Dans le genre, gag de l’année (celle qui vient de s’écouler), la palme de l’irrésistible camouflet revient immanquablement à Carlos GHOSN ! Il aura fallu attendre les ultimes heures du 31 décembre 2019 pour connaître un nouvel épisode de l’interminable feuilleton juridique mettant en scène l’ancien PDG du fusionnel groupe automobile, RENAULT/NISSAN
Et cette fois-ci, l’emblématique homme d’affaires a su tirer enfin les marrons du feu en sa faveur. La nouvelle aura fait le tour de la planète en très peu de temps avec son lot de questionnements incrédules. Carlos GHOSN s’est libéré du joug qui lui était imposé depuis des mois par l’un des systèmes carcéraux les plus autoritaires de la planète : celui du Japon afin de trouver refuge au…Liban !
La poudre d’escampette en guise de cadeau de Noël ou d’étrennes de nouvelle année : l’ex-président-directeur-général de la puissante firme automobile ne pouvait rêver mieux !
Une fois le soufflé retombé, on est en droit néanmoins de se poser quelques interrogations sur la manière dont s’est réalisée cette fuite en avant ; celle d’un homme pris dans la nasse de la justice nippone réputée si intransigeante.
Bien sûr, Carlos GHOSN vivait en résidence surveillée et non pas dans l’une des geôles poussiéreuses d’une quelconque maison d’arrêt de Tokyo. Bien sûr, ce n’était pas un quidam obscur qui était dans l’attente d’un rendu de justice pour espérer sortir de ce purgatoire dans lequel il s’était fourré de manière bien involontaire et contre son gré.
Même si sa détention en surveillance remontait déjà à plusieurs mois dans cet appartement confortable et cossu de la mégalopole asiatique, Carlos GHOSN jouissait d’une relative semi-liberté, rejoint par son épouse qui, et on ne pourra jamais la blâmer, représentait un point d’ancrage capital pouvant l’amener à l’espérance.
Lui qui s’est toujours élevé contre ce procès en mauvaise intention qui lui était réservé et ourdi par on ne sait quel obscur consortium politico-industriel a enfin pris sa revanche sur la destinée qui se traçait devant lui ; et avec quel éclat !
Un émule d’Arsène LUPIN dans l’art de la carambouille…
Au nez et à la barbe de ses surveillants qui aujourd’hui doivent passer de mauvais quarts d’heure face à leurs inquisiteurs qui aimeraient connaître toutes les ficelles de cette évasion, qui aurait plu à l’imaginaire débridé de Maurice LEBLANC, le père d’Arsène LUPIN !
Comment un personnage aussi important que le patron franco-libanais a-t-il pu s’extraire avec une telle aisance de cette funeste situation et prendre un chemin de traverse pour quitter par les airs l’Empire du Soleil Levant ?
Privé de passeport, n’ayant droit à aucune visite officielle si ce n’est celle de son épouse, Carlos GHOSN tel un James BOND des temps modernes s’est donc retrouvé propulsé à des milliers de kilomètres de son lieu d’emprisonnement originel pour échouer à Beyrouth ? Et tout cela sans que les Japonais n’y voient quoi que ce soit ce départ à la sauvette !
Le PDG de RENAULT/NISSAN serait-il devenu un digne hériter de la célèbre tribu de sorciers de Poudlard ?! Se déplaçant dans les airs, muni de son « balais à turbo propulsion » !
Mais, n’est pas Harry POTTER qui veut ! Plus sérieusement, dire que des complicités sont venues gangréner le système pénitentiaire du Japon apparait déjà comme des faits avérés, c’est certain.
Dans les jours prochains, on devrait sans doute en savoir davantage sur les péripéties cocasses qui ont amené le PDG déchu à se sauver dare-dare de l’archipel nippon. Une chose est sûre : le vers était dans le fruit.
Et la rocambolesque évasion de Carlos GHOSN devait se fomenter avec beaucoup de minutie dans l’entourage proche de l’ex-homme d’affaires.
Le Liban s’est réveillé avec la stupéfaction d’avoir vécu un drôle de rêve le jour de l’An. Alors que le pays vit une crise sans précédent contre les élites qui sont accusées chaque jour de développer et entretenir la corruption dans leur sillage, la venue inopinée de l’enfant prodige de retour au bercail (Carlos GHOSN possède aussi un passeport libanais dans sa valise) provoque, on s’en doute, un malaise qui va crescendo depuis quarante-huit heures après ce tour de passe-passe.
Le peuple qui manifeste dans les rues au quotidien voit l’accueil du fugitif comme une antépénultième preuve de cette corruption qui s’affiche au grand jour et à tous les étages de la vie publique et politique.
Le Liban dans l’embarras, le Japon se fait hara-kiri…
Certes, le Liban n’extrade jamais ses ressortissants vers les autres pays. Mais, peut-être que le nouveau fait d’armes du toujours puissant ex-patron de la régie française pourrait inciter certaine frange de la population à encourager ce dispositif.
La France, autre pays d’origine du personnage encombrant qui a la chance de posséder toujours une carte dans son jeu, s’est déjà prononcée en assurant que s’il revenait à Paris, Carlos GHOSN ne serait pas renvoyé vers Tokyo. Des mots qui ont déjà provoqué l’ire de l’ambassadeur nippon en France.
Quant à INTERPOL, le service international de la police, il a déjà fait connaître sa requête auprès des autorités libanaises pour que l’industriel de l’automobile leur soit livré illico. En vue d’un retour à la case départ sans pour autant toucher les 200 euros coutumiers du Monopoly ! Une démarche, faite sans doute en pure perte…
2020 démarre donc sur les chapeaux de roue avec cette actualité affriolante qui nous est servie par un as de la voiture hybride et électrique ! Prouvant ainsi toute la faiblesse et la naïveté d’un système carcéral, même très redouté vu de l’extérieur qui n’a plus que ses yeux pour pleurer et se faire hara-kiri !
Démontrant aussi que dans les affaires judiciaires, quelles qu'elles soient à l’échelle de la planète, il vaut mieux être riche et puissant que pauvre et situé au plus bas niveau de l’échelle pour pouvoir prétendre s’en sortir ! Encore du grain à moudre pour les Gilets jaunes s’ils étaient en manque d’arguments contestataires !
L’avenir nous dira ce qu’il est bon de faire dans pareille situation. Dans sa cellule de la Santé, peut-être que l’un des détenus attend son départ précipité vers les rivages de la Méditerranée en lieu et place d’un retour à la mairie de Levallois-Perret ! Serait-ce la grande résolution de Patrick BALKANY en cette décennie nouvelle ?
Thierry BRET