L’exercice était inhabituel pour l’exécutif, même s’il avérait fort périlleux à bien des égards sur le papier. D’autant que la tête de pont de La République en Marche n’a jamais caché ni son aversion dans l’art et la pratique de la conférence de presse ni son antipathie courtoise envers la corporation des journalistes.
Le résultat est là. Deux heures et trente minutes d’intervention, plus tard. Face à une présence massive de médias, attentifs à la moindre contraction d’un sourcil mais in fine peu enclins à poser les interrogations les plus ultimes, susceptibles de faire mouche, à leur interlocuteur d’un soir.
Pourtant, ce grand raout parisianiste des plus policés aura suscité l’intérêt de bon nombre de commentateurs de notre société. Ce fut un véritable show à l’américaine, à la mise en scène bien huilée, et rondement orchestré sous les ors et paillettes du Palais de l’Elysée. Un évènement qui a été suivi par la presse internationale. Curieuse de découvrir l’attitude du chef de l’Etat, peu avare en paroles, qui, confronté à sa première grande crise sociétale depuis son accession à la présidence, se devait de lâcher du lest.
Une fois éteint l’écran cathodique du téléviseur, comment a été réellement perçue cette prestation oratoire aux yeux des Français ? Aura-t-elle suffi à lever les doutes une fois disséquer les contours pragmatiques de la stratégie présidentielle ? Etait-elle en mesure de résoudre la crise profonde que le pays traverse depuis maintenant un semestre ? Les réponses correspondaient-elles aux équations abordées par la série de Grand Débat national, dispensée aux quatre coins de l’Hexagone ?
Si l’on en juge les tendances initiales des premiers sondages sortis tout droit des instituts officiels, le président de la République n’a pas eu l’heur de convaincre nos compatriotes. 63 % se sont dit déçus de cette conférence de presse. Pour autant, sa cote d’amour auprès de ses fervents supporters ne fait que croître. C’est l’un des premiers paradoxes de ce long discours, séquencé de ponctuations interrogatives de confrères parfois trop condescendants avec leur hôte.
Il est vrai que le chef de l’Etat maîtrise à la perfection la parole et le verbe. Se permettant, à son habitude, des circonvolutions intellectuelles dans son phrasé l’éloignant un peu plus de l’auditoire populaire. Que voulez-vous : on ne se refait pas !
Se refusant de coutume à ne jamais se référer à de quelconques antisèches, Emmanuel MACRON a pu démontrer qu’il possédait un prompteur méthodique à la place du cerveau, déroulant le fil de ses pensées avec structuration dans la droite ligne qu’il s’était fixée. Hormis quelques repères techniques et chiffrés nécessaires auxquels il devait jeter un œil furtif sur un document, le président de la République nous a assuré de son aptitude à conduire un entretien d’embauche qui devrait le mener au terme de son mandat, jusqu’en 2022. Voire peut-être au-delà.
Il ne s’est pas privé d’en faire allusion de manière indirecte, distillant une vision globale et personnelle de notre pays à horizon 2025. Même si, et il s’est fendu à ce propos d’un zeste d’humour dont il saupoudre volontiers ses interventions : il se « fiche » comme d’une guigne de la future échéance présidentielle.
Pourtant, les observateurs chafouins auront compris que pour mener sa stratégie telle qu’il devait l’illustrer durant un long moment de son intervention, le locataire de l’Elysée devra recourir à un nouveau suffrage.
Une chose est sûre, au soir de cette allocution télévisée novatrice, le président MACRON a incontestablement réussi son oral. Celui du rattrapage après plusieurs mois d’embrouillaminis et de flottement qui ont amené le pays à glisser progressivement vers une situation pour le moins tendue.
Il y a même pris un certain plaisir, au bout du compte lui qui déteste ce type de rendez-vous. En faisant abstraction de la langue de bois et en s’évertuant à donner des réponses millimétrées au cordeau à son auditoire. Et avec le sourire, s’il vous plaît !
On en a veut pour preuve la très embarrassante interrogation se rapportant aux liens étroits que le président de la Vème République entretenait jusque-là avec le nébuleux Alexandre BENALLA. L’homme lige, à l’origine d’une affaire qui laissera pour longtemps des traces institutionnelles et politiques dans le mode de fonctionnement de la sphère étatique.
Droit dans ses bottes, face à une question de surcroît décalée dans le contexte de l’instant, Emmanuel MACRON n’a pas failli. Sans botter en touche, il a, péremptoire, réaffirmé son attachement à ce truculent personnage à qui il avait confié une mission sécuritaire de confiance ; même si des erreurs de comportement furent ensuite constatées...
Ferme, souvent catégorique dans son argumentaire, le président de la République a démontré qu’il ne lâcherait rien. Ou si peu devant l’amoncellement de doléances collectées, ici et là, depuis des semaines à travers l’Hexagone.
Sa prise de parole lui aura servi à brosser le cap de la France. Celui qu’il s’est fixé sur un horizon à cinq ans. Renvoyant dos-à-dos, toutes celles et ceux qui envisageaient la création d’une sixième République, la dissolution de l’Assemblée nationale, le retour de l’ISF, l’acceptation du R.I. C., la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, le retour au 80 km/h sur le réseau des routes secondaires, voire son propre exil, pourquoi pas sur l’île de Sainte-Hélène, après sa destitution !
Emmanuel MACRON a voulu montrer au peuple de France lors de ce passage télévisé qu’il tenait fermement la barre de la gouvernance et qu’il souhaitait rétablir l’ordre. Tel le « Premier de cordée » de la politique qu’il incarne. Pour autant, ces mesures que nous ne manquerons pas d’analyser une fois entrées en vigueur, peuvent-elles convaincre et satisfaire un pays qui ne cesse de se déliter ?
Thierry BRET