
Selon le bilan annuel de la Banque de France, les entreprises de la région ont traversé une année 2025 difficile. Si les signaux pour 2026 sont légèrement plus favorables, les chefs d'entreprise restent prudents.
C'est un portrait sans fard que brosse la Banque de France dans sa publication annuelle consacrée aux entreprises de Bourgogne Franche-Comté. Sur la base de 1 338 réponses d'entreprises représentant plus de 111 000 salariés et 29,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, l'institution dresse un bilan 2025 marqué par le recul généralisé de l'activité industrielle, la stagnation des services marchands et la poursuite de la crise dans la construction.
INDUSTRIE - Repli global, sauf l'agroalimentaire
L'industrie régionale, qui concentre plus de la moitié des effectifs salariés de la région (51,8 %), a subi en 2025 une contraction sensible. Le chiffre d'affaires recule de 2,1 % et les exportations suivent la même pente, avec une baisse de 2,3 %. Corrigée des effets de prix, la baisse en volume atteint 3 %. Seul le secteur agroalimentaire tire son épingle du jeu, avec une légère progression de son activité et une hausse de 1,3 % de ses effectifs.
À l'inverse, la filière automobile constitue le principal foyer de difficultés : recul de la demande, investissements massifs dans l'automatisation et compression des effectifs. Le secteur du bois papier et les autres produits industriels, notamment la métallurgie, accusent également des baisses prononcées.
« Les investissements resteraient en retrait dans un contexte incertain, en France comme à l'international. » (Banque de France, Tendances régionales BFC, février 2026)
Pour 2026, les anticipations sont plus encourageantes. Un rebond de 3,1 % du chiffre d'affaires est attendu, porté notamment par les équipements électriques et électroniques, soutenus par les commandes du ferroviaire et des énergies, ainsi que par les matériels de transport hors automobile. Les exportations devraient redevenir dynamiques. Mais la prudence reste de mise : les investissements continueraient de reculer dans l'ensemble des sous-secteurs industriels.
SERVICES MARCHANDS — Demande atone, ingénierie conseil en exception
Le tableau des services marchands, qui représentent 16,5 % des effectifs salariés régionaux, n'est guère plus réjouissant. Le courant d'affaires ressort légèrement négatif (0,4 %), pénalisé par le repli de la restauration (3,6 %) et de l'intérim (2,2 %). La concurrence intense et la demande atone laissent peu de marges aux entreprises pour relever leurs tarifs.
Une exception notable : l'ingénierie conseil, qui affiche une progression de son chiffre d'affaires y compris en volume, et qui se distingue également par un fort dynamisme en matière de recrutement. À l'autre extrémité, les difficultés à pourvoir certains postes spécialisés restent vives : chauffeurs dans la logistique, cuisiniers et serveurs dans la restauration, aides à la personne dans un territoire vieillissant.
Pour 2026, la reprise s'annonce modeste (+1,5 % en valeur, +0,1 % en volume). Les investissements devraient poursuivre leur tassement, sauf dans le transport entreposage, contraint de renouveler ses flottes vers des équipements moins polluants.
CONSTRUCTION - La crise se prolonge, le gros oeuvre à la peine

La construction, qui regroupe 27,3 % des effectifs salariés de la région, confirme sa trajectoire de repli. La production recule de 1,1 % en valeur (1,9 % en volume) en 2025. Le gros oeuvre souffre particulièrement, avec une contraction de 3,1 % (4,3 % en volume), reflet des difficultés persistantes dans la construction de maisons individuelles. Les délais de paiement se sont également allongés dans l'ensemble des sous-secteurs.
Paradoxalement, les effectifs ont progressé de 2 %. La Banque de France l'explique par un rattrapage du sous-effectif structurel qui pénalisait la filière depuis plusieurs années, plutôt que par une confiance retrouvée dans l'activité.
Pour 2026, le bâtiment montre quelques signes de reprise : le gros oeuvre pourrait rebondir de 5 % après une année noire. Mais les travaux publics devraient subir une contraction plus marquée, les échéances électorales municipales de 2026 et nationales de 2027 freinant les investissements des collectivités territoriales. Les effectifs reculeront légèrement (0,9 %).
Bourgogne Franche-Comté aborde 2026 avec des signaux économiques contrastés. Si l'industrie présage d'un rebond bienvenu, les services peinent à retrouver une trajectoire de croissance en volume, et la construction reste enfoncée dans une crise qui s'étire. Dans un contexte national lui-même fragile, avec une croissance française attendue à 0,9 % en 2025, et face aux incertitudes géopolitiques et commerciales, les chefs d'entreprise de la région privilégient la prudence sur les investissements et les embauches. Le rebond de 2026 reste conditionnel, tributaire d'une demande domestique qui tarde à se réveiller.
Clara Varenne
