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Et si les USA et l’Iran pratiquaient l’art du discernement ?

7 octobre 2018

Une poignée de minutes et le pire aurait pu s’abattre sur le Moyen-Orient aux premières lueurs de l’aube. Dix-neuf, selon les propos colportés par le « New-York Times ». Dix et pas une de plus, d’après le président américain, Donald TRUMP, plutôt fier de sa nouvelle fanfaronnade. Le monde aurait pu se réveiller ce vendredi 21 juin en état de transe absolue. Drôle de manière, en vérité, de célébrer l’avènement de la période estivale. Et d’une fête de la musique aux antipodes des préoccupations usuelles de deux pays qui se livrent à une bataille des mots sans merci depuis 1979 : les Etats-Unis et l’Iran.

La poudrière du Moyen-Orient se retrouve ainsi à son paroxysme. Comme à l’accoutumée, observeront les spécialistes. Et cette fois-ci, il ne s’en est fallu que d’un cheveu pour éviter le scenario catastrophe le plus redouté. Celui que beaucoup pressentent comme inéluctable tant les regains de tension sont vifs entre deux pays qui n’entretiennent plus de relations diplomatiques officielles depuis quatre décennies. La guerre…

Officieusement, les ponts ne sont pas coupés pour autant entre ces deux frères ennemis, si belliqueux en cette période de l’année. La Suisse, du fait de sa neutralité séculaire, veille sur les intérêts des deux protagonistes. Mais, le retour à un semblant de dialogue paraît complexe, voire quasi improbable en l’état.

Il est vrai que depuis quelques mois les épisodes négatifs se succèdent dans cette partie de la planète. Les plus récents étaient déjà alarmistes. La semaine dernière, en mer d’Oman à quelques encablures du point le plus névralgique du globe, le détroit d’Ormuz, deux pétroliers, battant pavillon norvégien et japonais, subissaient de troublantes attaques. Condamnant les deux navires, gorgés de brut, à stopper net leur progression maritime du fait de sérieuses avaries. On se remémore les images de ces longs panaches de fumée noire s’échapper de leur coque. Fort heureusement, il n’y a pas eu mort d’hommes. Mais qui se cachait derrière ces actes de piraterie intempestifs ?

Qu’en sera-t-il exactement à la prochaine escarmouche ? C’est dans l’espace aérien qu’est venu le soubresaut qui a failli être fatal à la paix dans la contrée. Un drone américain a été abattu par les militaires iraniens. Survolait-il réellement le pays des ayatollahs lorsqu’il a été touché par un missile ? Téhéran le prétend avec véhémence. Washington rétorque l’inverse situant l’objet de toutes les convoitises médiatiques à une distance de 34 kilomètres des côtes iraniennes.

Les preuves produites par les deux camps adverses sont qualifiées d’irréfutables par leurs auteurs. On peut supposer qu’une commission des Nations Unies sera créée afin d’apporter toute la lumière sur ce délicat dossier. Mais, pourquoi les Iraniens auraient-ils détruit un appareil d’observation ne volant pas dans leur espace aérien ?

Au-delà de ces zones d’ombre qui, pour l’heure, ne semblent pas s’éclaircir, posons-nous la question des conséquences induites à la riposte américaine de cette nuit du 20 au 21 juin. On sait que le pensionnaire de la Maison Blanche a stoppé net, dix à vingt minutes avant le coup de grâce fatidique, les avions qui se préparaient à frapper de missiles Tomahawk des bases militaires contenant des radars. Dans un tweet dont il a la maestria verbale (Donald TRUMP ne changera donc jamais sa méthode de communication, visiblement !), le président des Etats-Unis a expliqué s’être ravisé quand il a su le nombre de morts hypothétiques que ces coups de boutoirs sur le sol de l’ancienne Perse provoqueraient.

Ses experts ont tablé sur la perte de 150 personnes présentes aux abords des cibles. Trop pour le milliardaire américain. Il a estimé, après coup mais seulement quinze minutes (pour faire simple) avant l’impact final que le jeu n’en valait pas la chandelle. Même si un drone de dernière génération coûte plusieurs centaines de milliers de dollars…Se réservant toutefois de répondre militairement aux Iraniens quand il le déciderait !

La sage décision inopinée de Donald TRUMP prête néanmoins à réflexion. Qu’en serait-il avec exactitude au moment où s’écrivent ces lignes si les frappes avaient eu lieu ? Bien malin qui pourrait l’écrire !

Même si l’ONU, la Russie et l’Europe font montre de retenu et en appelle au retour de la diplomatie (la belle affaire surtout quand elle n’existe pas de manière officielle entre deux partenaires qui ne se parlent pas en direct !), il est fort probable que les choses ne se seraient pas limitées à ces escarbilles.

Le contentieux entre les USA et l’Iran est bien trop lourd à porter pour ces deux nations pour qu’il s’évacue de la manière la plus simple au monde : en renouant le fil de la communication.

Au-delà de la réplique instantanée, symbole de la loi du Talion que pratique à la moindre attaque l’état d’Israël, le président iranien n’aurait pas manqué de rendre la pareille en frappant les intérêts américains dans cette région particulièrement trouble du globe. Voire un peu plus loin, par miliciens interposés.

Le conflit pourrait s’enflamme très vite au niveau régional (Arabie, Israël, Qatar, Koweït, Emirats Arabes Unis…). L’Irak et la Syrie, déjà en état de guerre permanente, s’inviteraient dans le théâtre des opérations. Tout comme le Yémen, meurtri depuis tant d’années par un conflit larvé entre diverses factions sunnites et chiites.

La sphère mondiale ne serait pas tenue à l’écart pour autant. A commencer par les prix du brut qui s’envoleraient à n’en plus finir, ruinant le peu d’amorce de reprise existant dans les économies occidentales…

Bref, on l’aura compris ! Avant que la cocotte-minute du Moyen-Orient n’explose à la face du monde, peut-être serait-il judicieux aux Américains d’adopter l’art du discernement et de s’y prendre à deux fois avant de valider des décisions péremptoires qui pourraient avoir des conséquences inexpugnables sur l’humanité…Pas de besoin de canicule : l’été sera chaud, c’est sûr !

Thierry BRET

  

     

  

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