et la Corée du Sud (plus de 1000 heures) ! En résumé, et cela sera précisé par l’orateur, « les Français ne travaillent pas assez à l’heure actuelle ». Quant à l’équilibre de tout ce système social et solidaire qui existe dans notre pays, il faudrait travailler jusqu’à 68 ans pour en assurer la parfaite pérennité. Or, constate une fois de plus Thierry CADEVILLE, « nous en sommes très loin aujourd’hui… ».

Une crèche fermée pour 16 EHPADs ouverts en France

Précisons que la France gagne trois mois d’espérance de vie par an, et d’ici 2030, le nombre de Français âgés de 75 à 85 ans progressera de 50 % ! « Ce n’est pas compliqué, ajouta l’intervenant, on ferme une crèche dans notre pays alors que dans le même temps on ouvre 16 EHPADs ! ».

Thierry CADEVILLE ne manqua pas de présenter le rôle des CCI (le deuxième opérateur de formation en France) et les modalités d’accompagnement des entreprises. En 2026, l’accent sera mis sur l’IA avec 30 000 entreprises à sensibiliser. 70 000 entreprises par an et pendant dix ans intègreront les sociétés à reprendre par de nouveaux entrepreneurs. Elles seront 1 500 à être cédées pendant dix ans en Bourgogne Franche-Comté et 200 par an dans l’Yonne. La moitié de ces entreprises trouvera un repreneur à terme. Malgré une croissance en berne et l’envolée du coût des matières premières ; sans omettre les droits de douane américain et le dumping chinois !

« 30 % de nos entreprises font état de difficultés de trésorerie, s’inquiète Thierry CADEVILLE, et neuf sur dix subissent des retards de paiement. La baisse des investissements chute tandis que l’épargne des Français explose et n’est pas dépensée pour alimenter l’économie… »

Le chômage est en progression par rapport aux autres pays européens. Toutefois, trois mille nouvelles entreprises naissent chaque jour en France. Même s’il y a 70 000 défaillances d’entreprises. Quant au réchauffement climatique, il nous coûte 12 % de productivité en moins sur les récoltes agricoles avec une hausse d’un degré en plus. « L’été 2026 est peut-être l’été le plus frais de ces dix prochaines années, ironisa l’orateur.

Puis, se référant aux données de Natixis, le président de la CCI de l’Yonne s’est voulu un tantinet positif. « Même la série de concerts de Céline Dion à Paris aura eu un impact satisfaisant sur le PIB de l’Hexagone de 0,3 %, plaisante Thierry CADEVILLE, quant au tourisme, il a toujours le vent en poupe : l’Hexagone est désormais la première destination touristique au monde, elle a dépassé les cent millions de visiteurs cette année. Autre motif de satisfaction : la France est le pays d’Europe à recevoir le plus d’investisseurs… ».

L’atonie de la commande publique plombe les sociétés de l’Yonne

Toutefois, le constat est nettement moins favorable pour le département de l’Yonne. Les entreprisses souffrent, notamment, de l’atonie de la commande publique depuis la dissolution gouvernementale survenue il y a deux ans. « La caractéristique du département est la suivante, ajoute le représentant consulaire, la démographie est en baisse avec une population qui diminue, qui vieillit et qui s’appauvrit… ». Un phénomène observé depuis 2010 malgré l’exception sénonaise avec 30 % de la population vivant dans les logements sociaux. Enfin, contrairement aux idées reçues – à tort visiblement ! -, le territoire le pus septentrional de la Bourgogne accueille plus de 4 000 étudiants.

Cependant, malgré ces statistiques en demi-teintes pour notre territoire, la confiance entrepreneuriale reste de mise. Cela a été confirmé par Xavier DUALE, lors de la présentation de l’étude Banque de France. « Certaines entreprises réalisent des résultats exceptionnels, assure Thierry CADEVILLE, et certains bassins économiques sont tirés par des locomotives à l’instar du Sénonais avec PRYSMIAN. Chez LOUAULT, le moral est beau fixe avec deux années de commande déjà assurées ! ».

Un projet d’investissement significatif redonne espoir au secteur de l’Avallonnais avec dix millions d’euros injectés sur la friche de SKF, bien loin de l’autre projet de cent millions d’euros d’investissement qui cible la plateforme logistique de Villeroy. Enfin, à Magny, près d’Avallon décidément très en verve au niveau économique, le groupe SCHIEVER crée un entrepôt de 56 000 mètres carrés après que l’entreprise a rejoint le réseau de distributeur Système U. « Là aussi, confie Thierry CADEVILLE, de nombreuses retombées sont attendues après cette décision au niveau du recrutement et de l’attractivité économique du territoire… ».

Près de 400 000 normes qui pénalisent les entreprises

Naturellement, le président de la Chambre de Commerce ne manqua pas l’occasion de pointer du doigt la surfiscalité existante sur le droit du travail : il existe 450 taxes, impôts et contributions directes ! « La France est le troisième pays au monde le plus taxé avec des prélèvements sur le travail, souligne-t-il, sur cent euros versés par un employeur, 47 euros ne vont pas au salarié. Mais, ce n’est pas tout ! La France est également le pays le plus taxé sur la production, soit 4 % du PIB. Enfin, il y a la sur-complexité administrative avec 366 999 articles de loi et règlements en vigueur, plus dix mille nouveaux textes qui s’ajoutent chaque année à cela, plus 11 487 articles dans le Code du travail ! ».

Beaucoup incriminent le poids de la technocratie européenne. A tort, semblerait-il, puisque sur ces 400 000 normes qui pénalisent au quotidien tous les segments de l’économie hexagonale, 20 % seulement émanent de Bruxelles !

« Nous autres, les CCI, nous demandons à l’Etat de libérer nos entreprises en allégeant leur fiscalité, en leur simplifiant la vie et en les soutenant dans leurs actions. Mais, c’est aussi libérer nos territoires pour que l’on puisse décider au plus du terrain, avec davantage de proximité. Il faut aussi libérer les CCI elles-mêmes ! ».

Mais, avant de conclure, Thierry CADEVILLE fit part de ses inquiétudes sur la perception qu’ont les Français vis-à-vis du capitalisme : « 62 % de nos concitoyens ne font plus confiance à ce système économique. Paradoxalement, le reste du monde est moins pessimiste que nous ! Selon le cabinet JP Morgan, il y a encore trois raisons de croire au succès de l’économie française à l’avenir : nous continuons à avoir des élites qui sont bien formées en France, nous possédons des leaders mondiaux parmi les 300 premières entreprises planétaires et aussi le fait que nous sommes un état de droit, ce qui compte pour les investisseurs… ».

Reste le sujet épineux de l’IA. « Le capital prend actuellement la main sur l’intelligence artificielle, constate Thierry CADEVILLE, il est vrai que le bénéfice de l’IA existe dans de nombreux domaines dont celui de la santé… ».

Aujourd’hui, l’économie serait qualifiée « d’édredon », car elle amortit les différents chocs conjoncturels et se place en opposition à une économie dite « trampoline », faisant le yoyo entre les hausses et les baisses du marché. « Pour le moment, il n’y a pas d’effondrement du moral des ménages en France à date, explique l’orateur, je me réfère au politologue Pascal Perrineau qui faisait allusion aux perceptions individuelles de nos compatriotes qui finalement « n’allaient pas plus mal que ça ! » ».

Oui, mais en est-il toujours de même depuis le 17 octobre et les émeutes qui ont secoué de manière très brutale le cocotier hexagonal dans son ensemble ?

Thierry BRET

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