Nous sommes donc sur le fil du rasoir. Voilà comment la planète Terre se réveille en cette journée dominicale du 13 février. Il ne suffit en fait que d’une petite étincelle, une flammèche, pour que le monde ne bascule dans l’horreur et ne s’embrase, une fois de plus. Une simple provocation à venir. Un infime geste belliqueux qui pourrait mettre le feu aux poudres et déclencher un conflit aux conséquences irréfléchies et incalculables.
En l’espace de vingt-quatre heures, tout s’est accéléré à la vitesse de croisière d’un missile balistique tiré au nez et à la barbe de tous par la Corée du Nord !
Multiplication des gesticulations belliqueuses des troupes russes amassées aux frontières de l’Ukraine, grandes manœuvres de l’Armée Rouge sur les terres de Biélorussie – ceci dit, un pays qui est déjà totalement annexé depuis le début de la crise par le bras militaire de Vladimir POUTINE dans l’indifférence générale de l’opinion internationale ! – et parade grandiloquente de la flotte russe sur les eaux de la mer Noire. Une navigation en eaux troubles, il va de soi !
Voilà que notre monde qui nous fait vivre notre quotidien façon existence morne plaine depuis bien trop longtemps, composé d’inflation galopante, de maladies en tout genre, de plans sociaux à répétition, de mouvements contestataires anti tout à longueur de journées, de crises sanitaires retentissantes, de faits divers tragiques ou de promesses électorales irréalisables, se réveille face à une nouvelle réalité, la tête enfarinée et la gueule de bois.
Une guerre grandeur nature qui se profile aux portes de l’Europe !

Un réel danger pour la Russie si elle décidait d’entrer en guerre…
Aie, aie, aie : ça sent donc vraiment le roussi à près de deux mille kilomètres de Paris ! Un sentiment de malaise qui, immanquablement, peut nous plonger dans les limbes, soixante-dix-sept ans plus tard, d’une situation inextricable rappelant toutes les réminiscences de la Seconde Guerre mondiale.
Sans tomber dans l’ivresse de la dramaturgie et du pessimisme à tout crin – même si 61 % de nos compatriotes le sont pour diverses raisons et consomment abusivement des anxiolytiques prescrits par leurs généralistes -, la situation est très sérieuse, à la limite du gravissime et de l’inéluctable.
Pour autant, sommes-nous à la veille d’un hypothétique conflit, pouvant dégénérer en crise mondiale à l’échelle de ce que furent les années 39/45 ?
Tous les avis des spécialistes, et ils sont nettement moins nombreux à venir s’exprimer sur les plateaux des chaînes audiovisuelles en boucle que ne le furent les praticiens au moment fort de la crise de la COVID, se mettent d’accord sur un point : si elle décidait de provoquer cette guerre, la Russie dont l’économie est exsangue à bien des égards éprouverait les pires des difficultés pour maintenir son appareil financier en l’état.
Tous, précisent aussi que seul le maître du Kremlin détient à l’heure actuelle les clés de la solution de sortie de crise pour parvenir à une réelle désescalade de ce contexte qui s’envenime par poussées de fièvre alarmistes et reprendre ainsi le cours de négociations sérieuses dans un climat apaisé.
L’Ukraine veut rejoindre l’OTAN et l’Union européenne : le dilemme…
Mais, force est de constater que de climat apaisé, il n’y en a pas à date. D’autant que les Ukrainiens sont sur la défensive depuis que la Crimée en 2014 a été annexée manu militari par les soldats russes et que le Donbass est devenue une région séparatiste à la solde de Moscou.
Bref : c’est l’imbroglio absolu qui sert de première toile de fond explicative à cette tragédie grecque qui n’a rien d’antique, malheureusement.
Secundo, l’élargissement à l’OTAN de la plupart des pays de l’Est européen ces dernières années n’a rien arrangé. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, sous la férule puissante des Etats-Unis, a renforcé en son sein la coopération politique et surtout militaire entre les pays européens (à l’origine de l’Ouest) et ceux du continent nord-américain. Des choses qui assuraient le respect de l’équilibre de la dissuasion, durant les grandes années de tension des années 50/80 (la guerre froide) entre les deux blocs, l’Est et l’Ouest.
Or, la chute du Mur de Berlin et l’effondrement de la puissance soviétique dans les années 1990 ont tout chamboulé, condamnant au morcellement d’une partie de l’URSS et son éclatement en de multiples états, plus ou moins satellites à sa cause.
D’où le retrait significatif mais provisoire de l’influence de Moscou sur la scène internationale. Une mise au pilori que Vladimir POUTINE, ex-dirigeant du KGB, n’a jamais digéré, il va sans dire.

Les paradoxes de l’Histoire : le retour aux années 1938/1939…
Or, l’homme fort du Kremlin n’a eu de cesse durant toutes ces années de pouvoir à la tête de la présidence de la fédération russe de redorer le blason de la grande URSS, et de reconquérir pas à pas chaque pouce de territoire de l’ex-Union Soviétique afin de la remodeler dans le temps présent. Un univers façon puzzle à reconstituer où la patience est d’or et l’enhardissement après chaque succès ne fait que le conforter dans sa ligne stratégique indéfectible.
La Biélorussie n’est à ce titre qu’un semblant d’état indépendant inféodé à 100 % à la volonté et à l’hégémonie du président russe. Quant à l’Ukraine, l’ex-grenier à céréales et porte d’accès à la mer Noire, est à remettre très vite dans le giron du soviétisme renaissant. Là où le bât blesse, c’est que cette jeune démocratie porte des yeux de Chimène à l’Europe et à la démocratie, synonyme de libertés. Les annexions de la Crimée et du Donbass se sont révélées être les premiers coups de butoir de l’impérialisme russe dans cette région de la planète. La conquête de l’Ukraine toute entière, si elle était autorisée sans que rien ne se fasse pour la contrer, deviendrait alors une extraordinaire prise de guerre pour Moscou. Un laissé faire pour la suite de sa conquête.
Un sésame absolu pour que demain l’envahissement des pays Baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie) ne devienne qu’une simple formalité. Un blanc-seing accordé à Vladimir POUTINE avant pourquoi pas de rallier la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Roumanie, la Moldavie, la Bulgarie, la Slovaquie…sous son joug.
Etrange paradoxe de l’Histoire : cela ne vous rappelle pas quelque chose qui s’est situé entre 1938 et 1939 ?
Thierry BRET
