
L'Insee Bourgogne-Franche-Comté a publié ce 18 juin un état des lieux de l'économie présentielle régionale. Ce terme désigne les emplois qui répondent aux besoins quotidiens des habitants, qu'il s'agisse de soin, de commerce, d'enseignement, d'artisanat ou de restauration. On les appelle « présentiels » car ils nécessitent la présence physique de la population sur le territoire, contrairement à l'économie dite productive, tournée vers l'extérieur (industrie, agriculture, commerce de gros). Avec 700 000 postes, l'économie présentielle représente près des deux tiers de l'emploi régional, contre 400 000 dans l'économie productive.
Cette proximité avec les habitants a un avantage : ces emplois sont peu délocalisables et jouent donc un rôle d'amortisseur pour les territoires. Trois emplois présentiels sur dix se concentrent dans les zones de Dijon et Besançon, qui accueillent de grandes agglomérations dotées de pôles hospitaliers, commerciaux, touristiques et culturels. Ailleurs, dans des bassins déjà fragilisés par la désindustrialisation et le recul démographique, comme à Montbéliard, Autun, Avallon, Cosne-Cours-sur-Loire ou Saint-Claude, cette activité décline elle aussi, privant ces territoires de leur dernier filet économique.
Autre signal à surveiller : la croissance de l'emploi présentiel régional a cessé depuis une quinzaine d'années, faute de nouveaux habitants. Le secteur se transforme donc plus qu'il ne croît. La santé et l'action sociale captent désormais un emploi présentiel sur quatre, tirées par le vieillissement de la population. À l'inverse, la construction perd des milliers de postes, plombée par la hausse des coûts et la baisse du nombre de chantiers. Le commerce, pilier historique de cette économie, est lui aussi fragilisé par la concurrence de la vente en ligne. Ces emplois restent par ailleurs nettement plus féminisés, à 58 % contre 33 % dans l'économie productive, pour un salaire médian inférieur de 150 euros.
Ce constat régional fait écho à l'enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France, publiée le 16 juin. Cette enquête mesure chaque mois, à partir des réponses de plusieurs milliers d'entreprises, l'évolution de l'activité économique en France. Le verdict de mai est mitigé. L'activité a nettement ralenti dans l'industrie et s'est contractée dans les services marchands et le bâtiment, un repli en partie lié à un calendrier de ponts particulièrement favorable cette année. L'automobile, la chimie et l'agroalimentaire reculent, tandis que l'aéronautique et la défense restent des secteurs dynamiques. Le bâtiment, à l'échelle nationale, continue lui aussi de souffrir de la faiblesse de la construction neuve.
Les chefs d'entreprise anticipent toutefois un rebond en juin dans l'industrie et les services, et une stabilisation dans le bâtiment. Les prix de vente continuent de progresser, quoique plus modérément qu'en avril, sous l'effet persistant des coûts de l'énergie et des matières premières. Au final, la Banque de France table sur un produit intérieur brut stable au deuxième trimestre, après une légère contraction de 0,1 % au premier.
Les deux publications convergent sur un même constat. La conjoncture nationale reste hésitante, et les territoires les moins dotés en services de proximité, déjà touchés par la désindustrialisation, sont aussi les plus vulnérables face à ce ralentissement.
Sarah Milen

