Aller au contenu principal

Européennes : les animaux font entendre leur voix…

7 octobre 2018

L’un des éléments les plus surprenants de l’élection européenne n’est pas le recul de la droite traditionnelle ni l’effondrement de la gauche réactionnaire. Ce n’est ni la sempiternelle confrontation entre le parti présidentiel et les forces populistes du Rassemblement national ni la poussée spectaculaire de l’une des composantes qui opte pour l’écologie affirmée. Non, la surprise du chef provient d’un tout autre horizon. Celui de l’obscur parti, prônant la défense de la cause animale qui obtiendra in fine 2,2 % des suffrages.

Renvoyant derrière les lignes de la déconvenue, avec un score plutôt dérisoire, les véhéments leaders des Patriotes (Florian PHILIPPOT) et de l’UPR (François ASSELINEAU) à leurs chères études ! D’ailleurs, même en additionnant leurs bulletins de vote, ces deux-là ne dépassent pas le résultat du parti animalier. Pas plus que les trois listes électorales issues du mouvement des Gilets jaunes, y compris celle qui s’était appuyée sur la présence médiatique du chanteur Francis LALANNE.

Et pourtant, rien n’était acquis d’avance pour les amoureux de Dame nature et de ces charmantes petites bêtes qui en sont les réels ambassadeurs. Peu de moyens financiers, aucune couverture médiatique, pas de notoriété auprès de l’opinion publique : comment ce tour de force démocratique s’est-il concrétisé dans les urnes pour atteindre ce score plutôt flatteur ?

Pire, ses porte-voix devaient faire face avec pugnacité à ce flux important de listes (34, un record pour ce type de scrutin) pour se démarquer dans ce maelström de possibilités électives. 2,2 % : les porte-paroles de la cause animalière auraient signé sans rechigner au bas de la page avant le verdict rendu par ce scrutin pour espérer une telle récompense.

Certes, la France reste en retrait de cette véritable dynamique impulsée par ses auteurs. N’excédant pas la barre fatidique des 5 %, aucun des candidats de la liste de ce micro parti, qui n’a rien de politique par ailleurs, ne rejoindra les rangs de l’hémicycle européen. Toutefois, une lueur d’espérance les habite. A l’échelle continentale, le parti à la cause animale envoie tout de même trois députés au Parlement !

Et ce n’est peut-être pas fini ! Fort de ce succès improbable sur le papier, le mouvement va sans aucun doute renforcer encore sa présence et sa légitimité pour faire entendre sa voix dans l’Hexagone. Peut-être dès les municipales, prévues au printemps 2020. Voire, certainement aux présidentielles de 2022.

Au plan sociologique, il n’y a rien d’anormal à la propagation de cette démarche. Depuis la nuit des temps, l’humanité a toujours entretenu une relation particulière, voire très affective, avec la cause animale. Des millions d’animaux de compagnie (chats, chiens, lapins, rongeurs, chevaux…) se sont incrustés au beau milieu du cocon familial. Les Français en sont très friands. Ils possèdent parfois plusieurs espèces sous le même toit. Créant ainsi des liens indéfectibles d’amour et d’amitié avec leurs compagnons de fortune. Un vrai remède contre le stress et la solitude qui n’est malheureusement pas pris en charge par la Sécurité sociale !

Quant à la prolifération des faits de maltraitance à la cause animale, elle est en revanche l’autre explication majeure qui permet de fournir un premier éclairage à cette poussée animalière en Europe.

Au-delà de la sauvegarde de la nature et de la pratique du développement durable qui laissent une large part d’application à la défense des espèces, l’humain, dans sa grande majorité, n’accepte plus le rejet de l’animal dans notre société. Ni la relation ambigüe qu’il peut exercer avec lui. Des courants consuméristes se sont développés au cours de ces dernières décades. Végétariens, végétaliens, vegan ont adopté de nouveaux comportements, parfois à la limite de la bienséance, pour changer les règles du jeu au niveau de la consommation de produits animaliers. Petit à petit, ces préceptes gagnent l’opinion publique en modifiant la donne. Et celui de notre regard envers les abus et les dégâts occasionnés par ce trop-plein de consommation inexorable.

Défendre la cause animale ne consiste pas simplement à dénoncer les maltraitances subies par les animaux domestiques. C’est aussi préserver l’environnement et favoriser les écosystèmes afin que la faune sauvage se déploie. C’est revoir la politique agricole intensive qui a détruit à grand renfort de pesticides et de démembrement des haies la faune champêtre à ranger aujourd’hui parmi le rayonnage des lointains souvenirs.

C’est stopper immédiatement l’élevage en batterie de ces volatiles que l’on entasse dans des cages où ils ne peuvent s’ébattre et se nourrir de façon convenable, ramassés ensuite par des moissonneuses spéciales où ils sont mutilés, voire broyés, avant d’être expédiés au fond de nos assiettes. Où se situent la qualité et le respect du produit à consommer dans ce processus de mécanisation qui est devenu hostile à la cause animale ?  

Défendre les animaux suppose ne plus pêcher avec des filets électriques ces tonnes de poisson dont la plupart retourneront au fond de l’eau car impropres aux critères actuels de la consommation.

C’est lutter contre le braconnage assassin (honte au Botswana, petit pays africain qui vient d’autoriser de nouveau la chasse aux éléphants, espèce en très nette régression), contre l’abandon de son chien et de son chat à l’approche des vacances estivales au bord d’un chemin, contre les expériences animalières en laboratoire sous le fallacieux prétexte que les progrès de la médecine doivent emprunter ce chemin, etc.

Beaucoup d’électeurs au soir du 26 mai ont pu faire ce constat, sans avoir pour autant déposer leur bulletin de vote en faveur du parti de la cause animale. L’idée est encline à susciter de la sympathie, de l’émotion et une vraie prise de conscience car les motivations de ce mouvement sont profondes.

Il serait donc temps que les grands de ce monde et l’humanité dans son ensemble prennent enfin connaissance de ces multiples dossiers qui traitent de la cause animale. Afin d’en assurer enfin sa protection. Histoire de faire entendre la voix de ces espèces domestiques et sauvages, si malmenées, voire en phase d’extinction…

Thierry BRET

   

Partager :