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Edouard PHILIPPE se construit-il un tout autre avenir ?

7 octobre 2018

En obtenant 363 voix favorables, le Premier ministre a réussi son deuxième examen de passage à l’Assemblée nationale. Même si l’appréciation de ce résultat positif s’est très légèrement amoindrie par rapport au vote de référence initial constaté dès le début de sa gouvernance.

Soit à l’époque 370 parlementaires qui soutenaient la déclaration de politique générale présentée par le responsable de l’exécutif. Faut-il y voir pour autant, avec ce delta minimaliste de quelques voix évanescentes aujourd’hui disparues, un quelconque recul dans la confiance accordée au chef du gouvernement ?  

Certes, non. Si le contraire eut été acté à l’issue de cette intervention de près de soixante minutes face à des parlementaires attentifs, cela aurait été beaucoup plus surprenant.

Il est vrai que le Premier ministre avançait sans aucun risque dans cet exercice oratoire où il s’est affirmé plus volubile que jamais après ses timides débuts. La majorité présidentielle pouvait donc dormir tranquille sur ses deux oreilles : le gouvernement ne craignait pas d’être renversé sine die après la proclamation officielle de l’Acte II de la politique voulue par le chef de l’Etat.

Quant à l’opposition, elle a assuré le job. C’est-à-dire en restant réfractaire aux diverses propositions expliquées avec moult détails par le pensionnaire de Matignon. S’inscrivant sans ambages dans sa logique antépénultième et organique : à l’ouest rien de nouveau !

Parmi les 163 députés qui ont refusé tout de go de suivre le programme de mesures réformatrices initiées par Edouard PHILIPPE, figurent les élus des Républicains (81), mais également ceux la gauche (PS, LFI et PCF), recréant ainsi le temps d’un scrutin un semblant d’union.

Les parlementaires des partis extrêmes et souverainistes du Rassemblement national et de Debout La France embrayaient dans le même sillon. Sans que cela provoque un cataclysme en matière d’information !

Bref, un résultat d’une pure logique au bout du compte même si le nombre d’abstention (un total de 47 voix), là-aussi en légère érosion, fait observer comme point prédominant que vingt-deux députés acquis à la cause des Républicains n’ont pas daigné suivre les préconisations de leur nouveau chef de file, qui assure depuis l’intérim, à savoir Jean LEONETTI.

Les plus farouches observateurs en besoin d’analyses rétorqueront toutefois que les représentants de la droite traditionnelle et du centre issus de la famille gaulliste étaient beaucoup plus nombreux à s’être abstenus en 2017. En effet, 75 d’entre eux n’avaient pas pris position.

Néanmoins, Edouard PHILIPPE aura multiplié les annonces conciliatrices durant sa longue prise de parole au pied du perchoir. Faisant fi des clivages politiques habituels. Une stratégie de la main tendue qui, in fine, ne s’est pas concrétisée au moment du décompte définitif des bulletins.

Se réclamant lui-même de la droite républicaine, insistant sur cette volonté personnelle de faire progresser l’œcuménisme sociétal, l’ancien maire du Havre n’aura pas hésité à jongler avec les symboles de l’Histoire. Se référant tour à tour à Georges POMPIDOU, à Pierre MENDES-FRANCE, à Michel ROCARD, et à son mentor de toujours, Alain JUPPE.

Autant de condisciples ministériels qui, comme lui occupèrent la même fonction à Matignon et qui possédaient une vision élargie de la politique constructive dans l’intérêt de la France et de ses habitants.

Celui qui était dans l’ombre de la popularité, du fait de sa relative discrétion tout au début de sa prise de fonction, est passé dans une toute autre dimension. Plus lumineuse et flamboyante, après ce discours de tribun aux ambitions à peine contenues.

Au terme de ce grand oral, Edouard PHILIPPE possède la confiance de la majorité des parlementaires. Mais, aussi celle reconduite du président de la République qui a trouvé en ce besogneux personnage l’homme providentiel et idoine pour porter jusqu’au terme de son mandat son projet gouvernemental.

Il ne faut pas être devin pour comprendre que l’actuel occupant de Matignon devrait mener le train des réformes jusqu’en 2022. Et conserver de facto ce rôle de fédérateur qui lui sied comme un gant.

Lui faisant pousser, sans doute, quelques ailes velléitaires dans le dos. Lui qui jusqu’alors grenouillait de manière obscure dans l’antre des Républicains. En quête d’une autre destinée ?

Thierry BRET

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