Les chiffres pourraient sembler contradictoires. Le nombre de demandeurs d’emploi progresse dans l’Yonne tandis que des milliers de recrutements sont encore envisagés par les entreprises. Derrière ce paradoxe se cache une réalité bien connue des employeurs : les compétences recherchées ne correspondent pas toujours aux profils disponibles. Et certains métiers continuent de manquer cruellement de candidats.

forum « Cap sur l’Avenir » à Auxerre
Le marché du travail icaunais envoie des signaux contrastés. Au deuxième trimestre 2026, l’Yonne comptait 25 420 demandeurs d’emploi inscrits dans les catégories A, B et C, selon les données de France Travail. Parmi eux, 13 310 n’exerçaient aucune activité professionnelle.
Sur un an, le nombre total d’inscrits dans ces trois catégories progresse de 6,3 %. La hausse atteint même 9,8 % pour la seule catégorie A, celle regroupant les personnes sans emploi. Dans le même temps, 39 720 offres ont été diffusées sur francetravail.fr au cours des douze derniers mois, un volume en recul de 10 % par rapport à l’année précédente.
Plus de 10 000 projets de recrutement
Pour autant, les entreprises n’ont pas cessé d’embaucher. L’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail recense 10 730 projets de recrutement dans l’Yonne. Et près de la moitié ne s’annoncent pas simples : 43,5 % sont considérés comme difficiles à concrétiser.
L’industrie illustre particulièrement ce décalage. Le secteur prévoit à lui seul 1 210 recrutements dans le département et plus de la moitié, 51,2 %, sont considérés comme difficiles.
Les disparités territoriales sont également importantes. Dans le bassin d’Auxerre, 490 projets industriels sont recensés et 59,2 % présentent des difficultés de recrutement. Mais c’est autour de Joigny que la situation est la plus spectaculaire : sur 230 projets, 87 % sont considérés comme difficiles à pourvoir.
Des métiers particulièrement sous tension
Certaines professions concentrent les difficultés. France Travail estime par exemple que 76,9 % des 130 projets concernant des maçons qualifiés seront difficiles à satisfaire. Dans la viticulture et l’arboriculture, 990 recrutements sont envisagés et 53,5 % sont considérés comme difficiles, même si une grande partie de ces besoins est saisonnière.
Ces données mettent en lumière l’un des enjeux majeurs du marché du travail : une hausse du nombre de personnes à la recherche d’un emploi ne signifie pas automatiquement que les entreprises trouvent les salariés dont elles ont besoin. Qualification, expérience, mobilité, attractivité des métiers ou encore conditions de travail peuvent contribuer à creuser l’écart entre les postes proposés et les candidats disponibles.
Dans l’Yonne, le défi de l’emploi se joue donc sur deux fronts : accompagner davantage de personnes vers une activité professionnelle tout en permettant aux entreprises de trouver les compétences nécessaires à leur développement. Un paradoxe qui place plus que jamais la formation et l’adéquation entre les besoins des employeurs et les compétences disponibles au cœur du débat économique local.
Emma Miredin

