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Aux portes de l’Europe, l’odieux chantage migratoire…

7 octobre 2018

C’est un bras de fer dont on ne connaît pas l’issue. Un nouvel épisode de la guerre froide qui se réchauffe en s’accélérant et qui se joue dans une partie de dupes, façon poker menteur, depuis plusieurs jours à la frontière orientale de l’Europe, entre la Pologne et la Biélorussie. Avec, forcément, des conséquences dévastatrices quelles qu’en soient les solutions retenues. Si tant est qu’il y en ait sans usage de la force !

Une fois de plus, l’humain est la première victime de ce drame impensable se déroulant sous nos yeux en ce début du XXIème siècle. Il accrédite l’idée que plus grand-chose ne tourne rond sur cette planète dont on a déjà du mal à panser les plaies béantes, à la suite de la catastrophe climatique enclenchée depuis quelques décennies par cette course folle au productivisme absolu et au grand n’importe quoi.

Il suffit pour s’en convaincre d’analyser le bilan plus que mitigé de la COP 26 et de ses engagements a minima, telle une montagne qui accouche péniblement d’une malheureuse souris.

Dans l’exemple de ce jour, l’humain est pris en otage d’un odieux chantage migratoire. Telle est la trame nauséabonde de ce scénario du pire, susceptible d’engendrer son lot de bouleversements à effet gigogne. Dont personne ne peut prévoir les retombées.

Des milliers de migrants, entre 3 000 et 4 000 selon les autorités polonaises, sont massés dans la zone frontalière que Varsovie partage avec Minsk avec l’espoir de pouvoir pénétrer délibérément au sein de l’Union européenne. Multipliant les tentatives, ces derniers tentent vainement de rentrer de manière illégale dans l’un des pays de l’OTAN.

Originaires de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan où là-bas les familles sont même obligées de vendre leurs fillettes à des acquéreurs sans scrupule afin de pouvoir acheter de la nourriture pour survivre (honteux), ces femmes et ces hommes, accompagnés de leur progéniture, sont acculés dans une sorte de goulot d’étranglement, un no man’s land, coincés entre les deux pays.

 

 

Un imbroglio de pure géopolitique avec la bénédiction de Vladimir POUTINE…

 

Les uns, les Biélorusses, n’en veulent plus chez eux alors qu’ils ont organisé massivement leur venue par charters entiers et la complicité bienveillante d’une quinzaine de compagnies aériennes internationales ; les autres, les Polonais, ne veulent pas les accueillir sur leur territoire afin d’éviter ce flux trop important de migrants.

Sur le terrain, la situation est loin d’être calme. Par petits groupes, les migrants essaient de forcer la zone tampon. Pris dans un engrenage infernal, entre les coups de feu et tirs de gaz lacrymogène des militaires, policiers et garde-frontières de la Pologne. Sachant qu’ils ne peuvent reculer face aux autorités biélorusses qui ne se privent pas de les maltraiter…

D’ailleurs, à date, on déplore déjà les premières victimes parmi les rangs de ces exilés de l’impossible qui ne savent plus à quels saints se vouer…

On en est là après plusieurs jours de crise : une véritable impasse qui inquiète les Européens. Et par ricochet, mais de manière très timide, la communauté internationale. Naturellement, pour bien comprendre ce qui se trame, il faut regarder ce qui se passe à Minsk et à…Moscou.

Car, il n’y a aucun doute que l’ombre de Vladimir POUTINE plane derrière cet imbroglio géopolitique, finement ciselé afin de déstabiliser une Europe déjà vacillante à bien des égards.

Son soutien au président biélorusse Alexandre LOUKACHENKO est indéfectible. C’est un parangon de vertu, chantre de la liberté et de la démocratie, comme chacun le sait, qui a été réélu en août 2020 avec plus de 80 % des suffrages sans l’once d’une opposition. Logique : ils et elles de ces contestataires ont tous été muselés durant la pseudo campagne électorale du dernier dictateur que compte l’Europe. A ceci près que l’on peut aussi y ajouter le bouillonnant et imprévisible président turc ERDOGAN.

Ce dernier ne s’est jamais privé de menacer l’Union européenne d’ouvrir grandes les vannes du robinet du flux migratoire. En bon disciple, dans cet aéropage d’apôtres bienveillants, LOUKACHENKO a mis son stratagème à exécution en organisant avec l’aval de Moscou cette pantalonnade aux illusions perdues pour les exilés. Pour se venger des mesures de rétorsion que lui inflige Bruxelles depuis son renouvellement de bail au pouvoir.   

 

  

 

Quelle sera la suite à écrire sur ce scénario qui sent le soufre ?

 

Les deux pays, Pologne et Biélorussie, se renvoient désormais la balle. Comme dans une interminable et insipide partie de tennis se jouant en fond de court. Dégradant au passage, jour après jour, les conditions de vie de ces migrants.

L’un des rares en France à s’être exprimé pour l’heure en livrant le fond de sa pensée n’est autre que Bernard KOUCHNER, ancien ministre des Affaires étrangères  et cofondateur de Médecins sans Frontières.

Invitant les Européens à venir en aide à ces malheureux en leur apportant nourriture et tentes afin de pallier le froid. Tout en dénonçant le chantage odieux du président biélorusse.

Mais, au-delà de ses bonnes intentions altruistes, le risque que cela ne dégénère et se renouvelle à l’accès existe. La Grande-Bretagne vient de dépêcher sur place une logistique composée de militaires. Le gouvernement de la Pologne tire à boulet rouge sur le Kremlin. Quant à la Lituanie, voisine, elle est placée en état d’urgence de peur que sa frontière commune avec le Belarus ne devienne une nouvelle zone de conflit, envahie de migrants incontrôlables.

Le bras de fer voulu par la paire LOUKACHENKO/POUTINE avec l’Union européenne ne fait que commencer. Sans trop savoir comment va répliquer Bruxelles.

Une chose est sûre : après la crise climatique, la crise économique et la crise pandémique dont c’est le prévisible retour de balancier avec l’hiver, place à la crise migratoire !

Celle qui ne peut qu’aiguiser les haines et exacerber l’envolée du populisme et du nationalisme à outrance sur le Vieux Continent.

Cela ne vous rappelle pas le scénario (en pire) des premières décennies du vingtième siècle ? L’éternel retour, comme le prédisait Jean COCTEAU…

 

Thierry BRET

 

    

   

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