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Deux cents tonnes de denrées supplémentaires à stocker : à Chalezeule, l’agrandissement de la Banque alimentaire de Franche-Comté donne une traduction concrète aux besoins de l’aide alimentaire. Dans l’Yonne aussi, la solidarité demande des moyens, des fournisseurs et une logistique. À Auxerre, elle passe également par un modèle commercial où les achats des uns contribuent à financer les courses des autres.

Les denrées sont données. Leur prise en charge, elle, a un coût. Il faut aller les chercher, les trier, respecter la chaîne du froid, trouver de la place puis organiser leur redistribution. Avant de remplir les paniers, l’aide alimentaire doit faire fonctionner ses entrepôts.
À Chalezeule, dans le Doubs, la Banque alimentaire de Franche-Comté a changé de dimension. Ses locaux, inaugurés le 9 octobre 2026 après environ un an d’utilisation, occupent 4 000 m², contre 1 200 auparavant. Ils permettent de stocker 200 tonnes de marchandises supplémentaires. La Région Bourgogne-Franche-Comté a participé à leur acquisition à hauteur de 216 000 euros.
L’investissement répond à une contrainte simple : pour accepter davantage de dons, encore faut-il pouvoir les accueillir. Un bâtiment trop petit limite les possibilités de stockage et complique le travail des équipes. Les mètres carrés ont donc leur importance dans la lutte contre la précarité.
Dans l’Yonne, la même chaîne à faire tenir
Côté bourguignon, la Banque alimentaire de Bourgogne intervient dans les quatre départements et dispose d’une antenne à Monéteau. Elle indique approvisionner 186 structures partenaires sur l’ensemble de ce territoire. Parmi ses ressources figurent les invendus de la grande distribution et les surplus agroalimentaires.
Ces produits ont quitté le circuit commercial classique, mais ils gardent une utilité alimentaire. Leur récupération exige cependant une organisation capable de composer avec les arrivages et les besoins des associations. Le don est un point de départ. Toute une chaîne doit ensuite suivre.
À Auxerre, l’Épicerie solidaire de l’Auxerrois apporte une autre réponse. Rue Léon-Serpollet, les clients solidaires font leurs courses et contribuent, par leurs achats, au financement de celles des personnes en difficulté. L’activité commerciale participe ainsi directement au projet social.

Des dons, mais aussi des commandes
Pour remplir ses rayons, l’épicerie ne compte pas uniquement sur les produits récupérés. Les données diffusées par la DRAAF Bourgogne-Franche-Comté font état de 38 fournisseurs, dont 18 apportent des dons. L’association achète aussi des marchandises, notamment auprès de trois producteurs locaux, d’entreprises d’insertion, d’une centrale d’achat et d’un déstockeur.
Ce fonctionnement relie l’aide alimentaire à l’économie du territoire : des commandes sont passées, des marchandises circulent, des partenaires interviennent. Un transporteur contribue aux livraisons sous forme de mécénat. L’épicerie travaille également avec un ESAT.
Le bénévolat est indispensable au fonctionnement de l’épicerie. Réception des marchandises, mise en rayon, accueil des clients : cet engagement permet d’assurer l’activité quotidienne tout en limitant les charges de fonctionnement.
Les financements publics complètent cette organisation. Pour 2025, le tableau des subventions municipales d’Auxerre prévoit 5 000 euros pour l’épicerie solidaire. Une contribution parmi d’autres, qui ne résume ni son budget ni le coût de son fonctionnement.
Acheter local : une piste qui demande des moyens
En Franche-Comté, le groupement DALE, pour « Droit à une alimentation locale et équitable », permet à plusieurs associations d’acheter directement aux producteurs du secteur. Pour les structures solidaires, c’est une possibilité de diversifier l’approvisionnement. Pour les agriculteurs, un débouché commercial.
La transformation offre une autre façon d’utiliser les produits disponibles. À Chalezeule, un atelier mené avec le CFA Hilaire de Chardonnet a permis de fabriquer 800 pots de confiture en un an. Une opération concrète pour valoriser des fruits et lutter contre le gaspillage.
Reste une question : combien cette économie de la solidarité représente-t-elle dans l’Yonne ? Les documents publics consultés ne permettent pas de chiffrer les achats annuels de l’épicerie aux producteurs locaux, ni l’économie moyenne réalisée par les familles.
Les rouages sont pourtant bien là : des fournisseurs, des commandes, du transport, du travail salarié et bénévole. Derrière les paniers distribués et les courses à prix réduit, il faut chaque jour tenir un budget et assurer les approvisionnements. C’est aussi à cette condition que la solidarité peut durer.
Emma Miredin
