106 millions d'euros de recettes perdues en deux ans, une fiscalité régionale déjà au plafond et des investissements à préserver. Lors de l'assemblée plénière des 15 et 16 octobre, Jérôme Durain a alerté sur les difficultés budgétaires de la Bourgogne-Franche-Comté. Mais face aux mêmes contraintes nationales, d'autres Régions ont fait des choix différents. Explications.

« Quasi infaisable. » C'est ainsi que Jérôme Durain qualifie la préparation du budget régional 2027. Selon Régions de France, l'État demanderait aux Régions un effort supplémentaire de plus d'un milliard d'euros, après 1,7 milliard déjà supporté en deux ans.
En Bourgogne-Franche-Comté, l'exécutif chiffre à 106 millions d'euros la perte de recettes pour 2025 et 2026. Une situation préoccupante, même si la collectivité conserve une capacité d'investissement. Fin 2025, sa dette atteignait 1,59 milliard d'euros, avec une capacité de désendettement de 6,3 années. Autrement dit, il lui faudrait théoriquement un peu plus de six ans pour rembourser sa dette en consacrant à cet objectif toute son épargne brute.
Des impôts régionaux déjà au maximum
Contrairement aux communes, les Régions disposent de peu de leviers fiscaux. Elles ne peuvent notamment pas augmenter la taxe foncière.
En Bourgogne-Franche-Comté, la taxe régionale sur les cartes grises atteint 60 euros par cheval fiscal depuis juillet 2025, soit le plafond légal.
Pour une voiture de sept chevaux fiscaux, elle représente 420 euros, contre 301 euros en Auvergne-Rhône-Alpes et 357 euros dans les Pays de la Loire. Une différence de 119 euros avec la Région voisine.
Autre choix budgétaire : l'instauration, en janvier 2026, du versement mobilité régional et rural. Cette contribution, fixée au taux maximal de 0,15 %, concerne les employeurs d'au moins onze salariés remplissant les conditions d'assujettissement.
Pour une entreprise dont la masse salariale taxable atteint 500 000 euros par an, elle représente 750 euros supplémentaires. Selon les prévisions initiales, cette contribution devait rapporter environ 26 millions d'euros à la Région en 2026.
Ces recettes sont destinées au financement des transports, particulièrement dans les territoires ruraux.
La Bourgogne-Franche-Comté a donc déjà mobilisé deux de ses principaux leviers fiscaux à leur niveau maximal. La question des économies possibles devient d'autant plus importante.
D'autres Régions privilégient les économies
Dans les Pays de la Loire, présidés par Christelle Morançais, un plan d'économies de 100 millions d'euros a été engagé en 2025, suivi d'une nouvelle réduction des dépenses de fonctionnement en 2026.
La collectivité n'a pas instauré le versement mobilité régional et conserve un tarif de carte grise inférieur à celui de la Bourgogne-Franche-Comté. Elle maintient parallèlement une enveloppe d'investissement d'environ 510 millions d'euros pour 2026.
Mais ces économies ont aussi des conséquences. Les réductions de subventions ont notamment touché les secteurs de la culture, du sport et de la vie associative.
En Bretagne, une autre stratégie a été retenue. La Région consacre 42 % de son budget 2026 à l'investissement et a également instauré le versement mobilité régional.
Ces exemples montrent que les contraintes financières nationales sont communes, mais que les réponses politiques diffèrent. Ils ne signifient pas pour autant que ces Régions échappent aux difficultés budgétaires.

Lycées, formation et trains : quelles conséquences pour les habitants ?
En Bourgogne-Franche-Comté, les restrictions annoncées pourraient peser sur plusieurs compétences essentielles.
La formation professionnelle figure parmi les principales préoccupations. Selon la Région, plus de 66 millions d'euros de financements de l'État auraient été supprimés depuis 2026. L'exécutif souhaite néanmoins préserver près de 5 000 parcours destinés prioritairement aux personnes les plus éloignées de l'emploi.
Pour les lycées, 45 millions d'euros sont prévus au titre de la dotation globale de fonctionnement 2027. Cette enveloppe diminue par rapport aux années récentes, principalement en raison de la baisse des coûts énergétiques, mais demeure supérieure de 20 % à celle de 2022.
Côté ferroviaire, la Région prévoit notamment de participer à hauteur de 750 000 euros au maintien du fret entre Clamecy et Corbigny. Cette liaison est indispensable à l'activité de la carrière d'Épiry, avec une centaine d'emplois concernés. Elle permet également de limiter le transport de marchandises par camion.
Quelles marges de manœuvre pour 2027 ?
Avec une carte grise et un versement mobilité déjà fixés à leurs plafonds respectifs, la Bourgogne-Franche-Comté dispose de possibilités limitées pour augmenter ces recettes fiscales.
Reste alors la question des dépenses : fonctionnement administratif, subventions, investissements, organisation des services ou recours à l'emprunt.
Des arbitrages qui ne sont jamais neutres. Réduire certaines aides peut fragiliser les associations et les entreprises. Reporter des investissements peut compromettre l'entretien des équipements ou entraîner des coûts supplémentaires à terme.
Le véritable débat budgétaire ne se limite donc pas aux économies imposées par l'État. Il concerne également les choix réalisés par les élus régionaux, l'efficacité des dépenses et les priorités retenues.
Pour les habitants comme pour les entreprises, une question demeure : comment maintenir des services publics efficaces et investir dans l'avenir sans alourdir davantage les prélèvements ?
C'est tout l'enjeu du budget 2027, dont les contours définitifs dépendront également des décisions du Parlement.
Emma Miredin
