Il ne fait pas bon être journaliste au pays de l’or noir ! Même si l’on exerce son savoir-faire et son sens aiguisé de l’observation auprès de titres étrangers tel que le prestigieux « Washington Post ». La moindre incartade, scripturale, visuelle ou verbale, peut conduire à des exactions peu communes, dignes des fameux polars de la collection « Le Masque et la Plume » pour les représentants de cette corporation. Le plus souvent en danger.
Sauf que, dans le cas présent et en référence au secteur géographique bien défini par cette affaire, il serait judicieux de soustraire le côté masqué des choses pour y adjoindre le goudron. Un produit bitumeux conçu, comme chacun le sait, à base de pétrole, cette énergie fossile qui a tant fait pour asseoir la grandeur économique et la puissance quasi inaltérable de l’Arabie saoudite à travers le monde.
Pourtant, c’est très loin de Ryad que s’est déroulé un curieux épisode de la relation biscornue et complexe de la liberté d’expression dans certaines contrées de la planète. Un fait divers tragique dont a fait les frais le malheureux éditorialiste et chroniqueur saoudien, le journaliste Jamal KASHOGGI.
Le consulat saoudien à Istanbul, l’hyper métropole bâtie à la croisée de deux continents, deviendra le sanctuaire de ce farouche opposant au régime. Désireux de quérir les papiers nécessaires à son futur mariage, comble d’ironie, c’est avec la « Faucheuse » que le personnage médiatique aura rendez-vous.
Le rédacteur en chef d’Al WATAN ne sortira jamais vivant de l’édifice gouvernemental de son pays. Une caméra de surveillance filmera son ultime apparition dans le monde des vivants avant que son âme ne rejoigne quelques heures plus tard le royaume des cieux. Dans des circonstances à peine imaginables tant elles ont été atroces pour cet homme de lettres cultivé. Dépecé en d’innombrables morceaux, le corps de Jamal KASHOGGI est reparti du consulat saoudien dans une…valise diplomatique ! A ce jour, ses restes demeurent introuvables.
Face au sordide d’une situation pittoresque, l’ombre de Michel AUDIARD plane au-dessus de nos têtes tant il se serait délecté, non pas de cet assassinat crapuleux sorti tout droit d’une basse fosse, mais par le cocasse de la péripétie qui aurait pu être emprunté aux aventures des célèbres barbouzes des « Tontons Flingueurs ».
Fort d’une quinzaine de membres, un commando de mercenaires, à la solde d’un obscur commanditaire, aura même effectué un aller-retour en jet privé entre les deux villes au cours des dernières vingt-quatre heures.
Depuis, les allégations vont bon train pour désigner le prince héritier du royaume saoudien, Mohamed ben SALMANE, comme le donneur d’ordre de cette besogne abjecte. Protégé par son père, le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, le jeune monarque en devenir fait depuis profil bas. Tout en renvoyant l’ascenseur vers des puissances étrangères qui, elles, ne le seraient pas au niveau de l’organisation de ce crime.
OSS 117 et James Bond ont donc pris la tangente dans les relations internationales du moment. L’envolée de boutique a été contagieuse aux quatre coins de la planète. Y compris chez le soutien indéfectible du royaume : Donald TRUMP en personne. Prudent, ce qui est loin d’être sa vertu initiale, le président républicain des Etats-Unis s’est contenté d’accepter les explications oisives fournies par Ryad, confondue d’excuses et d’ignorance sur la véracité des faits.
Quant à l’Europe, elle n’a su, comme à son habitude, trop réagir avec véhémence face à cette nouvelle épopée dont elle ne veut pas entendre parler. Le seul chef d’état à faire valoir son irascibilité par rapport à cet acte odieux sera le président turc, ERDOGAN, un grand pourvoyeur de la démocratie et de la liberté d’expression dans son pays, comme chacun peut le savoir !
Pourtant, depuis plusieurs mois, le prince héritier du royaume saoudien ne cessait de polir sa pierre brute en la rendant davantage démocratique et libertaire. L’une des mesures phare ne sera-t-elle pas la possibilité à des milliers de saoudiennes de pouvoir enfin conduire une automobile. Sous le contrôle de leur mari, assis une fois n’est pas coutume, à la place du mort !
Quant aux sanctions internationales à résonnances économiques, hypothèses d’école stipulées par les Européens et leur chef de file, Emmanuel MACRON, elles n’auront été que billevesée et poudre de perlimpinpin.
Dans une conférence de presse donnée ce vendredi 26 octobre en Slovaquie, le « Marcheur » le plus célèbre de France a déclaré tout de go que « d’arrêter la vente des armes à l’Arabie saoudite serait de la pure démagogie… ».
Les intérêts financiers des industriels de l’armement ne méritent pas, en effet, d’être perturbés, un tant soit peu, par cette pauvre histoire de bas étage dont tout le monde aura oublié l’existence d’ici quelques semaines.
Notre partenaire fournisseur en énergie fossile et autres combustibles si précieux pourrait également revoir la note de la facture ou restreindre quelque peu l’importation de barils d’or noir si nous le menacions d’une quelconque rétorsion.
La conséquence de tout cela, si de réelles sanctions économiques étaient appliquées, prendrait la forme d’une hausse vertigineuse des prix des carburants à la pompe. Et au vu du saupoudrage actuel que l’Elysée et Matignon nous infligent en matière de recettes fiscales depuis plusieurs mois, il n’est pas besoin d’envisager des menaces de sanctions à l’encontre de notre partenaire privilégié…L’affaire est donc classée !
Thierry BRET